interview

"Les citadelles vont devoir laisser la place à d'autres formes de travail" (Bernard Foccroulle)

©BELGAIMAGE

Pour le compositeur Bernard Foccroulle, l'accès à la culture est un droit fondamental.

"Le XXIe siècle sera celui du travail en réseau."

Il y a 30 ans déjà, Bernard Foccroulle fondait le collectif Culture et démocratie, inquiet du financement de la culture et de la fragilité du tissu démocratique. Depuis, l’accès à la culture est un droit qui a été consacré par la Déclaration de Fribourg (2007).

Reste l’enjeu majeur: attirer au concert, à l’opéra, au théâtre ceux qui ne s’y rendent pas. Ce sera l’un des thèmes du colloque voulu par l’ancien directeur de la Monnaie et du Festival d’Aix en collaboration avec le Festival musical du Hainaut. "Car si cette préoccupation n’existait guère au siècle passé, rappelle Foccroulle, elle prend désormais de l’ampleur. Mais pour qu’il y ait une évolution, il faudra davantage d’engagement de l’ensemble des mondes de la culture, de l’éducation et des médias de service public."

Ce 4/10, au MAC’s Grand-Hornu: lesfestivalsdewallonie.be.

Bernard Foccroulle est aussi en concert au Festival musical du Hainaut, à Mons (6/10), et au festival Artonov, à Bruxelles (8/10).


C’est aussi un message aux politiques?
Oui, mais le monde culturel ne doit pas nier sa propre responsabilité. Chaque fois que l’on réunit une maison d’opéra, un palais des Beaux-Arts, des musées, des compagnies, des associations, la dynamique d’ensemble génère une dimension transformatrice. Telle est la responsabilité politique des ‘culturels’. La responsabilité culturelle des politiques serait d’accorder au monde culturel davantage de moyens de développement.

Comment accroître l’efficience de moyens de plus en plus limités?
Le XXIe siècle sera celui du travail en réseau, non pour que chaque institution fasse la même chose, mais pour partager un même et grand horizon. Aux Etats-Unis, où la culture est fort peu subventionnée, les acteurs culturels se sont bien plus fédérés, car ils en ont senti la nécessité. Ici, les citadelles vont devoir laisser la place à d’autres formes de travail.

Les efforts pour inclure des publics défavorisés paient-ils?
Soyons clairs. Le monde de l’art ne peut résoudre les clivages sociaux, matériels, immatériels, générationnels, éducationnels… Mais il est passionnant d’aller à la rencontre de publics éloignés de ce monde, car rien n’est génétiquement imprimé. Cela fonctionne presque à tous les coups si l’on utilise les bons outils d’appropriation.

Quid du rôle des artistes?
Ils ont comme responsabilité immédiate de bâtir des ponts pour accéder à des trésors de l’ordre de la perception et de l’intuition. La beauté n’est pas qu’un savoir, elle est aussi quelque chose qui se vit. Lorsque nous, acteurs culturels, réalisons ce pas-là, nous arrivons à des relations d’une intensité souvent supérieure à celle que l’on a avec le public habituel. La personne fragilisée peut avoir tout d’un coup un choc émotionnel face à une œuvre d’art qui sera bien supérieur au ressenti d’un habitué des musées ou des concerts…

Daniel Weissmann: "‘intoxiquer’ les jeunes à la culture très tôt"

Lors de l’arrivée de Daniel Weissmann il y a cinq ans à la direction générale de l’Orchestre philharmonique royal de Liège, ce dernier séduisait 30.000 spectateurs par an. Ils sont aujourd’hui 78.000, dont 37% de moins de 30 ans. Et une large frange de ce nouveau public l’est pour de bon: "Il applaudit entre les mouvements", sourit Weissmann, en évoquant cette pratique que s’interdisent les initiés. Samedis en famille, Music factory, concerts "augmentés", gratuité pour les moins de 25 ans: les initiatives foisonnent. Et la stratégie paie, inspirée par une vaste enquête menée pendant trois ans en France par l’association des orchestres. "Celle-ci a démontré, insiste Weissmann, que le fait ‘d’intoxiquer’ très tôt un jeune à la culture plutôt qu’à un univers consumériste est tout bénéfice. Il sera culturellement très actif jusque vers 17 ou 18 ans, puis y reviendra vers 45 ou 50 ans, quand il récupérera une vie plus personnelle."

Mais cette vaste enquête a aussi révélé deux faits significatifs. Primo, dans 30% des cas, il y a prescription inversée: les enfants qui, par l’école, ont eu accès à des activités culturelles,… entraînent leurs parents au concert ou au spectacle. Secundo, 75% du public se rend au concert davantage pour passer un bon moment que pour l’œuvre affichée.

Cap sur les réseaux sociaux

Selon Daniel Weissmann, il faut dès lors plus que jamais attirer le public par les réseaux sociaux: "Les gens ne pensent plus qu’avec leur smartphone? Plutôt que de s’en plaindre, offrons-leur du contenu culturel de qualité!" Le directeur revendique à ce propos une politique de marketing de communication tous publics, tout en tenant un discours économique en accord avec le but à atteindre. "Quand j’invite dans la grande salle vide, sans l’orchestre, les jeunes stewards de la ville de Liège, des 15-18 ans, ils sont sidérés par quoi? La qualité du silence… Quelles victoires que celles-là", conclut-il. 

 

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