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Orelsan, ce pétroleur

Le rappeur français Orelsan.

Annoncé par "L’odeur de l’essence", un single explosif, le quatrième et nouvel album du rappeur normand est sorti ce vendredi. Surprise: "Civilisation", c’est son titre, ratisse plutôt large.

Avec «L’odeur de l’essence», Orelsan ne change pas ses batteries. Ce texte engagé comme on disait dans le temps est une sorte de constat. Un tableau sans fioritures de la et du politique: «Les jeux sont faits, tous nos leaders ont échoué / Ils seront détruits par la bête qu'ils ont créée / La confiance est morte en même temps que le respect / Qu'est-ce qui nous gouverne? La peur et l'anxiété.»

Une image tristement juste de notre monde réseausocialisé: «Plus personne écoute, tout le monde s'exprime / Personne change d'avis, que des débats stériles / Tout le monde s'excite parce que tout le monde s'excite.» Même le journalisme, d’une certaine manière, a droit à sa balle de sniper: «Gamins de douze ans dont les médias citent les tweets / L'intelligence fait moins vendre que la polémique.»

Faut-il considérer les 14 autres plages de cet album à l’aune de ce titre, un titre fort comme il a déjà pu en écrire par le passé? Faut voir... Certes: «Manifeste», casé juste avant «L’odeur de l’essence», est un pavé dans tous les sens du terme. Un court-métrage presque, qui aurait été filmé depuis l’intérieur d’un cortège de Bastille à République (marche aussi avec «tous les axes de circulation importants de Bruxelles»), qui commencerait comme une comédie et se terminerait de manière tragique. La touche d’humour est typique: en son temps, le rappeur arrivait dans le «game» avec une image de «marrant», laquelle s’est assez vite mâtinée de cynisme. «Qu’est-ce que je fous dans une putain de manif’? / Je suis pas concerné par la société, je suis un putain d’artiste», s’y amuse Orelsan...

OrelSan - L'odeur de l'essence [CLIP OFFICIEL]

"Sale pute"

Jadis, Aurélien Cotentin de son vrai nom, était un rappeur controversé. On se souviendra du morceau «Sale pute», sorti en 2009, et de l’ire féministe qu’il avait déclenchée. Aujourd’hui, il figure parmi les têtes de gondole du genre. Avec des textes qui percutent et des punchlines qui s’impriment dans le cerveau (on n’a pas fini de se délecter de son «Basique» ni de «Défaite de famille» parus sur l’album «La fête est finie» en 2017). Avec du visuel de génie (revoyez le clip de «Basique», justement), des collaborations choisies (Stromae en son temps ou, sur «Civilisation», les Neptunes, le duo de producteurs dans lequel s’active Pharrell Williams), de grandes salles remplies à ras bord (du moins, avant la survenance du virus que vous savez), et même une série documentaire qui fait le buzz («Montre jamais ça à personne», depuis un mois sur Amazon Prime).

Celui qui arrivait à 26 ans avec un album intitulé «Perdu d’avance» est aussi du genre fidèle en affaires. Sur ce nouvel album, on retrouve une fois de plus ses complices de deux décennies et plus: Skread, qu’il présentait à l’époque au webzine Abcdr du Son comme un «beatmaker de génie», et Gringe, rimeur et ami d’enfance, avec qui il montera le duo Casseurs Flowters, aussi en action sur «Civilisation», le temps du potache «Casseurs Flowters infinity».

"Qu’est-ce que je fous dans une putain de manif’? / Je suis pas concerné par la société, je suis un putain d’artiste."
Orelsan
Rappeur

«Si des gens se reconnaissent dans mes textes, je suis content», disait-il encore dans cette interview à l’Abcdr du Son, «mais je ne représente que ce que je connais.» De la fille qui picole («Bébéboa») à celle qu’il aime («Athéna») en passant par une fête sélect du samedi soir («Baise le monde»).

Ici et là, le beat se fait plus facile, histoire de permettre à la jeunesse éternelle («Shonen») de danser quand même, et le texte vire à la ritournelle autobiographique obligée («La quête»). Plus grand public qu’on aurait pu le croire, ce nouvel Orelsan...

Rap

«Civilisation»
Orelsan
Wagram Music

Note de L'Echo: 3/5

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