Mélissa Laveaux, queen créole

©doc

"Radyo Siwèl", tel est le titre d’un ravissant album complètement hors format et hors mode. Son auteure, Mélissa Laveaux, Canadienne d’origine haïtienne, y revisite les chansons, pas folklos du tout, du patrimoine d’Haïti. Une découverte extra!

Née de parents haïtiens, cette jeune trentenaire a grandi à Ottawa, une ville parfaitement bilingue. "La première fois que je me suis rendue en Haïti, j’avais douze ans. Et j’y suis retournée à trente et un ans. J’avais envie de me ressourcer. Et de découvrir l’île avec des yeux d’adulte. Entre-temps, Haïti avait changé. J’ai découvert que les gens ne dorment pas beaucoup là-bas. La vie nocturne y est très dense."

"Les gens racontent, dans ces chansons, leurs états d’âme et comment ils se tournent vers les esprits pour prier."

Pour son album, elle a procédé à une sorte d’archéologie musicale. "J’ai voulu excaver des chansons datant de la période où l’île était occupée par les Américains, entre 1915 et 1934. J’ai ainsi découvert Frantz Casseus, qui faisait énormément référence au vaudou. Et que même des chansons anodines ou coquines pouvaient avoir des sens plus profonds." De ce point de départ est issu "Radyo Siwèl". "C’est une manière de témoigner de cette période d’occupation. Les gens racontent dans ces chansons leurs états d’âme et comment ils se tournent vers les esprits."

musique

"Radyo Siwèl"

Note: 3/5

1 CD Sony Music

Le 26/04 aux Nuits Botanique.

Mélissa rappelle, non sans fierté, qu’Haïti fut le premier pays au monde à abolir l’esclavage en 1804. Sur son disque, elle fait place à Martha Jean-Claude et à Emerante de Pradines, des stars haïtiennes des années 50. "Elles étaient en compétition bien que très amies. Martha Jean-Claude s’était exilée à Cuba. Leurs chansons avaient souvent des significations politiques ou spirituelles."

On pourrait croire que la chanteuse est agrégée d’histoire. Il n’en est rien. Elle a suivi des études d’éthique, de philosophie et de sociologie. Depuis dix ans, Mélissa vit et se produit à Paris. C’est là qu’elle a pensé à revisiter ce patrimoine musical. Elle n’a surtout pas fait de copy/paste. Ces anciennes chansons ont été modernisées, rafraîchies et l’album est plus soul que folk.

Mélissa se passionne pour les voix singulières comme celles de Nick Hakim, Rhye, Juana Molina ou de l’Inuit Tanya Hagaq. La sienne est spéciale aussi, avec un grain qui ne devrait pas laisser indifférent un producteur comme Wyclef Jean, haïtien d’origine, qui devrait flasher sur son talent, unique.

Mélissa Laveaux - Nan Fon Bwa

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