"Les majors ne nous signeraient plus aujourd'hui" (Hot Chip)

Le groupe Hot Chip, icône et outsider pop des quinze dernières années, revient avec un album plus intimiste. ©RONALD DICK

En 15 ans d’existence, Hot Chip, pionnier de l’électro-pop, a vu l’industrie musicale se transformer à vitesse grand V.

C’est en jetant un œil dans le rétroviseur que l’on peut juger de l’iconicité d’un groupe. Si l’on retrace la ligne du temps d’Hot Chip, on y verra pêle-mêle un premier album en 2004, quelques énormes succès comme "Over and over" (2005), "Ready For The Floor" (2008) ou encore "Flutes" (2012), et une constante: une farouche envie d’en découdre avec le dancefloor. Affublée de l’étiquette de "nerd" de la musique, la bande d’Alexis Taylor et Joe Goddard est passée maître dans la création de mélodies pop mathématiques, ravageuses et résolument optimistes, à l’instar de groupes comme The Raptures, !!! ou encore LCD Soundsystem, tous créés au début des années 2000. Le problème? Ils en sont désormais presque les seuls survivants. Rencontre avec Alexis Taylor et Al Doyle.

Après 15 ans d’existence, qu’est-ce qui vous motive encore à continuer?

Alexis Taylor: Nous prenons toujours beaucoup de plaisir à créer et faire de la musique ensemble. Je ne sais pas encore ce que cela donnera dans quelques années, mais pour l’instant, c’est le cas. Ce qui compte pour nous, c’est que les gens soient toujours réceptifs à ce que l’on fait.

Le monde de la musique a énormément changé depuis vos débuts en 2004, quel regard portez-vous sur votre métier aujourd’hui?

A. T.: Quand nous avons commencé, nous faisions de la musique dans notre chambre, avec toute une génération qui a commencé à créer de la musique simplement à partir d’un ordinateur. Nous avons connu le déclin des majors, l’ascension d’iTunes, le crash d’iTunes, l’avènement de Spotify et de Youtube, le retour en force du vinyle… Toute l’industrie a changé, et certainement en pire. Aujourd’hui les gens ne sont plus prêts à dépenser de l’argent pour de la musique. Mais peut-on leur en vouloir?

Hot Chip - "A Bath Full Of Ecstasy". Domino Records. Note: 3/5. ©Domino

Al Doyle: Désormais les labels font bien plus attention aux artistes qu’ils signent, car il y a eu très peu d’argent pendant presque 10 ans. Nous étions presque le dernier groupe à signer chez EMI qui puisse être encore considéré comme un coup de poker. Je ne pense pas que les majors signeraient un groupe comme Hot Chip aujourd’hui.

"A Bath Full Of Ecstasy" est pourtant dans la même veine que vos précédentes productions, quel est votre sentiment par rapport à cet album?

A. T.: Nous avons travaillé très dur sur ce disque, tous ensemble en tant que groupe. Nous nous sommes aussi beaucoup amusés, c’était très chouette de collaborer avec Philippe Zdar (producteur et membre du groupe Cassius, décédé quelques semaines après cette interview, NDLR). Il a réussi à nous donner une nouvelle approche de notre musique, en termes de ce que nous pouvons faire en tant que groupe. Et nous avons finalement produit quelque chose qui, il me semble, est assez dynamique.

Cet album est aussi très différent, car le mix de Philippe est fabuleux, cela donne un côté frais au disque, comme un nouveau visage à découvrir pour l’auditeur.

Hot Chip - Melody of Love

Vous avez mentionné que vous aviez travaillé tous ensemble pour cet album, ce n’était pas le cas avant?

A. T.: Auparavant, nous posions les bases tous ensemble et deux d’entre nous finissaient le travail. Ici, nous avons tous travaillé ensemble du début à la fin. Le groupe a commencé avec Joe (Goddard) et moi-même, nous sommes cinq désormais. Notre relation influe sur chaque album que nous faisons. J’ai le sentiment que c’est un vrai effort collectif.

Les compositions de ce nouveau disque semblent intimistes et moins axées sur des beats "dancefloor"…

A. T.: Nous avons eu une longue période où dans tout ce que nous faisions comme démo, nous finissions par y rajouter une vraie batterie par-dessus. Et nous ne l’avons fait que pour deux morceaux cette fois-ci. J’ai le sentiment que cet album est avant tout électronique, mais cependant il y a beaucoup de parties jouées, comme les synthés. C’est plus intéressant pour moi de savoir comment les gens le reçoivent plutôt que de dire comment ils doivent le recevoir.

"Les gens ne sont plus prêts à dépenser pour de la musique. Mais peut-on leur en vouloir?"

A. D.: Il aussi des chansons assez différentes dans la deuxième partie, comme "Clear Blue Skies". C’est toujours difficile pour un groupe d’évoluer. Si on fait quelque chose de trop proche de ce que l’on a fait avant, les gens t’accusent de ne pas en faire assez, et si tu fais quelque chose de totalement différent, tu peux perdre les gens qui aimaient ce que tu faisais avant… Il faut savoir distinguer ce que tu dois garder en termes d’approche, de processus, et ce que tu peux travailler. J’espère quand même que les gens reconnaîtront notre travail!

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