interview

Peter de Caluwe, patron de La Monnaie: "Le quasi équilibre que nous espérions atteindre sera impossible"

©Photo News

Un maximum de 200 personnes dans les salles, séparées d'1,5 mètre et port du masque obligatoire: les gouvernements belges ont cherché ce vendredi matin à préserver la Culture. Mais est-ce tenable? La réaction de Peter de Caluwe, patron de La Monnaie.

Branle-bas dans les institutions culturelles et les salles de spectacle, désormais obligées de réduire instantanément leur jauge de spectateurs à 200 places. Délai trop court pour certains – l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège annule ses concerts du weekend –, réorganisation logistique pour les autres – on croise les doigts pour le «Requiem» de Mozart par l’Orchestre National à Bozar –, mais, malgré tout, un certain soulagement. Le secteur redoutait un scénario à la sauce Horeca. Pour l'instant du moins. Le point avec Peter de Caluwe, directeur de la Monnaie. 

Êtes-vous soulagé par les mesures annoncées?

Ma première réaction est positive car nous pouvons maintenir «Die Tote Stadt» (lire la critique par ailleurs) pour laquelle toutes les dépenses ont été engagées. Au-delà de cela, je suis heureux car nous n’avions pas choisi la solution de facilité. Contrairement à ceux qui ont tout arrêté, nous avons continué à travailler coûte que coûte, en repensant pratiquement tous nos projets et en redéployant nos forces en mode covid-proof. C’était essentiel selon moi pour conserver la confiance de notre personnel, de nos artistes et de notre public.

"Cette priorité aux abonnés va exclure tous les autres publics – corporate, mécènes, invités, ..."

La vile de Bruxelles vous avait accordé une jauge de 568 places. La voici réduite d’un coup à 200 places. Quel impact dans l’immédiat?

L’obligation de faire des choix. Nous allons donner la priorité à nos abonnés. Lors d’une soirée normale, il y a entre 200 et 300 abonnés dans la salle. Je pense que nous allons arriver à tous les servir avec huit représentations. Mais il est clair que cette priorité aux abonnés va exclure tous les autres publics – corporate, mécénes, invités… De même, il n’y aura pas de place hélas pour les 2.000 personnes actuellement sur liste d’attente.

Avec une telle jauge, le mot rentabilité a-t-il encore du sens?

Plus du tout. En temps normal, la recette d’une soirée oscille entre 85.000 et 90.000 euros. Avec 200 places, elle tournera autour des 25.000 euros. Et pourtant, j'espérais vraiment pouvoir arriver pratiquement à l’équilibre budgétaire en fin d’année. Nous avions intégré trois éléments. Primo les recettes d’une salle de 568 places payantes. Secundo les économies réalisées sur le personnel complémentaire qu’il n’a pas fallu engager lors du lockdown. Enfin, l’apport du tax-shelter qui n’est acquis que lorsque le spectacle a lieu. Or, avec 200 places, le quasi-équilibre que nous espérions atteindre sera impossible. Avec cette nouvelle situation, nous allons devoir demander l’aide du gouvernement.

"En temps normal, la recette d’une soirée oscille entre 85.000 et 90.000 euros. Avec 200 places, elle tournera autour des 25.000 euros."

Cela ne pourra cependant pas se faire avec du chômage technique…

En effet, je rappelle que les trois institutions culturelles fédérales – la Monnaie, Bozar et l’Orchestre National de Belgique – n’ont pu mettre personne en chômage technique car, nous a-t-on expliqué assez sèchement, notre subvention sert à payer le personnel. Mais je constate surtout que les institutions culturelles du nord et du sud du pays, qui dépendent des communautés, ont pu mettre du personnel en chômage technique …payé par le Fédéral. Ce pays n’est même plus surréaliste, il est devenu hallucinant.

Allez-vous encore renforcer le protocole sanitaire?
Non, parce qu’il est extrêmement rigoureux et sévère. Il a été conçu pour être efficace que l’on soit en code jaune, organe ou rouge. De plus, notre public est extrêmement discipliné et le personnel et les artistes font l’objet de tests réguliers. Ce protocole a d’ailleurs impressionné la presse étrangère présente à la première.

Et si l’on devait encore réduire la jauge de 200 places?
Ce jour-là, on ferme.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés