interview

Manu et Michiel Beers, créateurs de Tomorrowland: "Dans 30 ans, nous voulons encore exister"

©Wim Kempenaers

Les deux prochains week-ends, des milliers de festivaliers se retrouveront pour la 15e édition du déjà légendaire Tomorrowland. Nous avons rencontré ses créateurs, les frères Manu (39 ans) et Michiel Beers (43 ans), au terme d’une préparation qui a mobilisé durant six semaines 80 employés et 8.000 collaborateurs occasionnels à Boom.

Le plus grand festival de dance music du monde en chiffres clés ? Un terrain de 45 hectares, 400.000 visiteurs et 202 millions d’euros de retombées économiques pour la Belgique. Tout cela pour créer, durant six jours, un monde fabuleux que des visiteurs étrangers embrassent comme la Terre promise, avec ses 17 scènes, le camping Dream Ville , les fontaines, les pontons, les décors féériques et la grande roue.

Les deux frères nous reçoivent dans le village des artistes, en short, tels d’éternels adolescents. Leur société mère, Wearone.world, affichait en 2017 un chiffre d’affaires de 104 millions d’euros.

La Belgique a développé depuis les années 1970 une solide tradition de festivals de musique. Cela vous a-t-il aidé ?
Michiel Beers: Absolument. C’est la base de nos réalisations actuelles. En Belgique, les fournisseurs sont prêts à innover parce qu’ils savent que le marché est vaste. Nous étions les premiers à équiper un festival de toilettes à chasse d’eau au lieu de ces Dixie’s puantes. Le fournisseur les a développées pour nous parce qu’il savait qu’elles intéresseraient beaucoup d’autres événements dans un rayon de cent kilomètres. Cet écosystème de festivals hisse tout un secteur à un niveau inédit.

Nous pourrions augmenter nos prix mais les jeunes doivent pouvoir s’offrir cette expérience.
Manu Beers

Manu: Les festivals apprennent aussi des uns des autres. Ils constituent ainsi un savoir-faire inouï. Et il en faut pour recruter et former 8.000 membres d’équipe, garer 10.000 voitures et héberger 40.000 personnes dans un camping. Ce ne serait pas possible en France, en Allemagne et même ailleurs.

Malgré des investissements toujours plus élevés, un billet d’entrée à Tomorrowland n’est pas beaucoup plus cher qu’un ticket pour Werchter. Les artistes que vous invitez coûteraient-ils moins que des groupes ?
Manu: Les têtes d’affiche en musique électronique ne sont pas loin d’exiger les mêmes cachets que les groupes de rock. Mais nous ne voulons pas faire jouer à fond la loi de l’offre et de la demande. Nous pourrions augmenter nos prix. Mais les jeunes doivent pouvoir s’offrir cette expérience. Et surtout, nous nous voyons comme l’Efteling: dans trente ans, nous voulons encore exister.

Cet écosystème de festivals hisse tout un secteur à un niveau inédit.
Michiel Beers

Avez-vous calculé ce que coûterait un billet d’entrée si vous laissiez le marché le déterminer?
Michiel: Non, mais nous savons que les billets sont vendus en trois quarts d’heure. Et qu’il y a encore plus d’un million de personnes dans la file d’attente qui auraient pu acheter chacun quatre tickets. Quatre millions de tickets donc. Et la file d’attente croît chaque année.

Votre entreprise tourne rond et vous l’étoffez chaque année. Votre esprit d’entreprise ne vous incite-t-il pas à voir encore plus loin ?
Michiel: Chaque année, s’assurer que les milliers de pièces de puzzle s’emboîteront bien est un sacré défi à relever. Nous mettons la barre toujours plus haut avec de nouveaux concepts, des innovations, une scène principale flambant neuve, etc. Nous sortons également des frontières de Boom ! Cette année, nous avons organisé Tomorrowland Winter dans les Alpes françaises, à 1.800 m d’altitude. C’est le festival le plus complexe que nous ayons jamais organisé. Cette année encore, pour notre 15e anniversaire, nous réaliserons à deux reprises un grand show au Ziggo Dome à Amsterdam. Nous avons publié un livre, "Phantasy ", en cinq langues que 200.000 visiteurs ont reçu. Ce sont tous des projets gigantesques.

Nous ne voulons pas faire jouer à fond la loi de l’offre et de la demande.
Manu Beers

Manu: En tout cas, pour nous, entreprendre ce n’est pas croire que les arbres montent jusqu’au ciel. Comme vous le voyez, continuer à travailler en short nous convient très bien (rires).

Prévoyez-vous de décliner votre marque encore dans d’autres produits. Un film ne pourrait-il pas constituer un beau prolongement de votre concept ?
Michiel: Un premier livre est une chose, une première à Hollywood en est une autre (rires). Nous sommes très fiers de notre premier livre dont nous rêvions depuis des années. On y retrouve notre monde. Après l’avoir lu, on vit le festival encore plus intensément. Notre objectif est d’y ajouter un deuxième et troisième opus.

Pourquoi organisez-vous également les voyages à Tomorrrowland ?
Manu: Notre ambition est que l’expérience commence dès l’achat du billet d’entrée. La fête est encore plus fun lorsqu’elle se vit déjà à la maison et durant le trajet. Les visiteurs étrangers apprécient également les animations organisées à l’hôtel.

Notre ambition est que l’expérience commence dès l’achat du billet d’entrée.
Manu Beers

Dans quelle mesure le monde des D.J. et de la dance a-t-il changé ?
Manu: Nous croyons à la pérennité de la musique électronique. Elle a déjà essaimé et donné naissance à de nombreux sous-genres, tous très populaires. Les grands déplacements de foule au festival lorsqu’une star comme David Guetta monte sur la scène principale appartiennent au passé. La musique électronique reste la base, mais elle n’est plus l’apanage des D.J. Les groupes ont gagné leurs galons.

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