portrait

Merck Mercuriadis, l'homme qui change la musique en lingots d'or

Cet investisseur et manager d’artistes a bâti un empire musical doté de dizaines de milliers de tubes et valorisé à plus d’un milliard de livres. Il a multiplié par dix son catalogue en seulement trois ans.

Parler à des artistes ne demande pas les mêmes qualités que parler à des investisseurs. Merck Mercuriadis a bâti le succès de sa société Hipgnosis Songs grâce à ce grand écart permanent entre deux mondes que tout oppose. Et à force d’être celui qui construisait des ponts en or entre la musique et la finance, il a fini par posséder le sien.

Avec Hipgnosis Songs, qu’il a créé en 2006 et qui est côté sur le London Stock Exchange depuis 2018, ce Québécois de naissance a convaincu des dizaines de grands artistes comme Nile Rodgers, Blondie, Neil Young, Mark Ronson ou dernièrement Shakira, de lui vendre leur catalogue et de toucher immédiatement un montant correspondant plus ou moins à ce qu’ils auraient pu espérer dans les prochaines décennies. Il a aussi acquis des portefeuilles regroupant des morceaux éparpillés de différents artistes, comme Rihanna, Beyoncé ou Justin Bieber.

À charge pour lui d’offrir aux morceaux de ces catalogues une seconde, voire une troisième vie, et de permettre à son groupe de continuer de toucher de l’argent à chaque stream, chaque passage en radio, ou chaque exploitation parallèle comme des films ou de la publicité.

Ancien manager d’Elton John

Le catalogue a grossi très rapidement. Seules 5.000 chansons en faisaient partie lors l’introduction en bourse, il y a trois ans. Hipgnosis Songs possède désormais partiellement ou totalement, et sans limite de durée, quelque 58.000 morceaux.
Merck Mercuriadis a su convaincre les artistes et les investisseurs que la musique avait plus que jamais une valeur économique durable, tangible et rationnelle, y compris à l’ère du streaming et de la dématérialisation. Elle est même "plus précieuse que l’or ou le pétrole", a-t-il affirmé dans une interview à la BBC.

Au-delà des émotions et des envolées euphoniques, la musique a ceci de supérieur aux autres "matières premières" qu’elle ne connaît jamais de crises de consommation, comme l’ont prouvé les hausses de revenus sur les plateformes de streaming pendant le confinement. Par ailleurs, plusieurs décennies de "tubes" ont permis de construire une connaissance fine et des modèles de prédictions des revenus sur le très long terme. "Si vous prenez une chanson comme ‘Sweet Dreams’ d’Eurythmics, ou ‘Livin’ On A Prayer’ de Bon Jovi, vous pouvez tabler sur trois ou quatre décennies de revenus stables", assure-t-il.

58.000
Hipgnosis Songs possède désormais partiellement ou totalement, et sans limite de durée, quelque 58.000 morceaux.

Les combats de grandes stars contre leurs maisons de disques jettent régulièrement une lumière crue sur la réalité de l’industrie. L’inscription "slave" sur la joue de Prince, en conflit avec Warner, en fut une l’une des illustrations les plus percutantes. Les rapports de Mercuriadis avec les artistes sont par nature moins conflictuels, car seuls 10% des titres achetés ont moins d’un an. Il est surtout présent dans la vie créative des artistes depuis des décennies, et a notamment été le manager d’Elton John, Beyoncé, Mary J. Blige, des Gun’s N’Roses, d’Iron Maiden, des Pet Shop Boys, ou encore de Joss Stone.

Dans le magazine Rolling Stone, cet automne, il qualifiait certaines transactions de "hautement émotionnelles". "Les auteurs de chansons savent qu’ils peuvent me faire confiance et que je respecterai leur art et utiliserai leurs créations de façon avec lesquelles ils sont en accord." Il a par exemple garanti à Neil Young qu’aucune de ses chansons ne figurerait jamais dans une publicité.

Son profil

  • Né le 2 octobre 1963 à Schefferville, Québec, Canada
  • 1983: directeur marketing de Virgin Records (Canada)
  • 1984-1986: manager d’artistes à Virgin Records (Royaume-Uni)
  • 1986-2006:  devient CEO de Sanctuary Group
  • 2001: relance de Rough Trade Records
  • Depuis 2006: fondateur et gestionnaire de Hipgnosis Songs

A la bonne heure pour Shakira

La chanteuse colombienne incarne parfaitement le profil type des catalogues prisés par le groupe de Mercuriadis: une star qui a vendu des millions de disques, mais qui n’aura plus jamais le même succès. Et qui, dans ce cas spécifique, a besoin d’une somme élevée pour faire face aux poursuites du fisc...

Le précédent des Bowie Bonds

Ce nouveau modèle de gestion de catalogues évoque les fameuses Bowie Bonds. En 1997, le chanteur anglais disparu en 2016 avait émis des obligations liées aux futurs revenus de ses plus grands morceaux, comme Life on Mars, Heroes ou Let’s Dance.

L’Eglise d’Angleterre profite de Beyoncé, Rihanna et Chic

La principale organisation religieuse en Angleterre était déjà connue pour avoir investi par erreur dans des actions liées à des prêteurs-requins. Elle est aujourd’hui l’un des petits actionnaires de Hipgnosis, et à ce titre gagne de l’argent grâce à des morceaux comme “I’m your baby tonight” de Whitney Houston ou “Single Ladies” de Beyoncé.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés