Lucile Richardot, mezzo-soprano: "On est toujours vivant!"

Lucile Richardot. ©Igor Studio

Le 17 mars, la mezzo française sera présente au KlaraFestival avec le ténor Yves Saelens et Het Collectief pour leur superbe version du "Chant de la Terre", de Mahler.

Lucile Richardot, c’est la signature vocale immédiatement reconnaissable d’une mezzo aux graves proches de l’alto. Une voix profonde et chaude. Adolescente dans un chœur d’enfants, elle était pourtant soprano. La voix du dessus, «celle des solos!», lance-t-elle. «Mais une mauvaise grippe m’a rétrogradée à l’alto. Je me suis dit que c’était foutu et que j’allais me farcir les parties de remplissage», lâche-t-elle dans un grand éclat de rire. Vaine frayeur. «Mon oreille s’est formée harmoniquement et j’ai développé une vraie passion pour les voix intermédiaires.»

Depuis, elle a imposé sa généreuse tessiture dans le répertoire baroque, aux côtés d’ensembles de renom, tels Pygmalion ou Correspondances. La surprise fut d’autant plus grande, l’an passé, de la découvrir au disque dans «Das Lied von der Erde», de Mahler, cette «symphonie de Lieder» arrangée par Reinbert De Leeuw. Un chant de la terre qui fut pour le chef son chant du cygne, et dont cette version d’exception, dont l’excellent ténor belge Yves Saelens assume sa difficile partie avec brio, sera l’un des moments phares du KlaraFestival. Lequel a pris pour maxime «Es ist noch nicht alles verloren!», «Tout n’est pas encore perdu!»

https://youtu.be/7lqTnVxYY8M

Avec votre caractère que l’on sait détonant, le thème doit vous plaire…

Oh oui, car beaucoup d’artistes sont parvenus en ces temps de confinement à proposer de nouveaux projets passionnants. Mais ce constat enthousiaste est aussi amer, car cette réalité-là, en France en tout cas, concerne les ensembles établis. Pour les jeunes artistes, c’est la cata…

…et le streaming a ses limites.

Les captations ne remplaceront jamais la vérité du concert vivant. Et la gratuité des retransmissions n’est pas tenable. De plus, il suffit d’un prétexte pour délaisser un concert gratuit. Or, un concert, c’est comme une séance chez le psy. On est beaucoup plus mobilisé si on paie! Mon propos est d’autant plus crédible que je n’ai jamais vu de psy ! (elle rit).

"Un concert, c’est comme une séance chez le psy. On est beaucoup plus mobilisé si on paie! Mon propos est d’autant plus crédible que je n’ai jamais vu de psy!" (Elle rit)
Lucile Richardot
Mezzo-soprano

Comment en êtes-vous venue, vous la baroqueuse, à chanter Mahler?

Je l’ai toujours adoré, mais presque jamais chanté en public. Alors, quand Stefan Maciejewski, directeur du Festival de Saintes, m’a proposé d’interpréter «Das Lied von der Erde» sous la direction de Reinbert De Leeuw, je me suis demandée s’il l’avait grassement payé! J’ai évidemment dit oui!

Expérience nouvelle, captivante, réussie...

…et angoissante! De plus, Reinbert était déjà très malade. Nous avons cependant encore eu le temps d’enregistrer le disque en janvier 2020, juste un mois avant son décès. Ce fut très éprouvant car il ne s’alimentait presque plus. Mais au pupitre, il retrouvait un élan de vie incroyable. Il faisait ses adieux au monde…

Il en avait réalisé un arrangement intimiste pour les musiciens de l’ensemble belge Het Collectief, que l’on retrouvera au festival, et sur lequel vous avez flashé…

J’étais en connexion constante avec eux. Je les sentais guetter le moindre mouvement de ma nuque pour savoir quand j’allais démarrer ou m’arrêter. Cette écoute mutuelle m’a fait un bien fou. J’y ai retrouvé tous les réflexes d’un ensemble baroque. Cela dit, cela reste une expérience très exigeante, avec de longues phrases et de sacrés aigus. Je dois attendre le dernier lied, «Der Abschied» («L’Adieu»), pour retrouver ma zone de confort.

"Les œuvres tristes, c’est aux antipodes de mon caractère rieur, déconneur, limite pas sérieuse! Mais j’adore les drames. Avec les œuvres graves, on a l’impression de vivre dix vies en une!"
Lucile Richardot
Mezzo-soprano

Trente minutes d’adieu, quand même…

…qui auraient pu encore durer. Ce que je chante là, c’est une éternité apaisée. Je suis fan du «Requiem» de Fauré, car il est porteur de lumière et de réconciliation avec le monde. Je trouve un peu la même ambiance chez Mahler. En dépit de son côté fin du monde, il y a une lumière au bout du tunnel.

Vous aimez pourtant surtout chanter ce qui est sombre et triste…

Absolument, car c’est aux antipodes de mon caractère rieur, déconneur, limite pas sérieuse! J’adore les drames. Avec les œuvres graves, on a l’impression de vivre dix vies en une!

Tout n’est donc pas perdu…

Mais non! On est toujours vivant!

KlaraFestival: nos coups de cœur

Parmi les 12 productions audiovisuelles du Klara 2021 en version covid, épinglons aussi:

«Songs of nature», théâtre musical orchestré par le B’Rock orchestra,
► le STEGREIF.orchester, orchestre d’improvisation berlinois, qui casse
les codes du concert traditionnel,
Sound and Vision, performance de sept duos associant un compositeur et un artiste visuel,
► l’Antwerp Symphony Orchestra dans «Siegfried-Idyll» de Wagner
et «Métamorphoses» de Strauss,
► les jeunes Desquin kwartet et le Trio Aries, lauréats
du concours Supernova.

Concerts diffusés du 13 au 22 mars sur Klara et Musiq3, et accessibles en streaming.
Infos: www.klarafestival.be

Lucile Richardot - L'interview perchée n°30

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