interview

Noé Preszow, auteur-compositeur-interprète: "Je ne suis pas du genre à survendre mes failles"

©AFP

Nommé parmi les révélations masculines de l’année aux Victoires de la musique, Noé Preszow sort ce vendredi "À nous", un album beau et exigeant à la fois.

Derrière lui, on aperçoit un échiquier. Forcément, on a envie de savoir s’il joue aux échecs. Non, ce n’est pas à lui, l’échiquier, mais à l’un de ses colocs. Noé Preszow a choisi de s’installer, pour cette interview, dans une pièce où aucun indice ne nous révèlera sa vraie personnalité. Mais au cours de la conversation, on comprendra qu’il est prêt à se confier. Voire même à ce que cela tourne en interview sur le canapé à la Henry Chapier. D’ailleurs, Noé s’est installé dans un divan pour nous parler.

Dans l’un de vos titres, vous déclarez: "Faire les choses bien, ça veut rien dire". J’imagine qu’on a dû souvent vous assurer que le principal était de bien faire.

J’ai en effet souvent entendu cette expression et il me plaît d’utiliser des expressions de la vie courante afin de les détourner. C’est comme "je pose ça là": ça ne veut rien dire. Ce sont des phrases qui sous-entendent qu’il existe une manière de faire les choses. En l’occurrence, cette chanson porte sur l’impossibilité de s’adapter. Alors que, personnellement, j’ai toujours résisté à ce que l’on me disait de faire. Il m’est arrivé de calmer ma fougue et d’essayer quelque chose de plus raisonnable mais à chaque fois, ça a foiré.

Votre expérience vous incite donc à suivre votre instinct.

Totalement. Chaque chose que j’ai faite en me trompant un peu me rend malade. Mais il s’agit, à un moment, de pouvoir se regarder dans la glace.

Et aujourd’hui, vous êtes passé au stade où ce sont les autres qui vous regardent?

C’est un petit peu ça depuis un an et demi. C’est bien d’avoir un dialogue avec l’extérieur. Je me suis rendu compte qu’il y avait beaucoup de thèmes que j’avais pu évacuer grâce à cet album.

"À nous", Noé Preszow

Vous aviez sorti, avant cet album, un premier disque sous le nom de Noé. Est-ce une étape importante de se présenter sous son identité complète?

Oui, pour plusieurs raisons. Cela fait plusieurs années que la mode est d’avoir juste un prénom. Utiliser mon nom, qui a quand même une orthographe chaotique, c’était un pari et cela m’a libéré. Et pour la maison de disques, c’était une évidence.

"Les artistes qui m’ont toujours plu étaient discrets et la seule manière de les connaître était d’écouter leurs disques."

Dans "Les armes que j’ai", vous parlez des lettres de refus que vous receviez. Vous étiez habitué à ce que l’on vous dise "non"?

Oui, mais le fait que je suis là, aujourd’hui, me permet de remercier cette période passée. Cela a donné lieu à des choses compliquées. J’ai écrit ce morceau le jour où une firme de disques parisienne m’appelait en fin de journée. Je crois que la chance est un talent. Mais on n’est pas tous éduqués à la chance et moi, j’ai dû faire bouger les étoiles.

Vous êtes peu présent sur les réseaux sociaux. Pourquoi?

J’y serai un peu plus, peut-être, mais en tout cas, les artistes qui m’ont toujours plu étaient discrets et la seule manière de les connaître était d’écouter leurs disques.

Chez vous, on n’a pas l’impression qu’il y ait du marketing et du "storytelling".

Mon seul marketing, ce sont mes chansons. Et je ne suis pas du genre à survendre mes failles ou mes complexes. Ce qui m’intéresse, ce sont les chansons.

Il y a quelque chose dans mon ADN qui fait que je ne me sens vivant que dans le conflit. De tout temps, j’ai toujours marché à côté.

Dans "L’Étang", vous vous interrogez sur votre futur. Vous vous dites que tout n’est pas tracé?

Cela me fait plaisir que vous mentionniez cette chanson car elle est très intérieure. Je ne pensais pas réussir à la terminer. La question est: "Irais-je au bout de qui je suis vraiment? Mais qui je suis vraiment? Et serais-je un adversaire éternellement?». Il y a quelque chose dans mon ADN qui fait que je ne me sens vivant que dans le conflit. De tout temps, j’ai toujours marché à côté.

On sent beaucoup l’exigence et le travail dans vos chansons.

Cet album a un son et utilise des éléments contemporains. Mais c’est vrai qu’il y a une exigence absolue. Les choses ne m’intéressent que si je peux mettre les mains dedans. Je vais jusqu’au bout.

On parle souvent de Lavilliers, que vous citez d’ailleurs dans un morceau, mais je dois dire que je ne retrouve pas son influence dans cet album.

Moi, non plus (rires). Mais je peux comprendre que les gens cherchent des références. Je parle de Renaud très librement mais il n’a pas marqué ma musique. Plus jeune, j’écoutais autant Abd al Malik que David Bowie ou Cure et Barbara.

Vous avez choisi un métier public. Pourtant, vous n’êtes pas un frimeur.

Je suis plutôt du genre à raser les murs. Mais, après tout, chaque expérience est une occasion de prendre mentalement des notes. Et je tiens à ne pas perdre le fil de ma propre histoire dans le brouhaha du showbiz. Bien sûr, sur scène, tout est permis. Et je préfère encore faire une chanson avec un autre artiste pour une radio par exemple, plutôt que d’aller prendre un café avec lui. Pour prendre un café, je vais avec mon frère ou des amis.

"J'ai les armes que j'ai", Noé Preszow

Pop

"À nous"

Noé Preszow, Pias.

Note de L'Echo: 4/5

Couverture de l'album de Noé Preszow, "À nous".

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