Opéra | Saison alternative en streaming à La Monnaie

Parmi les opéras de cette saison alternative en streaming, on attend toujours la confirmation pour le "Frankenstein" de Mark Grey (c) B. Uhlig

Coronavirus oblige, l’annonce de la nouvelle saison de La Monnaie s’est rapidement doublée d’une sélection de sept opéras, disponibles dès ce week-end en streaming sur son site.

Dès les premières recommandations du Conseil de sécurité, les choses se sont très vite enchaînées à La Monnaie. Impossible de maintenir à l’affiche "La Dame de pique" de Tchaïkovski, prévue en mai, et a fortiori de poursuivre la "Trilogie Mozart/Da Ponte" dont il restait encore huit représentations, ni même de l’enregistrer à huis clos. "Comment voulez-vous imposer un mètre de sécurité entre 40 musiciens coincés dans une fosse?", témoigne à chaud Vik Leyten, porte-parole de l’institution pour la crise du coronavirus et directeur de la communication et de la dramaturgie.

Mais la vénérable maison d’opéra n’est pas silencieuse pour autant, emboîtant le pas au Met de New York, qui mettait en ligne, dès samedi passé, plusieurs de ses productions, suivies par les opéras de Paris, de Vienne ou par la Philharmonie de Berlin. Dès week-end, La Monnaie annonce aussi une saison alternative en streaming sur son site, puisant dans les captations qu’elle réalise de la plupart de ses productions.

Parmi les offres en streaming, "La Gioconda" de Ponchielli, "Tristan und Isolde" de Wagner, "Aïda" de Verdi, et deux créations: "Frankenstein" de Mark Grey et "Macbeth Underworld" de Dusapin.

Vik Leyten nous confirme déjà 7 titres (essentiellement issus de la saison passée), voire davantage, en fonction des droits que l’opéra réussira à obtenir pour leur diffusion. "Une offre assez diversifiée qui comprend des classiques comme 'Le conte du Tsar Saltane' de Rimski-KorsakovLa Gioconda’ de Ponchielli, ‘Tristan und Isolde’ de Wagner, ‘Aïda’ de Verdi (2017) 'Lucio Silla' de Mozart (2017), et deux créations: Frankenstein’ de Mark Grey (à confirmer) et ‘Macbeth Underworld’ de Dusapin. Nous avons obtenu tout de suite les droits de Pascal Dusapin et de son éditeur. Ils ont tout de suite compris que la situation était exceptionnelle. Quant à l’Opéra comique de Paris, avec qui nous partagions la commande de cette création, il va mettre sur son site le lien vers l’opéra en ligne."

"Le conte du Tsar Saltane" à La Monnaie

L’opéra à distance

La Monnaie, il est vrai, a une longue pratique du streaming, négociant par contrat la diffusion online, pour trois mois, de chacune de ses productions à l’issue de la dernière représentation dans sa salle. "Cela ne pose généralement aucun problème à nos artistes qui y voient une bonne opportunité d’étendre leur audience, surtout si c’est pour une période limitée", poursuit Vik Leyten, qui précise: "sauf dans des cas exceptionnels comme avec la ‘Jeanne d’Arc au bûcher’ d’Honegger (2019). Audrey Bonnet, le rôle-titre, est revenue sur son accord, estimant qu’être nue dans une salle ou sur le web, ce n’était pas la même chose…"

"Les gens ont Netflix et la télé, mais quand ils chercheront d’autres manières de tuer le temps, nous aurons un rôle à jouer."
Vik Leyten
Porte-parole de la Monnaie

Outre cette saison alternative disponible sur son site, La Monnaie sera également présente sur le réseau digital OperaVision, qui agrège 29 maisons dans 17 pays, non avec la "Trilogie Mozart/Da Ponte", comme initialement prévu, mais avec "Lucio Silla" de Mozart, dirigé en 2017 par Antonello Manacorda. "Ce réseau nous permet de toucher 20 à 30.000 internautes par opéra, et jusqu’à 100.000 dans le cas d’un Mozart ou d’un Verdi, tandis que nous tournons, en temps normal, autour de 2-3.000 visites sur lamonnaie.be." Et Vik Leyten de conclure: "Les gens ont Netflix et la télé, mais quand ils chercheront d’autres manières de tuer le temps, nous aurons un rôle à jouer. Mais rien ne remplacera jamais l’expérience d’un opéra live!"

La Monnaie en streaming dès ce samedi 21 mars: www.lamonaie.be. Voir aussi sur www.operavision.eu

The show must go on
Le coronavirus n’aura pas empêché la présentation – numérique – de sa prochaine saison, qui débute en septembre prochain... Elle s’inscrit dans le troisième mandat du directeur général, Peter de Caluwe, celui où l’on n’a plus rien à perdre? "Exact", reconnaît l’intéressé, "et l’on peut dès lors aller très loin dans la créativité". Laquelle passera par un nouveau projet ambitieux: après la trilogie Da Ponte/Mozart, de Caluwe récidive avec la "tétralogie Tudor" de Donizetti. "C’est une idée folle que de réunir des opéras célèbres en une grande saga, mais cette idée m’est très chère. C’est comme cela que l’on peut revivifier les standards de l’opéra"insiste celui qui fut dramaturge dans une vie antérieure.

On ira en tout cas nettement plus loin qu’avec les trois Mozart puisqu’il s’agira ici "de copier-coller radicaux" réunissant des fragments des opéras "Elisabetta al castello di Kenilworth", "Anna Bolena", "Maria Stuarda" et "Roberto Devereux". Soit six heures de spectacle en deux soirées successives, retraçant le destin d’Elisabeth I dans un Donizetti "Bastarda!" monté par le metteur en scène Olivier Fredj et le chef Francesco Lanzillotta. Pari audacieux, à juger sur pièces.

Un "Falstaff" de Verdi

Cette plongée outre-Manche sera loin d’être la seule lors de la nouvelle saison, qui accueillera aussi le shakespearien "Falstaff" de Verdi. Carton plein prévisible pour cet opera buffa dirigé par Alain Altinoglu, dans une mise en scène de Laurent Pelly, déjà applaudie à Madrid pour son subtil mélange d’humour et de nostalgie.

Nettement plus âpre, "The Turn of the screw" ("Le Tour d’écrou") rappellera, lui, que cette sombre histoire de fantômes signée Henry James inspira à Benjamin Britten un fantastique opéra de chambre. La mise en scène confiée à Andrea Breth empruntera la voie d’un "thriller psychologique terrifiant". Pour conclure le chapitre des noirs frissons, on épinglera enfin "Henry VIII". Défense et illustration de cette œuvre oubliée de Saint-Saëns par un ardent zélateur du grand opéra français, le metteur en scène Olivier Py.

Albion et le "Brex-in"

La royale Albion sera donc omniprésente l’an prochain sur la scène bruxelloise. "Ce sera une déclaration d’amour pour la littérature et l’histoire d’un pays qui vient de nous quitter, alors qu’il est un maillon de la culture européenne. Tout un symbole en faveur d’un Brex-in!", se réjouit Peter de Caluwe, adepte d’une lecture toujours engagée de l’opéra. Si l’on en doutait encore, l’ouverture de la saison le prouvera sans ambages avec "The time of our singing", une création du Brugeois Kris Defoort, maître du mélange musical entre jazz et classique. Tirée du roman de Richard Powers, cette épopée américaine d’une famille métissée symbolise l’abolition des frontières raciales et religieuses…

Autre première, "Die tote Stadt" de Korngold, qui n’avait que 23 ans lorsqu’il se pencha sur le superbe roman "Bruges-la-morte" de Rodenbach pour lui offrir une musique débordante de couleurs viennoises. La mise en scène de Mariusz Treliński aura un look de "film gothique en noir et blanc traduisant la descente progressive d’un homme endeuillé dans la folie". La saison s’achèvera avec le "Parsifal" de Wagner, dans la version hallucinante qui révéla Roméo Castellucci à la Monnaie il y a dix ans. On nous promet non pas une simple actualisation mais une nouvelle interrogation sur "le pouvoir dans la société et l’impératif moral de le trouver en soi-même." Prémonitoire par les temps qui courent…

 

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