Les nuances électroniques d'Haring

Avec "Blurred", Haring s'installe parmi les joyaux de la scène électronique belge.

Avec "Blurred", le producteur belge poursuit son ascension vers les hautes sphères de la musique électronique grâce à des sonorités amples et ravageuses.

La dernière fois que nous avions rencontré Haring, il venait de sortir son premier album solaire "In Spaces" et s’apprêtait à partir à l’assaut des festivals d’Europe avec le supergroupe électronique Gangue, formé par les membres de La Fine Équipe, Fulgeance et lui-même.

Depuis, l’artiste a beaucoup joué et beaucoup composé, et c’est dans le contexte particulier du lockdown suite à la propagation du coronavirus qu’il vient de sortir son deuxième album "Blurred". Un disque puissant aux contours abstraits où le Bruxellois montre l’étendue de sa palette sonore et artistique.

"J’ai conçu cet album en studio en m’entourant de personnes très professionnelles", nous explique-t-il. "Grâce à l’expérience que j’ai vécue avec Gangue ou avec le live band, j’ai gagné en moyens d’expression de ma créativité et en compétence de productions aussi. J’ai vraiment senti la différence quand j’ai commencé à travailler sur cet album. Toutes ces choses qui m’ont nourri et elles m’ont aidé à produire, tout simplement."

Haring - "Community"

Prendre le temps

Depuis ses débuts, en 2012, Haring fait preuve d’un vrai talent pour mettre en adéquation sa sensibilité naturelle en matière de sonorités électroniques, plutôt portées sur les ambiances chaleureuses et organiques, avec les courants musicaux en vogue. Son single "Us", streamé plusieurs millions de fois, en est d’ailleurs le parfait exemple.

"Je me suis obligé à ne plus faire de nouveaux concerts, à m’enfermer à Bruxelles et ne plus faire que ça."
Yann Attia
compositeur et producteur de musique

Adepte d’une certaine spontanéité lors de la création de ses productions, c’est finalement en se forçant à prendre le temps que Yann Attia est parvenu à créer ce disque. "Le précédent a été fait essentiellement sur la route, entre Istanbul, Bruxelles et Paris. Celui-là a été plus travaillé, retravaillé, dans la recherche de textures, des intentions, des harmonies."

Harring - "Blurred" City Tracks Note: 4/5

Prendre le temps pour composer, cela semble, a priori, d’une logique imparable. Mais pour ce touche-à-tout, qui s’inspire aussi bien de la photographie que de voyages pour attiser sa créativité, il s’agissait d’un véritable effort. "Je me suis obligé à ne plus faire de nouveaux concerts, à m’enfermer à Bruxelles et ne plus faire que ça. Mais j’avais besoin d’être ici aussi d’une certaine façon, étant donné j’avais été beaucoup sur la route dernièrement. J’étais bien à Bruxelles, chez moi, et je voulais raconter les choses ici et les modeler."

Un travail intime

Pour composer cet album, Haring s’est nourri du travail de ses pairs, tels que Rival Consoles, Luke Abbott ou encore Daniel Avery. Mais il a également changé quelque peu sa méthode de travail. "Il y a certains morceaux pour lesquels je me suis dit que j’allais essayer de moins utiliser une recette 'Haring'", sourit-il.  "Mais c’est aussi le fruit de longues recherches dans la dynamique des morceaux qui fait que cet album est plus différent que ce que j’ai pu faire auparavant."

"Je considère cet album davantage comme un travail intime, parce qu’il a vraiment été fait ici à Bruxelles, dans ma chambre, et pas dans les transports ou entre deux villes."
Yann Attia

Le résultat de se confinement pré-confinement tient en 10 titres, aussi hétérogènes dans leurs constructions qu’homogènes dans leurs énergies. On y retrouve des accents pop dans "Disappering", collaboration avec Night Works, ex-membre de Metronomy, mais aussi de la techno avec le ravageur "Community", de l’ambient dans "Exhale" et même de la house avec "Rare Moments".

Des morceaux qui semblent s’effleurer sans jamais se confondre, et qui apportent à l’album une touche résolument populaire. Serait-ce une tentative de l’artiste à s’ouvrir à de nouveaux publics? "Peut-être qu’il est grand public dans le sens où tout le monde peut y trouver quelque chose qui l’intéresse", confesse l’intéressé, "mais je le considère davantage comme un travail intime, parce qu’il a vraiment été fait ici à Bruxelles, dans ma chambre, et pas dans les transports ou entre deux villes. Mais surtout, je me suis entouré de personnes qui me sont chères pour cet album."

Stay Home

La sortie d’un album est forcément une affaire stressante. Mais imaginez une seconde ce que serait de sortir un album alors que toute l’Europe se retrouve rassérénée à l’intérieur de son cocon. Haring se montre néanmoins plutôt philosophe sur la question. "J’en ai discuté avec mon manager, et on s’est dit qu’en réalité c’est un moment parfait parce que les gens ont certainement besoin de s’évader, d’écouter de nouvelles choses."

Il est vrai que ce confinement a pour avantage de redonner aux gens un trésor qui nous avait presque échappé: du temps. "Peut-être même que les gens le prendront plus en considération, et prendront le temps de l’écouter. Et qui sait, peut-être même que cet album donnera aux gens l’envie de créer."

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