Nicola Sirkis, comme une danse vers l'éternité

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Le leader d’Indochine est taraudé par le temps qui passe. À 36 ans d’existence, le groupe français sort "13", un album qui cherche à mêler les différentes périodes d’Indochine.

Le treizième album d’Indochine, fort à propos baptisé "13", vient de sortir. Cela en fait des générations de fans depuis le hit "L’Aventurier" (édité en 1982). Pour Nicola Sirkis, d’être attendu comme ils le sont encore aujourd’hui, c’est magique et miraculeux.

"On s’est donc dit que cet album devait être meilleur que les douze autres réunis. Il a été complexe à faire parce que le monde a changé entre 'Black City Parade' et aujourd’hui. On a perdu des artistes qu’on aimait. Il y a eu les attentats. On se demandait ce qu’on allait raconter. On a commencé par faire beaucoup de musique."

Les fans d’Indochine apprécieront la teneur et la tenue des morceaux longs qui ont été retenus sur "13". Les fans d’Indo, ce n’est pas de l’amour qu’ils ont pour le groupe, c’est de la rage, de la passion puissance maximale. Pour preuve, les places du premier concert de la prochaine tournée, au Palais 12, se sont écoulées en dix minutes.

"C’est beaucoup de chance. Et cette chance, il ne faut pas la laisser passer. Et ne pas la trahir", dit le leader du groupe. Mais folie de fans ou pas, Indochine a toujours conservé un niveau d’exigences. Et cela n’a pas toujours plu. "À Paris, quand tu es exigeant, tu es considéré comme un emmerdeur. Ailleurs, cela passe beaucoup mieux." Ailleurs comme en Belgique, qu’il connaît vraiment bien ou comme en Angleterre, terre qu’Indochine n’a jamais conquise.

Comme un styliste

"Faire un album, c’est comme un styliste qui crée une collection. Il faut écrire, voir ce qu’il se passe ailleurs, découvrir des expos, voir des opéras", explique le chanteur-auteur en esthète qu’il est. Pour le coup, "13" n’est pas un album qui se visite mais un album qui fait réagir et bouger car il est puissant et dansant. Ou l’inverse, dansant et puissant… C’est quasi un album de club.

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"Les dernières années, je me suis beaucoup intéressé à l’électro pointue, un peu intellectuelle. En fait, cet album ressemble à un conflit sonore entre trois époques d’Indochine. Mais dès le départ, Indochine était conçu pour faire danser les gens avec du rock et des paroles moins bêtes que ce qu’il y avait dans les musiques de club des années 80."

On a vraiment le sentiment que le groupe a été dopé par sa dernière tournée, "Black City Tour", qui l’avait emmené, notamment, au Stade de France. "Toutes les tournées nous dopent, mais c’est vrai que la dernière était une nouvelle période pour le groupe. Pour la prochaine, on va mettre la barre encore plus haut. On veut que cela soit impressionnant et festif. Les derniers espaces de liberté restent les concerts. Pour moi, les deux meilleurs groupes de stades sont Coldplay et U2. Le reste, c’est un peu du foutage de gueule", estime Nicola Sirkis. Pour la prochaine tournée, l’option est le indoor plutôt que le stade. "S’il y a un prochain stade, ce ne sera pas avant les 40 ans du groupe en 2021", précise-t-il.

Presque 60 ans

"Quarante ans, c’est un parcours. C’est une vie. Et on a des idées. Aller au-delà, je ne peux pas. Je n’ai pas envie d’annoncer que la tournée des 40 ans sera la dernière. La tournée d’adieux. À 30 ans, je disais que je n’arriverais pas à 40. Et là, j’en ai presque 60. 58 précisément, et c’est désespérant. Parce que, quoi qu’il arrive, je ne recule pas. Je n’aurai pas 57 ou 55 ans demain. Quoi qu’il arrive, cela ne fait qu’augmenter. Alors, la santé, je l’ai." Et la silhouette aussi. Un peu comme si le temps lui avait bien fichu la paix… "Je mange sainement, je bois peu…". Alors, Indochine, ce n’est pas très "sex, drugs and rock’n’roll"? "Ça l’a été. Sex and rock’n’roll. La drogue, c’est le yoga, le footing, pas mal de sport. J’ai eu cette chance de ne pas aimer la drogue et l’alcool. J’ai tout essayé quand j’avais 16, 17 ans. Et cela ne m’a pas plu. D’autres, dans ma famille, n’ont pas eu cette chance. Et puis, prendre soin de soi, c’est prendre soin du public", estime Nicola Sirkis pour qui Mick Jagger est un bon exemple. "Le mec a 74 ans, il a une tête de vieillard sur un corps d’ado. Il est fabuleux. Toujours aussi sexy. Les Stones, c’est une langue tirée vers la mort."

Envie d’éternité

Le leader d’Indochine rêve de tenir pour voir ses enfants grandir. "On pense forcément à cela quand on voit tous les gens mourir autour de soi. Des plus connus aux moins connus." Il songe, bien sûr, à l’hécatombe de 2016 (Bowie, Prince, Cohen,…). "Je me souviens de mes grands-parents qui commençaient leur lecture du Figaro par la rubrique nécrologique pour voir s’ils n’y voyaient pas les noms de leurs amis. La vie est très courte et elle peut disparaître dans l’instant. L’angoisse de toute la poésie française, c’est le temps qui passe", conclut-il. "Paradoxalement, c’est ce que je dis dans le titre '2033', on vit de plus en plus vieux. On a plusieurs vies. Plusieurs passions, plusieurs amours. On a envie que ça dure. On a envie d’éternité."

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Quand Bowie est décédé, en janvier 2016, sa fille lui a demandé: "Papa, tu as de la peine?". Oui, ça lui a fait de la peine. "Bowie, j’en étais fan jusqu’à 'Station To Station'. Il avait une sorte d’aura. C’est un héros qui meurt." Sur "13", Indochine rend hommage dans quelques titres à Bowie. Dans "Station 13", "Black Sky", "Suffragette BB".

Des guests et des réseaux

Du côté des guests, auteurs et/ou chanteurs, le nouvel Indochine compte Jean-Louis Murat. "Il nous avait écrit, il y a quelques années, 'Un Singe en hiver'. On se parle régulièrement. Après les attentats de novembre à Paris, j’étais très angoissé. Je l’ai appelé. Et lui, cela faisait un an qu’il bloquait sur l’écriture. Il m’a quand même reboosté. Et m’a écrit 'Karma Girl'. La chanson commence par 'Je sais tout de toi' et je trouve ça très beau." Une autre guest n’est autre que l’actrice Asia Argento qui, non contente de participer à un morceau de l’album ("Gloria") a réalisé le clip de "La vie est belle". "J’ai toujours eu un flash sur elle. C’est une punk, elle! Elle est vraiment sans concessions. J’adore l’entendre parler français avec son accent italien. Et elle a fait ce clip qui est fort suivi sur les réseaux sociaux."

Indochine est front row sur tous les réseaux sociaux. "Les réseaux sociaux, c’est comme une agence de presse. Mais le piège, c’est de répondre aux détracteurs. On ne fait jamais ça", affirme Nicola Sirkis qui maîtrise son rapport aux fans comme aux médias. Un secret de plus de sa longévité.

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