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Le pianiste Vittorio Forte joue Earl Wild au Jardin musical

Le pianiste italien Vittorio Forte. ©Tommaso Tuzj

Après avoir rendu hommage au génial improvisateur américain dans un album remarqué, Forte le jouera en récital, ce dimanche 19 septembre, à Bruxelles, au Jardin musical. À écouter sur place ou en streaming, à 17h30, sur www.jardinmusical.tv

En Calabre, sa mère pianotait «L’addio del passato», le fameux air du 3e Acte de «La Traviata». C’est ce qui lui a donné envie de s’intéresser à la transcription qui met sous les doigts d’un pianiste tout ce qui potentiellement n’a pas été écrit pour le piano, à commencer par la musique vocale. Sous ses doigts, elle n’en finit plus de chanter. Haendel, Marcello, Carl Philipp Emanuel Bach: tout y passe dans le nouveau disque de Vittorio Forte où les mélodies de Rachmaninov et de Gershwin se taillent la part du lion.

On les redécouvre à travers la fantaisie prolixe, mais jamais gratuite ni vulgaire, du pianiste et compositeur américain Earl Wild (1915-2010) qui avait entendu Rachmaninov accompagner ses propres mélodies avant de traverser tout le siècle les oreilles grandes ouvertes jusqu’à sa mort, il y a 10 ans. Un disque qui sonne comme le piano Bechstein de Vittorio Forte: aérien, souple, élégant et divinement coloré. Ah, combien de fois déjà n’avons-nous pas réécouté son «The Man I Love»!

Album et récital

«Earl Wild: [re]visions»
Vittorio Forte, piano

Transcriptions de Haendel, Marcello, Rachmaninov, Tchaïkovski, Gershwin et Carl Philipp Emanuel Bach.

Note de L'Echo: 5/5

En récital, le dimanche 19/9 (17h30), au Jardin musical
En streaming ou sur place, sur réservation

C’était audacieux de revenir à Earl Wild et à son art de la transcription. Était-ce un hymne à la liberté, une notion bien oubliée en musique classique?

C’est vraiment ça. Les pianistes d’aujourd’hui qui se sont consacrés à la transcription sont pour la plupart de grands virtuoses, comme Cyprien Katsaris ou Mikhaïl Pletnev. Des jeunes s’y relancent aussi comme le Belge Florian Noack. Il faut un peu de talent pour réussir à le faire, c’est évident, mais va-t-on pour autant revenir à une manière plus libre de jouer? Ce n’est pas sûr. Il y a encore des problèmes de gestion et du travail de l’interprétation à cause des grandes institutions – les concours et les conservatoires.

À l’examen, la plupart des jurys veulent telles choses interprétées de telle façon. Si on sort trop du rang, cela ne marche pas. Forcément, les professeurs forment et formatent, ce qui fait que, finalement, on se retrouve avec des pianistes un peu standardisés et lisses. Du très beau piano, toujours, techniquement maîtrisé, mais où il manque souvent l’étincelle.

"C’est un album de couleurs, une galerie d’expressions où vous vous retrouvez face à des tableaux aux couleurs extrêmement variées. Vous avez l’impression d’être à l’intérieur d’un arc-en-ciel."
Vittorio Forte
Pianiste

Ce programme de transcriptions d’Earl Wild, pourriez-vous le proposer dans le circuit international des concerts ou vous regarderait-on bizarrement?

Aujourd’hui, il est tout de même extraordinaire que l’on recherche l’originalité dans toutes choses, mais qu’au final, c’est pour remonter sur l’autoroute... Mais je n’en présente pas moins ce programme aux salles de concert importantes, y compris à Flagey. Et j’ai déjà eu la confirmation d’un récital en octobre au Konzerthaus de Berlin, dont la moitié du programme sera consacré à mon disque. Pourtant, j’étais persuadé que les Allemands seraient plus frileux avec ce genre de répertoires…

«Earl Wild: [re]visions». Vittorio Forte, piano.

La musique d’Earl Wild reste très séduisante et revisite de grands standards…

C’est un programme un peu typé. Au-delà des pièces baroques qu’il explore, on retombe sur deux grands piliers: Rachmaninov et Gershwin. De la musique typiquement russe et vocale, qui se rapproche du jazz, avec une écriture riche et décalée. Il faut accepter de rentrer dans un univers qui n’est pas classique. C’est pour cela qu’en ce qui me concerne, c’est un album de couleurs, une galerie d’expressions où vous vous retrouvez face à des tableaux aux couleurs extrêmement variées, même s’il y a toujours un fil conducteur. Vous avez l’impression d’être à l’intérieur d’un arc-en-ciel.

«Mais mon rêve a toujours été d’être assez libre pour jouer du jazz, m’asseoir sur un tabouret dans une boîte de nuit et improviser au piano pendant des heures.»
Vittorio Forte
Pianiste

On passe à travers trois siècles de musique classique. Comment Earl Wild s’approprie-t-il des univers aussi variés?

Je joue aussi beaucoup de transcriptions de Liszt, Godowski ou Busoni, mais ce qui est frappant chez Earl Wild, c’est la modernité que l’on ne retrouve pas chez ses prédécesseurs, au sens où il prend en considération les musiques de son temps, y compris le jazz, la pop, le rap. Il est mort il y a dix ans seulement. Il s’est rapidement détourné des grands classiques qui l’ont formé et s’est imprégné d’influences venues de partout. J’ai moi-même été influencé dans ma jeunesse par le rock, la pop, etc.

Nous les pianistes, nous passons beaucoup de temps devant notre instrument au risque d’ignorer ce qui se passe autour de nous. Mais mon rêve a toujours été d’être assez libre pour jouer du jazz, m’asseoir sur un tabouret dans une boîte de nuit et improviser au piano pendant des heures. Le réaliser un peu à travers de la musique écrite, c’est déjà un grand moment!

Vittorio Forte - Earl Wild ReVisions

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