Le classement opaque des succès musicaux

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Après les singles, en janvier 2016, c’est au tour du Top Albums de prendre en compte l’écoute en ligne. Une évolution qui pose question, tant culturellement qu’au niveau de la transparence des modalités de calcul.

Alors que les jeunes générations basculent massivement vers le streaming pour écouter leurs artistes favoris, l’Ultratop a procédé à une nouvelle mise à jour de ses critères pour son top Albums. Le décompte des ventes ne suffit plus. Comme pour les singles depuis dix-huit mois, le classement des albums les plus populaires sera désormais enrichi par la prise en compte de leur succès sur les plateformes de streaming Spotify, Deezer et Apple Music. Pour éviter les distorsions provoquées par les titres phares, les deux singles les plus écoutés de chaque album seront pondérés avec la moyenne des autres titres.

À terme, la tonalité de l’Ultratop Albums pourrait profondément évoluer, à l’image de ce qui s’est passé dans le classement des singles depuis début 2016: le nombre de titres francophones (17) présents dans le Top 100 a fondu d’un tiers par rapport à 2015.

"Les artistes francophones sont beaucoup moins streamés, confirme à L’Echo Sam Jaspers, le directeur l’Ultratop. En ligne, les jeunes écoutent surtout du hip-hop. Notre mode de classification évolue, mais il traduit juste une nouvelle réalité. Au début, l’Ultratop singles a paru assez différent, mais entre-temps tout le monde s’est habitué. On ne parle plus de 'meilleures ventes', mais de titres les 'plus consommés', ou les 'plus populaires'."

Le nouveau jardin secret des maisons de disques

Au Royaume-Uni, la prise en compte du streaming a commencé dès 2014. The Official Charts Company, équivalent britannique de l’Ultratop belge, vient d’enrichir son mode de calcul pour l’écoute en ligne, après avoir été dépassée par la formation de "bulles" assez comparables à celles qui ont pu être observées avec les fake news sur les réseaux sociaux.

150 écoutes
En France et au Royaume-Uni, 150 écoutes en ligne équivalent à un achat de CD. En Belgique, mystère…

Les goûts musicaux sont en effet particulièrement sujets à des phénomènes moutonniers. L’avènement du streaming, et sa prise en compte dans les charts, a spectaculairement érodé la diversité dans l’écosystème musical. En début d’année, Ed Sheeran a trusté à un moment donné 14 des 15 premières places du Top 100.

"Cela ne pourra pas arriver chez nous, précise Sam Jaspers. Nous avons établi des critères très précis sur ce qui constitue un single. Il doit par exemple avoir un clip officiel, ou bien être dans une playlist."

L’Ultratop accuse en revanche un certain retard au niveau de la transparence des modalités de calcul, qui sont beaucoup plus complexes qu’à l’époque où il suffisait de compter le nombre de CD ou de téléchargements effectivement vendus. Au Royaume-Uni et en France, un ratio de 150 a été retenu. Autrement dit, 150 écoutes en ligne équivalent à un achat.

L’Ultratop, qui prend également en compte les passages radio, reste très discret sur ses recettes de cuisine. "Tous les contrôles sont faits avec l’institut GfK, mais nous fixons nous-mêmes les règles de calcul, en accord avec les vingt-sept maisons de disques. C’est un ratio que nous avons choisi ensemble, mais que les maisons de disques ne souhaitent pas dévoiler."

Au risque de l’opacité, voire de la défiance, dans un environnement où le marketing sonore donne de plus en plus le "la" à la destinée d’un créateur.

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