interview

Nicola Sirkis (Indochine): "On ne va pas se faire voler nos 40 ans"

©Studio Harcourt

C’est comme s’il n’y avait pas eu un seul Indochine, mais trois. Parce que tenir durant quarante ans n’est pas rien dans l’industrie de la musique. Le groupe de Nicola Sirkis est prêt pour une prochaine tournée des stades. Et jure qu’il ne jouera pas devant des voitures. Interview.

Durant le confinement, comme tout le monde, Nicola a fait le ménage. "Ce qui est chiant, c’est qu’il faut recommencer souvent. Et puis, avec trois enfants…  Anyway, le plus dur est passé", ponctue-t-il.

Bien sûr, Nicola et Oli de Sat ne sont pas venus jusqu’à Bruxelles pour répondre à des questions sur le confinement et/ou la pandémie. Nous sommes tous les trois au bar de l’hôtel et à l’eau pétillante. Pratiquement au même endroit où trois ans plus tôt, pour la sortie de "13", Nicola évoquait déjà les quarante ans du groupe. On se dit que peu de choses sont capables de bouleverser le calendrier qu’il s’est fixé. "On ne va pas se faire voler nos quarante ans. Mais on est prêt à toutes les éventualités. On a été les premiers artistes français à annoncer quelque chose de positif - la tournée des 40 et la sortie en deux parties des collections de singles - pendant le confinement. On a pris nos précautions pour la réservation des stades parce qu’en 2021, tous les Anglo-Saxons vont débarquer et les prix de location des stades vont flamber."

"Dans les années 1990, on était des parias."

En quarante ans d’existence, Indo a connu plusieurs périodes. Un peu comme s’il n’y avait pas un groupe, mais plusieurs. Le seul membre qui n’ait pas changé, Nicola Sirkis. "Il y a eu trois grosses périodes dans l’histoire du groupe. La première était la formation initiale avec Dimitri, Dominique et Stéphane. La deuxième avec Stéphane et moi où l’on a essayé de sortir du bateau qui coulait avec "Wax" et "Dancetaria". Et la troisième, la plus stable, depuis "Paradis" avec Oli."

Oli de Sat pense que les médias français, depuis l’album "Paradise", ont cessé de charger le groupe, comme ils le faisaient précédemment. "Dans les années 1990, se souvient Nicola, c’était la honte d’aimer Indochine. Et même dans notre maison de disques, on était des parias. En Belgique, en revanche, il y a toujours eu un respect et une compréhension du projet."

Quand ils ne sont ni en studio ni en tournée, les membres d’Indochine ne se rencontrent pour ainsi dire pas. "Un peu comme tous ces vieux groupes, aujourd’hui. Nous, on voyage dans les mêmes tourbus, on séjourne dans les mêmes hôtels, on n’habite pas les mêmes villes, mais en même temps, on n’est pas l’un à Malibu, l’autre à New York. Oli vit à soixante kilomètres de chez moi. Et je pense qu’on a passé l’âge de vivre les uns avec les autres. Pour nous, les vacances, c’est les tournées. Donc, d’une certaine façon, on prend nos vacances ensemble. Les tournées, c’est la récompense." Oli pense pareil. "En tournée, on est cocooné."

Indochine - "Nos Célébrations"

"Je n’imaginais pas que Gainsbourg réaliserait notre clip."

"En quatre décennies, Indochine a traversé des événements nationaux, mondiaux, privés et a survécu. Le clip de "Nos Célébrations" fait référence à ça. Le Covid est inclus dans ces images", souligne Nicola. Et donc, on célèbre le fait que le groupe ait survécu? "Mais oseriez-vous affirmer à un jeune artiste, aujourd’hui, qu’il va faire quarante ans de carrière?". Ben, non! Même chose pour nous, dès les premiers jours d’Indochine, on nous a dit que ça n’allait pas durer. Et on est là! Je viens de relire la biographie de Bowie. Il s’est toujours remis en question. Alors que c’est une icône énorme!". Bowie, que l’on voit apparaître dans le clip de "Nos Célébrations", est l’un de ceux qui a donné à Nicola l’envie de faire de la musique. "Je n’ai jamais cherché à le rencontrer. Pareil pour Marguerite Duras. Parce que j’imaginais que des gens comme ça n’en avaient rien à foutre de moi. Mais je n’imaginais pas davantage que Serge Gainsbourg réaliserait le clip de "Tes Yeux noirs", en 1986 ou que Jaco Van Dormael accepterait de réaliser le clip de "Ladyboy», en 2005. Et pourtant, ils l’ont fait." Il se souvient, néanmoins, avoir osé parler à Patti Smith, l’une de ses autres icônes.

Et dans l’autre sens, comment réagit-il lorsque d’autres artistes, fans d’Indo, désirent le rencontrer? "Je sais qu’il y en a, mais je n’y pense pas. Je reste à ma place et ne me prends pas la tête. Et puis, peut-être préféré-je être détesté?", lance-t-il ironiquement.

"Je trouve dommage que tellement de belles chansons passent inaperçues."

Pourtant, de jeunes artistes, il arrive qu’il en rencontre et même qu’il les soutienne. Mais à sa manière. "Jamais, je ne me positionnerais comme juge dans une émission pour dire que telle chanson est bien ou pas. J’ai juste un label, KMS, pour aider quelques groupes et parce que je trouve dommage que tellement de belles chansons passent inaperçues." Pour l’heure, Nicola produit le groupe de sa nièce et Requin Chagrin.

Durant le lockdown, Indochine a choisi de se mettre en mode pudeur. "Je ne pense pas que ‘the show must go on’ ait toujours du sens. Je n’arriverais pas à chanter quand je sais qu’il y a des milliers de morts chaque jour. De son côté, Oli a fabriqué des masques. Discrètement. Et moi, j’ai, tout aussi discrètement, joué pour un groupe de médecins. On s’est comporté comme d’honnêtes citoyens en restant chez nous. Cela dit, on a beaucoup bossé sur le projet des quarante ans."

"J’adorerais avoir une femme au sein du groupe."

Sur l’album précédent et la tournée qui suivait, Indochine était accompagné d’Asia Argento. L’actrice italienne fut l’une des victimes d’Harvey Weinstein et l’une des plus actives au sein du mouvement #MeToo. On peut même dire que, dans son pays d’origine, l’Italie, elle s’en est pris plein la figure des critiques, et pas uniquement venant de chauvinistes mâles. "Quand j’ai vu les choses arriver, je me suis dit que le patriarcat allait la dégommer. Mais, elle est toujours là. Je pense que ces filles se sont sacrifiées pour les autres. Tout à coup, on s’est rendu compte que l’abus de pouvoir permettait tout. Beaucoup d’hommes sont des porcs. Pour les filles, ce n’est pas facile. C’est déjà difficile d’exister en tant que femmes. Je sais que pour Asia venir chanter sur scène avec Indochine, c’était du baume au cœur."

Indochine admettrait-il une femme en son sein? "J’adorerais. On a déjà une manageuse redoutée. Elle, quand elle refuse quelque chose à un média, on la traite de pute. Si c’était un homme, on le traiterait de connard. Voilà la différence. Et elle est regrettable."

"Singles Collection", Indochine, Sony Music, sortie le 28 août.

  • En concert le 3 juillet 2021 à Lille.

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