Nelson Goerner ouvre la saison de La Monnaie

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Le "Premier concerto" de Tchaïkovski, au programme de ce concert d'ouverture de La Monnaie à Bozar, ce mardi 3 septembre, est la première étape d'une riche actualité belge pour le célèbre pianiste argentin.

CONCERTS

Le 3/9/19 (20h) dans le "1er Concerto" de Tchaïkovski, à Bozar, avec l’Orchestre de La Monnaie dirigé par Alain Altinoglu qui dirigera aussi "Uncut" de Dusapin et le poème symphonique "Ein Heldenleben" de Richard Strauss: www.bozar.be

Les 7/2/20 en ouverture des Piano Days de Flagey: www.flagey.be

NOUVEAUX CD

Récital Brahms, "Sonate n°3" & "Variations sur un thème de Paganinin". À paraître chez Alpha

Paderewski, "Variations et fugue op. 23", "Nocturne op. 16/4". Godowski, "Métamorphoses symphoniques sur des thèmes de Johann Strauss". The Fryderyk Chopin Institute. Pas de sortie physique dans le Benelux mais disponible en ligne sur Spotify, Apple Music, YouTube, etc.

Ce n’est pas un opéra qui fait l’ouverture de La Monnaie, mais un pianiste. Encore que dans le cas de l’Argentin Nelson Goerner, 50 ans, ce soit le chant qui prédomine. Et l’on n’est guère étonné qu’il se soit naturellement entendu avec Alain Altinoglu, le chef de l’Orchestre de La Monnaie, lui-même excellent pianiste, lorsqu’ils s’étaient croisés sur l’estrade de l’Orchestre de Montpellier. "Il n’arrive pas souvent qu’un chef soit intéressé par la partie orchestrale du ‘Concerto en fa mineur’ de Chopin et ne se contente pas simplement de me suivre. Avec Alain, ce fut une écoute de tous les instants!", nous explique l’artiste avant son arrivée à Bruxelles pour quelques jours.

Une attente d’autant plus fournie que, cette fois, ils interpréteront le "1er Concerto" de Tchaïkovski dont l’orchestration est autrement plus ambitieuse. L’événement aura lieu à Bozar, le 3 septembre prochain, à quelques mois des Piano Days de février, à Flagey, que Nelson Goerner ouvrira, scellant une résidence de 4 ans. "Une salle que j’ai découverte l’an passé. C’est un lieu très spécial, avec un public très concentré et un enthousiasme dans l’écoute. Cette intimité me parle. Je me sens très libre dans le choix de mes programmes qui vont se concentrer sur la grande littérature du XIXe siècle mais avec quelques incursions au-delà – le piano de Debussy auquel je vais revenir et l’intégrale d’‘Iberia’ d’Albeniz."

Nelson Goerner - "Premier concerto" de Tchaikovski

La marque des grands

Gilles Ledure, le patron de Flagey, on s’en doute, ne tarit pas d’éloges sur le pianiste argentin: "Aujourd’hui, on a soit de grands virtuoses qui manquent de personnalité, soit des pianistes qui ont développé un regard très particulier sur tel ou tel type de répertoire. Mais Nelson, c’est autre chose. Dire Goerner aujourd’hui, c’est comme on disait Horowitz, Barenboim ou Brendel. Il est de ceux qui ne se trompent jamais, ou rarement. Il est de cette trempe-là, avec, de surcroît, une sincérité, une générosité et une absence totale de narcissisme. J’attends avec impatience son Chopin, j’attends son Schubert et qu’il réalise les grandes pages du répertoire. C’est la marque des très grands."

"Ce maniement extraordinaire de la polyphonie m’a toujours frappé chez les grands pianistes du passé, comme nous l’enseignent par exemple les enregistrements d’Alfred Cortot."

Peut-être parce qu’outre son immense talent, il est l’un des rares aujourd’hui à laisser du temps au temps et à d’abord écouter son intuition. "Je ne me dis jamais: ‘Tu dois faire quelque chose de différent’, dit-il. Car alors, la démarche viendrait de l’extérieur. Il faut écouter son intuition, sa ‘petite voix intérieure’ plutôt que son intellect, sinon on risque de laisser filer le moment crucial et de voir son intérêt se porter sur autre chose. Et il peut se passer 20 ans avant que cela ne revienne..."

C’est ainsi qu’il vient d’enregistrer chez Alpha un premier récital Brahms, gravant la fougueuse "Troisième sonate", qu’il joue pourtant depuis longtemps, et les "Variations sur un thème de Paganini", l’un des sommets de la littérature de piano, rencontre improbable entre l’Italien démoniaque et de l’Allemand torturé dont il fait la synthèse avec son art consommé du chant, une densité inouïe dans les voix médianes et une basse d’une grande autorité qui vient structurer l’ensemble.

Backstage - Entretien avec Nelson Goerner

"C’est une très longue recherche, réagit-il à l’analyse. Ce maniement extraordinaire de la polyphonie m’a toujours frappé chez les grands pianistes du passé, comme nous l’enseignent par exemple les enregistrements d’Alfred Cortot. Dans des passages souvent très touffus, ils réussissent ainsi à illuminer le texte, à l’alléger ou à le rendre complexe quand il le faut. Même dans une simple mélodie chantée à la main droite, et alors que l’on pense qu’on a juste affaire à un accompagnement à la main gauche, elle est en fait illuminée de voix intérieures. C’est de l’or pur!"

Il cite Rachmaninov jouant un nocturne de Chopin, l’art d’Ignaz Friedman ou d’Aldo Ciccolini dont les dernières apparitions publiques révélaient la musique telle qu’en elle-même, délestée de tous ses oripeaux, ramenée à sa plus simple harmonie.

"Il arrivait à faire ça. Il avait encore vu Rachmaninov jouer la ‘2e Sonate’ de Chopin à Naples. Ce travail sur la polyphonie touche à l’essence et nous aide en tout cas à l’approcher."

L’ombre de Bach

Bach, le génie du contrepoint, évidemment, n’est jamais loin, même si Nelson Goerner le joue rarement en concert (il ouvrira les Piano Days, en février, avec la "Fantaisie chromatique"). Mais on le retrouve bien en filigrane dans chaque nouveau répertoire qu’il aborde, et parfois des plus inattendus. Ainsi, dans son second enregistrement de l’automne, que nous avons pu également découvrir en primeur, il s’attaque aux monumentales "Variations et fugue sur un thème original op. 23" d’Ignacy Jan Paderewski, dont il avait déjà enregistré le "Concerto en la mineur".

Ignacy Jan Paderewski: la fugue des "Variations op. 23". Allegro molto moderato

Ce virtuose polonais est depuis bien longtemps passé à la trappe et s’il reste dans l’Histoire, c’est plutôt au titre de Premier ministre et diplomate de l’entre-deux-guerres. "Moi-même, je pensais qu’il n’excellait que dans les miniatures et les pièces de genre. Mais ici, il s’agit d’une forme monumentale qui débouche sur une grande tension émotionnelle." L’œuvre démarre en effet sur des accords dantesques à la basse, s’enhardit de variations qui alternent la bravoure d’une virtuosité hallucinante et des climats suspendus qui évoquent les grandes pages de Scriabine et Debussy (on est en 1903), puis s’achève sur une vaste fugue qui sonne un peu à la manière de la "Chaconne" de Bach par Busoni. "C’est une écriture vraiment originale!", s’enthousiasme Nelson Goerner qui espère à présent défendre l’œuvre sur scène après avoir dû la défricher sans aucune référence préalable. "Il existe peu d'enregistrements des ‘Variations’. C’est fascinant de partir les oreilles quasi vierges et que ce soit juste l’intimité à l’étude de l’œuvre qui puisse déclencher quelque chose en moi. Mais dès que je pose ce thème si sombre, les dés sont jetés!"

Le 3/9/19 (20h) dans le "1er Concerto" de Tchaïkovski, à Bozar, avec l’Orchestre de La Monnaie dirigé par Alain Altinoglu qui dirigera aussi "Uncut" de Dusapin et le poème symphonique "Ein Heldenleben" de Richard Strauss: www.bozar.be

Le 7 5/2/20 en ouverture des Piano Days de Flagey: www.flagey.be

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