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interview

Nele Karajlic, auteur-compositeur-interprète: "Certaines chansons ont survécu à la guerre de Yougoslavie"

Fondateur et ex-frontman du No Smoking Orchestra, légende du rock yougoslave, Nele Karajlic est l’une des guest stars de la 15e édition de Balkan Trafik!.

Avec son groupe originaire de Sarajevo, Dr Nele Karajlic avait, dans les années 80, jeté les bases du rock primitif bosnien conjuguant le rock, la new wave et le punk. Avec une sérieuse dose d’humour disjoncté. La guerre l’a poussé à s’installer à Belgrade. Mais sa carrière est devenue internationale quand le réalisateur Emir Kusturica rejoignit The No Smoking Orchestra – en serbo-croate "Zabranjeno Pusenje" – et le conduisit sur les scènes du monde. Dr Karajlic a, par ailleurs, composé la musique du film "Chat noir, chat blanc" du même Kusturica.

Comment avez-vous rejoint le projet exclusif de Balkan Rocking Beez que propose Balkan Trafik! cette année?

Très simplement, on m’a appelé pour me proposer cette invitation que j’ai acceptée immédiatement. Je connais bien le festival pour y avoir déjà joué dans le passé. Ces dernières années, j’étais complètement investi dans des projets littéraires. Mais quelque chose en moi m’incitait à revenir à la musique live. Et me voici!

"Il y a exactement dix ans, j’ai eu des problèmes cardiaques. C’est à ce moment-là que j’ai quitté le terrain."

L’autre guest star de Balkan Rocking Beez n’est autre que l’Espagnole Amparo Sanchez. La connaissez-vous?

Évidemment. J’adore le son de ce groupe. J’aime ces mélodies qui sont toujours à la limite de sombrer dans le pathétique mais ne franchissent jamais cette limite.

Vous n’êtes plus le frontman du No Smoking Orchestra. Que s’est-il passé entre Emir Kusturica, qui en est désormais le chanteur, et vous?

Nous avons travaillé ensemble pendant près de quinze ans et je pense que nous avons pu réaliser énormément de choses. The No Smoking Orchestra a jeté les bases de ce type de musique. Et nous y avons contribué ensemble avec tout notre cœur, Emir et moi. Et c’est littéralement mon cœur qui a décidé à ma place. Il y a exactement dix ans, j’ai eu des problèmes avec cet organe clé du corps humain. C’est à ce moment-là que j’ai quitté le terrain.

Ces mythes de la Yougoslavie, de Tito, de la musique rock, de la télévision et de la culture populaire en général, voilà de quoi parle mon autobiographie.

À la place de la musique et du groupe, vous avez écrit plusieurs livres. Quels sont vos sujets de prédilection?

J’ai commencé par écrire mon autobiographie sans savoir si cela intéresserait quelqu’un. Je n’avais pas imaginé que cela deviendrait un best-seller dans les pays de l’ex-Yougoslavie. Sa popularité doit beaucoup au fait que je me suis consacré à décrire les mythes de cette époque, d’avant-l’éclatement du pays, avec mes yeux de témoin. Ces mythes de la Yougoslavie, de Tito, de la musique rock, de la télévision et de la culture populaire en général, voilà de quoi parle ce livre. Son succès m’a encouragé ensuite à écrire deux romans regroupés sous le titre "Solunska 28". C’est l’adresse d’une maison dans la plus ancienne partie de Belgrade, juste au bord du Danube. J’y relate la saga d’une famille sur un siècle de notre histoire turbulente. Pour votre info, Belgrade a été bombardée à cinq reprises au cours du XXe siècle!

Dr Nele Karajlic, "Nedelja Kad Je Otisao Hase"

Ces derniers mois, la scène de l’ex-Yu rock a perdu, à cause du Covid-19, Dorde Balasevic et Dragoljub Duricic, deux de ses plus grands artistes. Et l’on a vu des hommages à leur mémoire partout, de la Serbie à la Croatie en passant par la Bosnie et la Macédoine du Nord. La ‘Yougonostalgie’ semble toujours bien vivace…

Ce n’est pas seulement dû à la nostalgie de la Yougoslavie mais à l’extraordinaire pouvoir de la culture populaire du XXe siècle. On peut tout simplement affirmer que certains livres, films et chansons ont survécu à la guerre de 1991-1995 et à l’effondrement d’un grand pays.

"Je ne suis pas quelqu’un qui souffre s’il n’est pas sur scène mais cela ne signifie pas que la passion m’ait abandonné."

Êtes-vous prêt à reformer un groupe?

J’ai un groupe qui m’accompagne en concert. Mais je ne me produis pas souvent sur scène. Je ne choisis que les festivals les plus importants et les mieux organisés comme Balkan Trafik!. Je ne suis pas quelqu’un qui souffre s’il n’est pas sur scène mais cela ne signifie pas que la passion m’ait abandonné.

Dans le passé, vous avez eu l’occasion de jouer sur scène avec Joe Strummer et de convier Diego Maradona à l’un de vos shows. Quel souvenir avez-vous d’eux?

Ces deux hommes ont rendu ma vie plus riche. L’un dans la musique, l’autre dans le football. Et ce sont les choses que j’aime le plus au monde. Ce qui les réunit, c’est la spontanéité dans la communication, la simplicité dans la manière de penser et l’énergie incroyable qu’ils avaient. Joe Strummer et Diego Maradona ont dominé l’espace dans lequel ils se trouvaient. L’un comme l’autre rayonnait de l’intérieur. C’était vraiment une énorme expérience de partager la scène avec eux mais aussi d’être simplement assis avec eux à la table d’un café.

Balkan Trafik!, du 21 au 25 avril. Plus d’infos sur balkantrafik.com.

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