Noces de métal

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Vingt ans déjà que le Graspop fait trembler au solstice d’été (on l’aurait plutôt vu à la pleine lune, mais bon) les prés aux alentours de Dessel, non loin d’Anvers.

Aux vaches paissant succèdent les taureaux électriques voire les walkyries hurlantes. Car depuis deux décennies, le Graspop propose ce qui est sans doute le plus grand festival de hard rock de Belgique. Après des tentatives, notamment à Viane près d’Enghien au début des années 90, cet événement s’est imposé comme une des valeurs sûres en matière de programmation, digne du célèbre et mythique Castle Donington de l’autre côté de la Manche (même s’il fait partie d’un circuit comprenant le Hellfest en France, près de Nantes). Difficile en effet de trouver un groupe un tant soit peu d’importance, dans la constellation très large du heavy metal, qui n’ait pas traîné ses pantalons cloutés sur la scène anversoise.

Cette année encore, l’affiche est un mélange subtil entre le bon vieux, voire le quasi grabataire (Kiss, Scorpions…), le millésimé (Faith No More) ou le plus récent (Slipknot, Korn). Sans compter les nombreuses découvertes à faire dans les diverses chapelles qui trouvent refuge sous la coupole de métal.

Vingt ans de décibels gravés sur CD

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Pour célébrer l’événement, un coffret de quatre CD souvenir vient graver dans la mémoire et les oreilles 20 ans de décibels harmonieux, plombés… voire plombant. Où l’on constate que le Graspop a donné dans tous les genres.

Du grand guignol premier degré à la Kiss, Alice Cooper, ou plus récemment Marylin Manson, aux vociférations de dogue allemand genre Sepultura, Behemoth, le hard pop plutôt mièvre d’un Thunder en passant par le rock mélodieux et quasi progressif d’un Machine Head, d’un Trivium, d’un Dream Theater ou le doom death metal évolutif d’un Paradise Lost.

Difficile de trouver un groupe un tant soit peu d’importance qui n’ait pas traîné ses pantalons cloutés sur la scène anversoise.

Certains flirtent avec l’électronique comme Rob Zombie, font du politique (les Arméniens de System of a Down), d’autres encore sont quasiment punk genre Helmet, ou font plus que flirter avec l’industriel (comme Ministry).

Les plus anciens sont pour la plupart des légendes vivantes, des rescapés d’excès à l’image de Motörhead. D’aucuns interprètent en short une musique speedée comme Megadeth, Suicidal Tendencies, Anthrax qui reprend Joe Jackson ou Faith No More qui chante les Bee Gees! Dans ce genre complètement ouvert, certaines formations jouent de l’influence gothique comme My Dying Bride, et d’autres à faire peur comme Death Angel et son trash metal très "Saw".

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Au total 70 groupes sont ainsi représentés toujours avec un morceau, petit échantillon du demi-millier qui se sont produits en 20 ans sur la pelouse et sous les chapiteaux de ce grand barnum d’acier. Si les représentants de la grande époque de la New Wave of British Heavy Metal du début des années 80 font bien partie du lot, comme Saxon, Judas Priest, en revanche, les Américains d’Aerosmith ou encore Metallica sont absents de cette compil’ live. Logique, cela dit, puisque ce groupe vedette ne s’y est jamais montré. Quant à AC/DC, ils fouleront la plaine le 6 juillet dans une sorte de bouquet final reporté de cette célébration.

Reste que des formations comme Soundgarden qui concilie grunge et heavy metal sont bien reprises dans ce coffret, dans lequel on salue également la présence des inénarrables Manowar. Se présentant comme un combat contre le "faux métal" (sic!), ce groupe américain, enregistré à 139 décibels – ce qui leur vaut le titre de groupe "jouant le plus fort du monde" (hélas pas le mieux) – emmené depuis plus de 30 ans par Eric Adams, chanteur à la voix haut perchée, cultive une image guerrière et forte… genre enclume. Même si les groupes de la trempe de Black Sabbath (eux aussi absents hélas de ce best of) pratiquent un humour décalé souvent salutaire – un démoniaque de pacotille – au sein de ce genre musical, Manowar évolue au contraire dans le premier degré le plus complet… ce qui rend leur posture encore plus drôle. Du genre à se balader en peaux de bête et à brûler le set de batterie dans la neige quand le type derrière les fûts décide de se casser. Bref, du vrai "Spinal Tap"…

Graspop Metal Meeting du 19 au 21 juin à Dessel. www.graspop.be

Coffret de quatre CD (Warner) "Graspop Metal Meeting 1996-2015".

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