Les sorties CD de la semaine

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Rock, pop, classique: c'est ci-dessous. Bonne écoute!

Rock | Bad Religion - "Age of unreason"

(4/5)

Dans le circuit punk depuis quarante ans, Bad Religion ferait passer Green Day ou The Offspring pour des débutants. Seul survivant originel de ces radicaux californiens, Greg Graffin est désormais le porte-drapeau de cette cavalerie tonitruante, qui n’a perdu ni de sa vigueur, ni de sa rage. En effet, ce nouvel album, dont la conception a pris cinq ans, est un condensé de 14 morceaux carrés, puissants, sans fioritures, dont le plus long fait à peine trois minutes. Souvent scandé par une slide-guitare réductrice de tête, "Age of Unreason" s’en prend à l’Amérique de Trump sur "Do the Paranoïd style" ou à Fox News sur "Chaos from within". Ceci sans jamais oublier l’aspect mélodique de leurs véloces déclarations: la preuve avec "End of history", pamphlet outrancier contre le capitalisme américain qui l’est tout autant, sur une rythmique à la… Cheap Trick. Difficile d’ailleurs de rester sourd à l’ironie grinçante de "Candidate". Bref: Punk’s not "deaf"!

Bernard Roisin

Bad Religion - "Do The Paranoid Style"

 

 

Pop |

P!nk -"Hurts 2B Human" (3/5)

C’est un sacré personnage, P!nk. Elle évolue dans le paysage de la pop internationale depuis le début des années 2000 et ne se laisse déborder par aucune prétendante dans le segment pop-rock mainstream qui est le sien. Sur ce huitième album studio, l’artiste se souvient de ses dix-sept ans où elle n’était vraiment pas "happy", détestant son corps et le monde autour. Depuis, dans la mouvance du "body positive", elle a réussi à s’accepter et est devenue un modèle pour de nombreuses jeunes femmes. Hypersincère, cet album très autobiographique compte quelques duos craquants, surtout "Hurts 2B Human" avec Khalid et de tubesques instants concoctés notamment avec l’aide de Sia Furler. Mais c’est fort probablement dans "The Last Song Of Your Life", juste accompagnée d’une guitare acoustique, que P!nk semble n’avoir jamais été autant elle-même. Sa voix délivre une émotion vraie. Rien d’étonnant à ce qu’elle soit tête d’affiche du plus grand festival belge de l’été.

Joëlle Lehrer

En concert le 27 juin à Rock Werchter.

P!nk - Walk Me Home


 

Classique | "Schumann/Dichterliebe" - Julian Prégardien/Eric Le Sage/Sandrine Piau (4/5)

Lorsque, en 1840, il peut enfin épouser Clara, Robert Schumann compose nombre de lieder, dont le cycle "Dichterliebe" (Les Amours du poète), déclaration brûlante à l‘aimée autant que délivrance expiatoire après des années de lutte contre le beau-père. Mais si ce chant d’amour nourri aux poèmes d’Heinrich Heine s’ouvre sur le merveilleux mois de mai ("wunderschönen Monat Mai"), l’ironie et l’angoisse ne tardent pas à corrompre la pulsion amoureuse. Au-delà de l’interprétation "historiquement informée" que propose ici Julian Prégardien, ce rendez-vous avec le ténor allemand est, une fois de plus, marqué du sceau de l’intelligence et de l‘émotion. Ligne vocale infaillible, timbre ciselé par et pour la langue de Goethe, théâtralité sobre mais intense charpentent ce programme ô combien exigeant. Au piano, l’excellent complice Eric Le Sage, s’offre un Blüthner de 1856 à cordes parallèles dont le charme un peu désuet tisse une intimité chaleureuse avec le texte. Heureuse présence aussi que celle de la soprano Sandrine Piau dans trois duos, dont le somptueux "In der Nacht" d’ouverture, prémonitoire de la nuit schumanienne, qui ne fut pas peuplée que d’étoiles.

Stéphane Renard

"Schumann/Dichterliebe" - Julian Prégardien/Eric Le Sage/Sandrine Piau

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