Les disques de la semaine pour confiné∙es

Stephen Malkmus (à gauche). (c) Domino V2

Rien ne vaut de la bonne musique pour s'évader ou simplement faire autre chose quand on est coincé chez soi... Découvrez la sélection de L'Echo: Stephen Malkmus, Childish Gambino et Sandrine Piau.

1. ROCK

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«Traditional Techniques». Stephen Malkmus

Domino/V2

 

Un petit tapis de cordes de sitar au-dessus duquel s'élève une flûte traditionnelle... Un album oublié de Ravi Shankar? Non, le dernier Stephen Malkmus, ancien leader du groupe indie-rock Pavement qui connut le statut de groupe culte, entraînant dans sa suite une cohorte d'adorateurs fidèles.

Stephen Malkmus, "Traditional Techniques".

Jamais là où on l'attend, sauf au niveau du talent, l'Américain brouille à nouveau les (multi) pistes sur Traditional Techniques. Embarqué dans un périple de bidouillage électronique sur le précédent (Groove Denied, l'an dernier), l'auditeur se voit cette fois plongé dans une sorte d'"americana indiana", façonnée uniquement avec des instruments traditionnels, en tout cas organiques, pour un résultat qui aurait pu servir de bande-son au Darjeeling Limited de Wes Anderson.

Le dépouillement est ici relatif; et si les compositions peuvent paraître rachitiques, c'est pour mieux en faire ressortir la belle structure osseuse du fakir (The Greatest Own in Legal History, Cash Up). Leur platitude n'est qu'illusoire, et leur simplicité apparente est rehaussée par un humour très tongue-in-cheek (Juliefukingette). Même la voix monocorde de Stephen Malkmus  ne parvient pas à rompre le charme hypnotique et le côté envoûtant de cet album psyché-folk pas... traditionnel en effet. (B. R.)

Stephen Malkmus - "Xian Man" (Official Lyric Video)

2. POP

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«3.15.20». Childish Gambino

Sony Music

 

Voici l’album blanc de Childish Gambino. La pochette est blanche, le titre indique juste la date de sortie en ligne, le 15 mars 2020. A cette date, son auteur Donald Glover alias Childish Gambino ne sait pas encore que les Etats-Unis vont, eux aussi, basculer dans la crise du coronavirus. Cet album n’est pas visionnaire mais il n’en est pas moins lucide sur le monde gouverné par des machines. Et plutôt original.

Childish Gambino (Donald Glover), "3.15.20". (c) Sony Music

A l’exception d’"Algorhythm" - jeu de mots entre algoritmes et rythmes - et "Time", les titres des chansons sont des codes. On ne peut pas s’empêcher de penser régulièrement à Prince à l’écoute de cet album dans ses passages les plus funky. Mais ses inspirations s’étendent jusqu’à Pink Floyd si l’on porte attention à "24.19". Childish Gambino a invité quelques artistes dont la diva pop Ariana Grande. Et il s’offre le luxe de morceaux qui dépassent le format radio et font plus de sept minutes. Il n’avait pas prévu qu’on aurait tout notre temps pour écouter des nouveautés… (J. L.)

Donald Glover Presents - 3.15.20

3. CLASSIQUE

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«Pergolesi – Stabat Mater». Piau/Lowrey/Rousset/Talens Lyriques

Alpha

 

Il y a 20 ans déjà, Christophe Rousset gravait une fort belle interprétation du "Stabat Mater" de Pergolèse, avec Barbara Bonney et Andreas Scholl. Il récidive aujourd’hui en compagnie de la lumineuse soprano française Sandrine Piau et l’excellent mais trop peu connu contre-ténor américain Christopher Lowrey. L’alliance vocale est parfaite, emmenée par un chef qui a blanchi et cisèle avec toujours plus de profondeur cette musique sublime.

"Pergolesi – Stabat Mater". (c) Alpha

Mais l’autre excellente raison d’enrichir sa discothèque avec cette nouvelle version tient au couplage de Pergolèse avec le " Salve Regina " de Nicola Porpora et le "Beatus Vir" de Leonardo Leo. On reste là entre pointures de la musique sacrée napolitaine au XVIIIe siècle, cette école à la vocalité exquise et aux harmonies brillantes, annonciatrice du classicisme de Haydn et de Mozart.

En ces temps où tout s’arrête, de tels classiques portés avec une si authentique intelligence ont quelque chose d’apaisant. Ils rappellent, par leur puissance, que le génie créatif est intemporel et se révèle une fois de plus l’ultime valeur refuge à l’heure où même la culture n’échappe pas au massacre. (St. R.)

Pergolesi // 'Stabat Mater' by Sandrine Piau, Christopher Lowrey, Les Talens Lyriques & C. Rousset

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