interview

Motorpsycho: "Pas la guitare à double manche!"

Humour nordique. ©Terje Visnes

Dernier volet d'un triptyque entamé avec "The Tower" en 2017, "The All Is One" illustre l'intarissable inspiration de Motorpsycho, trio norvégien de hard rock (mais pas que), dont les fresques musicales sont des peintures… mais pas des "Cri" à la Edvard Munch.

En 30 ans de carrière, le combo norvégien Motorpsycho (titre d'un film érotique de série B vintage de Russ Meyer) se caractérise par une unité dans la qualité, constante, délivrée par le groupe. Mélange de psychédélisme, d'acid-rock, de folk, d'alternatif et de hard rock traditionnel, «The All Is One», leur nouvel opus, ne modifie pas le curseur.

Rock

«The All Is One»
Motorpsycho

Note de L'Echo: 4/5

Double album à l'ancienne, ce projet qui n'est long que de treize titres s'étire sur une heure et trente minutes, deux morceaux en comptant plus de vingt-et-une! Le caractère référentiel assumé et épique de leur style, évoque aussi bien Black Sabbath que King Crimson, Thin Lizzy que Deep Purple. Bref, à flot depuis trois décennies, Motorpsycho, comme l'explique le capitaine et guitariste du trio Hans Magnus Ryan, ne navigue pas à vue sur son «drakHard»…

L'humour est-il important dans ce que vous faites?

Hans Magnus Ryan: (Il rit) il y a pas mal de choses sérieuses, mais également beaucoup d'humour. Nous l'instillons au coin des paroles ou de la musique.

Les œuvres de H.P. Lovecraft ont-elles influencé votre musique?

Clairement. Notamment son univers de démons cosmiques, qui donnent naissance à notre nature humaine qui peut si mal tourner. Sa «philosophie» est connectée par certains aspects à Alister Crowley, et au kabbalisme juif lequel se révèle très divertissant: une sorte de science-fiction très imagée et vieille de plusieurs milliers d'années.

"Nous n'avons jamais été très narcissiques: nous sommes plutôt un groupe de jam-sessions. Le Greatful Dead fut un bon exemple de construction collective, à l'image du jazz évidemment."
Hans Magnus Ryan
Guitariste de Motorpsycho

Vous évoquez la kabbale… raison pour laquelle vous admirez Black Sabbath?

(Rires)  Mais le groupe entonne parfois des hymnes pacifiques formidables, notamment  «War Pigs».

La mythologie a-t-elle une influence sur votre musique?

Nous ne sommes pas vraiment dans l'imagerie viking et la mythologie nordique ou runique.

The All Is One

Qu'en est-il de groupes comme Blue Öyster Cult, qui se voulait une sorte de fausse secte?

Bien sûr! Un groupe formidable qui avait également construit un discours mythologique sulfureux pour rire qui les rendait intrigants. Mais, parmi nos sources d'inspiration, il y a aussi le Rainbow de Ritchie Blackmore, époque Ronnie James Dio, et son imagerie de sorciers et chevaliers. Excellent pour votre imagination quand vous êtes gamin: une sorte de cartoon musical!

Mais en concert, vous évitez, à l'inverse de groupes comme Deep Purple ou Rainbow justement, des solos de guitares ou de batterie interminables…

Nous n'avons jamais été très narcissiques: nous sommes plutôt un groupe de jam-sessions. Le Greatful Dead fut un bon exemple de construction collective, à l'image du  jazz évidemment. Malheureusement, peu de groupes de rock européens pratiquent cette ouverture à l'improvisation. Nous avons d'ailleurs cette blague entre nous à propos de la guitare à double manche dont je dois parfois jouer en concert, et qui est vraiment le symbole du hard rock démonstratif. Mais certains de nos morceaux sont à ce point architecturés, construits, que nous nous sommes aperçus que «Oh non! Pas la guitare à double manche!!!» (Rires)

MARK CHATS TO MOTORPSYCHO AFTER SET @ FLASHBACK RECORDS E 2

Per Kirkeby, un peintre danois qui réalise de grandes toiles abstraites décrivant les environnements naturels, évoque votre musique et la manière dont vous racontez des histoires par l'entremise du son…

Un artiste que j'apprécie. Nous trouvons souvent bénéfique en concert d'interpréter des séquences improvisées durant de longs morceaux, ce qui permet aux auditeurs d'associer images et musiques, et de forger leur propre récit. C'est la réaction que nous entendons déclencher. La plupart de nos chansons possèdent un squelette bien défini, ce qui nous permet d'ajouter des morceaux de chair, la carnation que nous souhaitons y apposer. Comme l'improvisation, qui n'est pas jouer n'importe quoi, mais plutôt une réflexion sur le morceau lui-même.

"Bon, on ne va pas tomber dans les clichés du jazz norvégien, des influences du paysage sur celui-ci, et de la réverbération des fjords!" (Rires)
Hans Magnus Ryan
Guitariste de Motorpsycho

Le paysage norvégien intervient-il comme source d'inspiration?

Géographiquement, nous sommes très au nord, où les hivers sont très longs et noirs, mais tout est une question d'habitude et d'horloge biologique. Nous vivons dans une région éloignée de tout, d'où l'Europe continentale nous parait speedée et obstruée par le monde. Nous sommes heureux d'y venir, mais aussi de repartir dans notre petite ville de Trondheim, cernée par la nature. Mais bon, on ne va pas tomber dans les clichés du jazz norvégien, des influences du paysage sur celui-ci, et de la réverbération des fjords! (Rires)

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