interview

"Ouvrir l'espace et montrer l'invisible" (Thomas Fersen)

©BELGAIMAGE

Thomas Fersen incarne toutes les façettes d’un personnage à peau de lapin dans son 11e album. Entretien.

C’est un personnage que cet artiste. Il ne quitte pas son chapeau pendant toute l’interview, a vu passer une souris (toute petite) pendant qu’on se parlait, dans le hall d’un théâtre bruxellois, se souvient d’une de nos précédentes rencontres – il y a huit ans – avec Stromae, me précise en fin de conversation qu’il va retrouver sa compagne venue exprès de Paris. Et tout ça, comme si de rien n’était. Et puis, on n’en connaît aucun qui ose poser sur la pochette de son album revêtu d’une énorme peau de lapin. Un peu comme "Peau d’Âne" dans le film de Jacques Demy. Thomas Fersen, si quelqu’un avait dû l’inventer, il aurait été un personnage dans "Alice aux Pays des merveilles" façon Tim Burton. N’empêche ce chanteur qui ne la ramène pas – 26 ans de métier! – ne raconte pas que des drôleries.

"Je revendique ma langue maternelle, ma culture, ma vieille civilisation."

Cet album s’intitule "Tout ce qu’il me reste". Que vous reste-t-il?
Quand on veillit, on va dans le dénuement. Je vois mon père, il se débarrasse de tout. Dans la chanson qui donne son titre à l’album, le personnage n’a plus que son slip. Un slip qui remonterait à Louis-Philippe dans sa famille. Et il ne veut pas le donner. Ce personnage se retrouve dans diverses situations cocasses qui me viennent à l’esprit lors de conversations, par exemple. Ainsi, "Les Vieilles". En discutant avec ma compagne, qui a quarante-cinq ans, j’ai lancé: "J’aime bien les vieilles". Et puis, je me suis dit qu’on pouvait être plus que deux à rigoler. Donc, j’en ai fait une chanson. Avec prudence, j’ai transposé la chanson à l’adolescence et la vieille devient une fille de dix-huit ans pour un garçon qui en a seize.

Vous pensez que si vous aviez créé une chanson sur les vraiment vieilles, cela aurait posé problème?
Je suis quelqu’un d’assez superficiel, pas un polémiste. Je cherche des angles amusants et je ne donne surtout ni conseils, ni leçons. J’utilise très peu l’impératif. Je suis plutôt dans la suggestion. J’essaie d’ouvrir l’espace et de montrer l’invisible.

"Ma seule économie, c’est encore l’album physique et les concerts."

Êtes-vous un amuseur public?
Je pense être dans la fantaisie. Mais pas à n’importe quel prix. Et ce n’est pas non plus un rire fort. J’aime la farce. J’aime la pointe d’insolence et de désobéissance mais toujours avec élégance.

L’élégance à la française?
Je revendique ma langue maternelle, ma culture, ma vieille civilisation. Je ne lorgne pas sur ce qui se fait ailleurs. Je m’épanouis et m’inscris dans cette culture. Mais j’ai une façon d’écrire qui n’est pas tout à fait dans l’air du temps puisqu’il n’y a rien de neurasthénique dans mon travail. Chez moi, ce n’est pas gris.

©doc

Pour quelle raison apparaissez-vous vêtu d’une peau de lapin sur la pochette de l’album?
Le personnage, dont je conte les tribulations dans ces chansons, est condamné à porter cette peau de lapin qui illustre sa réputation, celle de chaud lapin. Parce que les chanteurs sont réputés chauds lapins! Dans ma vie, j’ai rencontré des femmes pour qui il n’était pas question d’avoir une aventure avec moi parce qu’elles n’étaient pas des groupies. J’avais beau dire que je n’étais pas comme ça. Pas très rassurant pour une femme, le chanteur! (Rires). Tous les chanteurs devraient la porter, cette peau de lapin!

"Je suis quelqu'un d'assez superficiel, pas un polémiste. Je cherche des angles amusants et je ne donne surtout ni conseils, ni leçons."

Vous continuez à adorer la folk music. Pourquoi?
Plus que le rock, oui, parce que c’est plus adapté à mon tempérament. Et j’écoute aussi beaucoup de classique. J’écoute énormément Bert Jansch, un musicien folk écossais, qui apporte la paix avec lui. Il avait fondé, dans les années 1960, un groupe qui s’appelait Pentangle.

Et du coup, vous avez mis du banjo sur tous vos nouveaux morceaux.
Je n’avais jamais joué de banjo de ma vie et ça m’a pris d’un coup. Je bricole, je l’accorde comme une guitare. Cela m’est venu en écoutant de la musique de La Nouvelle Orléans.

Que pensez-vous du streaming?
Ah, je pense qu’on nous fait les poches! Je suis présent sur le streaming mais ça ne me rapporte rien. Pourtant, j’ai beaucoup de vues. Mais on m’a expliqué que le système fonctionnait en part de marchés. Et le système de comptage ne peut pas changer parce que les majors s’y opposent. Conclusion, ma seule économie, c’est encore l’album physique et les concerts.

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