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Les festivals d'été espèrent toujours revenir en 2021

Les organisateurs de festival continuent les préparatifs de leur édition 2021, sans certitude sur la tenue ou non des événements. ©BELGAONTHESPOT

Alors que la France a annoncé jeudi ses mesures pour des festivals d'été adaptés aux mesures sanitaires, le flou reste de mise en Belgique.

Dour, Rock Werchter, Tomorrowland, Brussels Summer Festival, les Ardentes, les Solidarités… La Belgique est réputée pour faire vibrer les foules en été avec ses festivals. Après une saison 2020 blanche, les organisateurs misent gros sur l'amélioration de la situation sanitaire pour la saison estivale à venir. En France, le ton a été donné: les festivals auront lieu en configuration assise et ne pourront pas accueillir plus de 5.000 participants. Une décision qui pourrait influencer nos instances gouvernementales qui préfèrent attendre avant de se prononcer.

Des préparatifs sans aucune certitude

Beaucoup ont déjà annoncé une partie de leur programmation. Rock Werchter met à l’affiche Gorillaz et les Red Hot Chili Peppers (rien que ça) pendant que Dour met le paquet avec des noms comme A$AP Rocky et Carl Cox. Derrière ces annonces, se cachent des préparatifs en cours depuis de longs mois. Pourtant, les organisateurs n’ont aucune certitude sur l’organisation ou non des évènements. Un flou angoissant pour un secteur qui a enregistré une perte de 99% de recettes l’an dernier, d’après la SABAM. Pour ne pas dire aucun revenu du tout…

"Le plus compliqué, c’est l’incertitude. Actuellement, on doit travailler comme si le festival avait lieu, mais le temps presse"
Damien Dufrasne
Directeur du Dour Festival

La marge de manœuvre des événements prévus cet été est de plus en plus limitée. "Un festival se travaille sur une année complète. Suite à l’annulation de 2020, on a directement retravaillé sur l’édition 2021", explique Damien Dufrasne, directeur du Dour Festival, prévu mi-juillet, qui a déjà annoncé 120 artistes sur 200.

"Le plus compliqué, c’est l’incertitude. Actuellement, on doit travailler comme si le festival avait lieu mais le temps presse", ajoute Damien Dufrasne. Une inquiétude partagée par Olivier Leidgens, directeur du Brussels Summer Festival (BSF): "Le problème, c’est qu’il y a un retard dans l’organisation de l’événement. Plus le temps avance, moins ce retard est rattrapable."

La Fédération des Festivals de Musique Wallonie-Bruxelles (FFMWB) accuse un "manque cruel de projection" qui affecte les festivals, mais aussi tous les acteurs qui gravitent autour: artistes, promoteurs, fournisseurs, prestataires de services, et bien d’autres.

Festivals francophones et flamands, pas logés à la même enseigne

À défaut de se prononcer immédiatement sur la tenue ou non des événements, les organisateurs appellent la Région wallonne et la Fédération Wallonie-Bruxelles à s’aligner sur les mesures de soutien prises en Flandre.

"La Flandre a compris qu’on arrive à un point de non-retour où on doit vraiment commencer à organiser les choses et donc qu’on a besoin de moyens et de garanties."
Olivier Leidgens
Directeur du Brussels Summer Festival (BSF)

Le gouvernement flamand a récemment débloqué un fonds de garantie de 60 millions d’euros pour permettre aux festivals flamands de lancer les préparatifs de leurs éditions 2021, dont une avance de 50 millions d'euros remboursables si l’événement a bel et bien lieu et 10 millions exclusivement consacrés aux dépenses à caractère sanitaire. Des fonds de garantie similaires ont été proposés en Allemagne, aux Pays-Bas, en Autriche ou en Norvège.

Rien de tel dans le sud du pays. La situation provoque de fait une distorsion de concurrence entre les festivals francophones et flamands. "La Flandre a compris qu’on arrive à un point de non-retour où on doit vraiment commencer à organiser les choses et donc qu’on a besoin de moyens et de garanties", constate Olivier Leidgens.

Le cabinet de Bénédicte Linard (Ecolo), ministre de la Culture en FWB se justifie: "Les fonds débloqués par la Flandre proviennent notamment des fonds liés au tourisme et à l’économie. Les choses sont organisées différemment en FWB, où doivent se combiner les aides directes en provenance de la FWB elle-même (par exemple les fonds d’urgence) et les aides régionales (Wallonie et Bruxelles)."

"Tout ou rien"

Plusieurs festivals ont déjà annoncé qu’ils ne voulaient pas d’un "demi-événement" avec une capacité d’entrée limitée qui les mettrait en situation déficitaire. "Un festival nécessite entre 85% et 88% de remplissage pour commencer à être bénéficiaire", explique Damien Dufrasne.

Même son de cloche pour Les Ardentes: "On n’envisage pas de tenir le festival avec des restrictions sur la capacité. Par contre, on pourrait éventuellement proposer autre chose que le festival des Ardentes tel qu’il est conçu", avance son co-directeur Fabrice Lamproye. Il ajoute ne pas s’être encore vraiment penché avec ses équipes sur cette deuxième option.

"On a l’impression que tous les festivals parlent d’une seule voix mais, en réalité, on a tous des spécificités, des enjeux et des objectifs différents."
Denis Gerardy
Directeur du festival Les Solidarités

Le festival les Solidarités, qui avait accueilli en 2019 plus de 60.000 personnes, est lui prêt à faire des concessions sur ce point. "Depuis la fin du mois d’août, on travaille sur deux modèles à la fois. Un modèle légèrement inférieur à ce que nous avions fait en 2019 (car il y avait eu trop de monde) et, parallèlement, un modèle à 50% de la jauge", explique le directeur Denis Gerardy. Un plan B envisageable grâce à la solidarité des artistes qui ont déjà accepté de revoir leur cachet à la baisse en cas de restrictions.

Il comprend toutefois la position des autres festivals: "On a l’impression que tous les festivals parlent d’une seule voix mais, en réalité, on a tous des spécificités, des enjeux et des objectifs différents." Derrière les Solidarités, se cache une ASBL qui ne répond pas aux mêmes exigences financières qu’une société anonyme comme Dour.

En période de pandémie, les Solidarités ont deux atouts majeurs. D’abord, le festival est programmé fin août, ce qui laisse une plus grande marge de manœuvre. Ensuite, ils ont fait le choix de travailler avec des artistes locaux qui pourront se rendre sur place même en cas de restriction des voyages. "Les festivals avec des têtes d’affiche anglo-saxonnes auront plus de mal à recevoir leur artistes", présage Denis Gerardy.

Un protocole sanitaire réaliste

D’autres mesures sont envisageables pour limiter la propagation du virus. On connaît tous le refrain: masque, gel hydroalcoolique, distanciation sociale, tests PCR… Mais, peut-on imaginer un festival qui respecte les gestes barrières? "Un protocole sanitaire est envisageable et on s’y prépare. Mais, il faut qu’il soit réaliste", avance Fabrice Lamproye des Ardentes.

"Toute une partie du public a envie de venir, même si c’est avec un masque, même si ce sera peut-être moins festif que les autres années."
Denis Gerardy

Toutefois, plusieurs questions se posent. D’abord, en termes de moyens techniques. A-t-on les moyens de tester 100% du public d’un festival qui accueille des dizaines de milliers de personnes? Ensuite se pose la question du financement des mesures sanitaires. Denis Gerardy a fait ses calculs: "À la louche, on estime, pour les Solidarités, à plus de 50 000 euros le coût des mesures sanitaires. On espère être aidés dans ce sens-là." Enfin, l’idée d’un passeport vaccinal qui n’autoriserait que les festivaliers vaccinés à entrer dans le festival pose des questions éthiques : "Est-ce vraiment au festival de contrôler les personnes vaccinées ou non et de les discriminer sur base de cela?", s’interroge le directeur des Ardentes.

Damien Dufrasne reste réaliste: "Distanciation, c’est impensable. Je me vois mal dire au public de garder ses distances de 1m50 devant une grande scène sur laquelle Angèle fait son show." Du côté des Solidarités, on se montre plus optimiste: "Toute une partie du public a envie de venir, même si c’est avec un masque, même si ce sera peut-être moins festif que les autres années."

Quel soutien public en cas d'annulation?

Alors que Dour comptabilise déjà plus d’un million d’euros de pertes, son directeur demande des éclaircissements en cas d’annulation: "Comment va-t-on aider tous ces événements qui seront à l’arrêt depuis deux ans maintenant?" Les organisateurs craignent ne pas recevoir des aides publiques équivalentes à celles de 2020. Une inquiétude à laquelle le cabinet de la ministre de la Culture Bénédicte Linard répond: "Comme l’an dernier, nous serons présents pour les soutenir financièrement avec le maintien des subventions et le plan de soutien à la culture qui prévoit qu’en 2021 ces subsides peuvent être majorés jusqu’à 20%."

"Nous continuons à tout mettre en œuvre pour permettre un printemps culturel et un été musical, si la stabilisation des chiffres de l’épidémie se poursuit."
Lauriane Douchamps
Porte-parole de Bénédicte Linard, ministre de la Culture en FWB

"Nous continuons à tout mettre en œuvre pour permettre un printemps culturel et un été musical, si la stabilisation des chiffres de l’épidémie se poursuit", promet-on au cabinet ministériel. Par ailleurs, une cellule de veille a été mise en place afin de soutenir spécifiquement les festivals qui seraient en difficulté.

Comme promis par le ministre flamand de la Culture, Jan Jambon, les organisateurs s’attendent à une décision sur la tenue ou non des festivals d’ici à la mi-mars.

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