interview

Pari fou pour Fabian Coomans: jouer seul "Piano Phase" de Steve Reich

Steve Reich, en 2006, à la Cité de la musique, à Paris. ©IMAGEGLOBE

Invité du festival des Midis-Minimes, le pianiste belge jouera tout seul, simultanément sur deux claviers, le monument minimaliste de Steve Reich écrit... pour deux pianistes. Une prouesse technique!

Après sa formation au Conservatoire d'Anvers, Fabian Coomans (34 ans) se spécialise rapidement en musique contemporaine qui lui offre un terrain infini d'expérimentations, notamment avec Ictus et Spectra, et avec son propre ensemble Besides, qu'il fonde en 2009. Il avoue une fascination pour ces œuvres aux rythmes répétitifs qui imperceptiblement se décentrent entre les deux mains et qui demandent une concentration absolue... (regarder la vidéo ci-dessous)

Festival des Midis-Minimes

Fabian Coomans, pianos
«Piano Phase» (Steve Reich), extrait de «Musica Ricercata» (György Ligeti) et «Eden» (Fabian Coomans).

Le 11/8, à 12h15 et 13h15, au Conservatoire royal de Bruxelles

Ce "Piano Phase", avec ses échos et ses dédoublements de motifs répétitifs, ce ne serait pas une œuvre pour musiciens schizophrènes?

Ahahah! Son principe, c’est d’avoir deux motifs, deux bandes-sons dont l’une accélère par rapport à l’autre, et donc s’en décale de manière progressive. L’effet est une déstabilisation temporelle complète: un pianiste garde le tempo constant, l’autre s’en détache. C’est un vrai challenge, à deux.

Et vous, vous faites ça tout seul, une main sur chaque clavier! Qu’est-ce qui se passe dans votre cerveau?

Je ne m’écoute pas. Ou de loin, pour avoir une image globale du son. Une main (la stable) se met en pilote automatique. Pour l’autre (l’instable), je me réfère à une sensation tactile de léger basculement. Je ne regarde pas mes doigts, ni la partition. Je ne pense à rien. Mais ça ne coule pas de source: ça exige pas mal d’entraînement – et de grandes mains, aussi!

Combien de musiciens sont capables de cet exploit?

J’imagine… pas beaucoup. J’ai longtemps cru être le seul à avoir eu cette idée un peu folle. Puis j’ai vu qu’un collègue avait placé sur le Net une performance identique!

"C’est à ce point extasiant qu’on en perd l’envie de jouer à deux! C’est une expérience quasi mystique!"
Fabian Coomans
Pianiste et compositeur

Finalement, vous faites ça pour le fun, ou par application du dicton "On n’est jamais aussi bien servi que par soi-même"?

Il y a un peu de ça, oui! J’ai bien sûr beaucoup interprété cette œuvre en duo. Mais il est nettement plus difficile de devoir faire abstraction de ce que l’autre joue que d’avoir ce double contrôle sur soi-même... Nos oreilles (surtout celles des musiciens chambristes) sont tellement formées pour se synchroniser avec le jeu des partenaires! Et seul, on peut se donner entièrement confiance: pas de risque que l’autre «déraille». C’est même à ce point extasiant qu’on en perd l’envie de jouer à deux! C’est une expérience quasi mystique!

Solo version of Piano Phase, Steve Reich

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