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interview

Whispering Sons: "Nous avons enregistré le disque que nous avions en tête"

Fenne Kuppens donne tout, comme tous les Whispering Sons! ©ANP / Alex Vanhee

Rencontre avec Whispering Sons, fleuron du rock belge, qui signe un 3e album sans temps mort, "The Great Calm", avant une tournée à guichets fermés et un concert de gala à Werchter.

Sur la ligne de front du rock belge, Whispering Sons est désormais une tête de série incontestable. Guidé par la voix charismatique de la chanteuse Fenne Kuppens, le quintet bruxellois fait feu de tout bois. À l’heure du troisième essai, le groupe capitalise sur les acquis du passé, dansant notamment avec le fantôme de Joy Division, pour mieux chasser les esprits malveillants et résister, vaille que vaille, au cynisme du monde moderne.

Interceptés sur un temps de midi, entre un sandwich et des dates de concert qui affichent complets aux quatre coins du pays, Fenne Kuppens et le guitariste Kobe Lijnen nous confient les secrets de fabrication de "The Great Calm".

Whispering Sons - Walking, Flying (Official Video)

Pour finaliser le nouvel album, vous êtes partis sur l'île de Vlieland, aux Pays-Bas. Comment êtes-vous arrivés là-bas?

Kobe Lijnen: Nous avons découvert l’existence de cet endroit en jouant un concert dans le cadre du festival "Into The Great Wide Open". En sortant de scène, quelqu’un nous a dit qu’il était possible de louer un gîte pour enregistrer sur l’île. C’est ce que nous avons fait en janvier 2023. Nous sommes arrivés sur place avec tout notre matériel et nous avons aménagé l’espace selon nos besoins.

Fenne Kuppens: Nous sommes restés deux semaines sur l’île dans un cottage en bois, situé à 200 mètres de la mer. Avant cela, nous avions travaillé plusieurs jours du côté d'Eindhoven, dans un studio super équipé. C’était rafraîchissant de sortir de cette atmosphère professionnelle pour faire les choses à notre manière, en pleine nature. Nous sommes arrivés sur l’île au cœur de l’hiver. Il n’y avait personne. Pas l’ombre d’un touriste. Nous avions besoin de nous isoler pour terminer le disque. Pour ça, une île quasi déserte, c’est l’idéal!

"Nous avions besoin de nous isoler pour terminer le disque. Pour ça, une île quasi déserte, c’est l’idéal!"

Fenne Kuppens
Chanteuse

"The Great Calm" se veut plus lumineux que ses prédécesseurs. Vous présentez d’ailleurs l’album comme une quête vers un monde apaisé. Le contexte international a-t-il joué un rôle dans l'élaboration des nouvelles chansons?

F.K.: Nous nous sommes toujours défendus de devenir l’ambassadeur d’un quelconque message politique. Mais les textes que j’écris ne sont pas imperméables à l’état de la planète. Même si les paroles endossent des émotions personnelles, en adoptant volontiers un ton introverti, je vis la même réalité que tout le monde. À l’évidence, nous traversons une période agitée. Impossible d’esquiver cette vérité... Je suppose que, d’une manière ou d’une autre, notre musique est là pour établir un lien entre des ressentis personnels et l’actualité du monde.

Whispering Sons. ©Lucinde Wahlen

Votre nom de scène s’inspire d’une chanson de Moral, un trio danois du début des années 1980. Ce groupe culte du mouvement cold wave est-il la clé pour comprendre la musique de Whispering Sons?

K.L.: Lorsque nous avons formé le groupe, il y a plus de dix ans, dans la cave de mes parents, plusieurs d’entre nous écoutaient de la new wave et des disques portés sur les synthés et la guitare. À l’époque, notre batteur adorait Moral et, en particulier, le morceau "Whispering Sons". Il a suggéré qu’on fasse une reprise. En jouant ce titre, nous avons ressenti une forme d’osmose, comme si la magie opérait entre nos cinq personnalités. C’est pour cette raison que l’on s’appelle Whispering Sons.

"Les textes que j’écris ne pas sont imperméables à l’état de la planète. À l’évidence, nous traversons une période agitée."

Fenne Kuppens
Chanteuse

Du reste, je ne connais pas trop l’univers de Moral. Au sein du projet, nous écoutons tous des trucs différents. Moi, par exemple, je suis un féru du jazz des années 1950 et 1960. J’écoute Ornette Coleman, Miles Davis, Pharoah Sanders, etc. J’aime l’énergie qui se dégage de cette musique.

F.K.: Pour ma part, j’aime beaucoup l’ambient et l’électro d’avant-garde. Ce sont des propositions instrumentales qui ne rencontrent pas vraiment notre esthétique. D’ailleurs, je n’ai absolument rien écouté durant l’écriture de notre nouvel album. J’avais besoin de silence pour m’immerger pleinement dans le monde de Whispering Sons.

"The Great Calm" marque une véritable rupture avec "Several Others". Avec le recul, pensez-vous que votre précédent album était trop minimaliste?

K.L.: Je me dois d’être critique. Après le succès rencontré par le premier album ("Image", en 2019, NDLR), nous avons entamé le processus de composition dans la précipitation. Nous étions réellement impatients de proposer de nouveaux morceaux au public. Mais ils n’étaient pas suffisamment aboutis… J’apprécie toujours le minimalisme du deuxième album, mais je suis convaincu qu’il aurait gagné en efficacité si nous avions pris davantage de recul et plus de temps en studio.

F.K.: Avec le premier album, personne ne t’attend. Donc, assez naïvement, tu oses tout, sans te poser de questions. À l’arrivée, "Image" a rencontré son public et une belle attention médiatique. On ne va pas se mentir: on ne s’y attendait pas. Par la suite, on cherche inévitablement à transformer l’essai. Mais ce n’est pas facile. Parce qu’il faut composer avec la pression. Celle que l’on s’impose, mais aussi celle qui vient de l’extérieur...  

À votre niveau, composez-vous en songeant aux réactions potentielles du public, à l’éventualité de remplir des salles à l’étranger ou de vous produire dans des festivals majeurs?

F.K.: C’est terriblement malsain, mais j’éprouve énormément de difficultés à me détacher de ces réalités. En tant qu’artiste, tu cherches toujours à te réinventer, à te surpasser, à produire un disque différent et, si possible, meilleur que le précédent. Dans la phrase créative, je me pose beaucoup de questions. Je suis en lutte permanente avec moi-même. Cela étant, pour "The Great Calm", nous avons réussi à nous couper du monde. Nous nous sommes réfugiés sur une île et nous avons entièrement autoproduit l’album. Nous avons enregistré le disque que nous avions en tête.

K.L.: Pour cet album, nous avons pris le temps de réfléchir à notre façon de travailler. Nous avons détesté la période de pandémie. Mais elle nous a sans doute laissé le loisir de concevoir "The Great Calm" comme on l’entendait.

"Créer des chansons en groupe, quand ça fonctionne, ça provoque une satisfaction indescriptible."

Fenne Kuppens
Chanteuse

À l’heure de dévoiler "The Great Calm", vous insistez sur l'importance de la poétesse new-yorkaise Louise Glück. Quelle place tient la lauréate du prix Nobel de littérature 2020 sur ce disque? 

F.K.: Ma relation à l’œuvre de Louise Glück est étrange... Je la connais très mal. Je sais qu’elle est décédée il y a quelques semaines. Mais ce n’est absolument pas un hommage. Au moment d’entamer l’écriture de l’album, j’avais ébauché un texte pour une chanson intitulée "Cold City". Au même moment, je suis passé m’acheter des livres à la librairie. C’est là que j’ai mis la main sur "Averno", un recueil de poèmes signé Louise Glück. Les thèmes abordés dans cet ouvrage étaient similaires à ceux que je développais dans "Cold City". À partir de là, j’ai eu le sentiment d’être sur la bonne voie. Comme si Louise Glück avait validé mon travail et la direction générale du nouvel album.

Louise Glück – Averno (2005)

La pochette de votre album est illustrée par une image du photographe belge Wouter Van de Voorde. Existe-t-il un lien entre cette photo et vos chansons?

F.K.: Wouter Van de Voorde est un photographe belge qui vit aujourd’hui en Australie. J’apprécie beaucoup son travail. Pendant la conception de l’album, je lui ai parlé d’une chanson relative à une voiture. C’était assez métaphorique. Il était question de conduire à travers les souvenirs de l’enfance. Wouter m’a alors montré la photo de l’habitacle d’une voiture calcinée. L’image m’a plu. Car le feu et la destruction sont des thèmes qui reviennent souvent dans nos chansons.

Par ailleurs, j’aimais la proposition visuelle. Cette photo sublime une réalité contrastée. Elle pose un regard conscient, sans s’attarder sur le passé. Personne ne veut vraiment savoir ce qui est arrivé au conducteur… Alors, on prend l’image pour ce qu’elle est, en acceptant la situation et sa beauté paradoxale. Ce sentiment d’acceptation traverse à peu près toutes les chansons du nouvel album.

La pochette de "The Great Calm" des Whispering Sons.

Dans une époque obnubilée par les réseaux sociaux, tout est souvent question d’ego. Dans ce contexte, de plus en plus d’artistes font de la musique en solo. Nourrissez-vous une sorte de romantisme à l'idée de faire partie d'un groupe?

F.K.: Sans doute un peu. (Sourire) J’ai la certitude que cette musique n’existerait pas sans l’investissement total de cinq personnes. Créer des chansons en groupe, quand ça fonctionne, ça provoque une satisfaction indescriptible. Mais cela implique d’écouter les autres, de dialoguer, de se faire confiance et d’investir des heures et des heures de travail en équipe. Être cinq et sur la même longueur d’onde, c’est un sentiment extrêmement gratifiant.

Rock

"The Great Calm"

De et par Whispering Sons

Label: [PIAS] Recordings

Sortie de l'album: le vendredi 23 février 2024

Concerts: le 6 mars – 4AD, Diksmuide (complet) | Le 17 mars – Cactus, Brugge (complet) | Le 20 mars – Botanique, Bruxelles (complet) | Le 22 mars – De Roma, Anvers (complet) | Le 23 mars – Reflektor, Liège | Le 7 juillet, Festival Rock Werchter.

Site officel du groupe > En savoir plus

Note de L'Echo:

Critique | "The Great Calm" fixe l’époque droit dans les yeux

Enregistré entre le confort d’un studio d'Eindhoven et un espace de travail improvisé sur une île perdue au large de la mer du Nord, "The Great Calm" ouvre le troisième chapitre de l'épopée Whispering Sons. Après une éruption sur les terres du post-punk et une sortie sur des rivages new wave dépouillés jusqu'à l'os, le quintet bruxellois entrevoit enfin le meilleur des deux mondes.

Parfaitement équilibré, toujours sous tension, ce nouvel album est l'expression d'une formation en pleine possession de ses moyens. D'une voix androgyne, hantée par les esprits de Ian Curtis et de David Bowie, la chanteuse Fenne Kuppens met son amour de la littérature anglaise en musique. Là où le groupe se contentait autrefois de broyer du noir, "The Great Calm" se montre plus optimiste et confiant en l'avenir ("Walking, Flying").

L’énergie du désespoir

Presque enjoué par moments ("The Talker"), cet essai offre d'autres visages à Whispering Sons, sans jamais altérer une personnalité qui doit autant à The Cure qu'à Interpol. "The Great Calm" fixe l’époque droit dans les yeux: le panorama est préoccupant, souvent sombre, parfois angoissant. Imprégné par ce contexte, l’album oppose une voix défiante, des guitares angulaires, une rythmique martiale et quelques notes pianotées au cœur du chaos.

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Toujours renforcées par de puissantes lignes de basse, les chansons de Whispering Sons se dépensent sans compter. Preuve qu’avec l’énergie du désespoir et d’excellentes intentions, on peut accomplir de grandes choses. Nicolas Alsteen

Music Waves gratte la Surface de Whispering Sons
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