Non, ce n'est pas la fin de l'opéra

Jean-Luc Fafchamps compose un "requiem pop" à la demande de La Monnaie. ©Johannes Vande Voorde

La Monnaie a passé commande d’un nouveau "requiem pop" à Jean-Luc Fafchamps: "Is this the end?" traitera des états intermédiaires entre la vie et la mort. Pour tordre le cou à la pandémie…

C’est une commande originale née des quarantaines et des adieux, et du drame affreux qui a consisté, pour beaucoup, à subir un deuil solitaire, sans étreinte. "C’est un opéra contemporain qui en dira long sur la période bouleversante que nous traversons", précise La Monnaie, peu encline, cependant, à en révéler davantage pour l’instant…

"C’est une œuvre que les circonstances ont réorientée: il ne faut surtout pas y voir de l’opportunisme macabre…"
Jean-Luc Fafchamps
Compositeur

Si la forme que prendra l’œuvre, ainsi que sa date de création et la façon de la présenter au public restent jusqu’ici mystérieuses – aléas du déconfinement obligent –, son compositeur Jean-Luc Fafchamps a consenti à en dévoiler l’origine: "Voilà plusieurs années que je portais un projet centré sur les expériences de mort imminente. De son côté, Peter (de Caluwe, intendant de la Monnaie, NDLR) voulait agir pour que l’art lyrique continue, et pour que les lieux culturels à l’abandon soient montrés tels quels. Le sujet a glissé, a mûri sous la pression des événements. C’est une œuvre que les circonstances ont réorientée: il ne faut surtout pas y voir de l’opportunisme macabre…"

Rendre justice aux jeunes

D’autant que partiellement inspiré par l’"Ubik" (1966) de Philip K. Dick, roman majeur de la littérature fantastique américaine, "Is this the end?", opéra à numéros dans le sens baroque du terme, comprendra des morceaux assez fantaisistes, et d’autres plus émouvants. Des scènes sérieuses et des pastiches de publicités absurdes. Un instrumentarium électronique, des airs psychédéliques, sous l’influence de Pink Floyd. Présenté en triptyque, il contera en volets distincts le voyage dans les limbes de trois personnages animés d’états d’esprit très différents, face à leurs destins respectifs: une jeune fille peu ravie de son sort, une femme angélique prête pour le grand saut, et son époux musicien, qui n’a pas compris que tout retour en arrière était exclu…

"C’est un opéra contemporain qui en dira long sur la période bouleversante que nous traversons."
La Monnaie

Sous la direction de Patrick Davin, le premier chapitre (livret d’Eric Bucher, mise en scène d’Ingrid Von Wantoch Rekowski) se focalisera donc sur une héroïne d’une quinzaine d’années (interprétée par la soprano Sarah Defrise), parce que cette tranche d’âge a paru, aux créateurs de la pièce, comme "la plus durement touchée par la crise sanitaire": "Il y a un an, les ados manifestaient dans la rue pour le climat, rappelle Fafchamps. Aujourd’hui, ils sont enfermés pour sauver la vie de ceux qui leur ont laissé cette Terre-là…" La colorature belge, dix-huit choristes et seize musiciens (qui ne seront pas dans la fosse) devraient bientôt (mais quand, exactement?) rendre justice à cette génération, en errant durant trois quarts d’heure, telles des âmes en peine, dans tout le bâtiment de La Monnaie, sous l’œil de caméras qui assureront la transmission de l’opéra en direct. Pas de public, non, pour le premier épisode de l’histoire… Au virus de nous réserver la surprise de savoir comment se jouera la suite…

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