Plastic Bertrand: "Mes stars de l’époque, ce n’était pas les Sex Pistols, c’était Kraftwerk"

©Stéphane De Coster

Il a travaillé comme un fou ces derniers mois. À une nouvelle version de "Tout petit la planète" vendue au profit du personnel soignant, à défaire une tournée prévue aux États-Unis et à enregistrer son nouvel album. Mais comme Plastic le dit, "ce n’est pas ça ma vie, ma vie, c’est d’être sur scène".

On se trouve dans les locaux de PIAS, son nouveau label. À une distance réglementée entre nos deux fauteuils. Là, je me dis que si Plastic a déjà survécu au punk et à l’Eurovision de la Chanson (NDLR: il concourrait, pour la Belgique, en 1987, avec "Amour Amour" et se classa 21e sur un ensemble de 22 candidats), il survivrait à n’importe quelle catastrophe.

Pop

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"L’Expérience humaine"

Plastic Bertrand, PIAS,

sortie le 23 octobre

"L’expérience humaine" est votre dixième album et le premier en onze ans.

Eh oui! En quarante ans, c’est presque un album tous les quatre ans.

Et cela s’expliquerait-il par vos démêlées avec Lou de Prijck sur les droits de "Ça plane pour moi"?

©pias

Oh mais ça, c’est réglé depuis 2002. On n’en parle même plus.

Vous avez été déclaré auteur-interprète de cette chanson. Alors, à quoi sont dus les longs écarts entre chaque album?

Contrairement à l’image que les gens ont de moi, je suis un mec qui a toujours été sur scène. Après l’album sorti en 2009 que j’avais fait avec des musiciens américains, j’ai tourné un an et demi aux États-Unis et au Canada. Ensuite, il m’a fallu du temps pour savoir ce que j’avais encore envie de dire dans des chansons. Cet album-ci, "L’expérience humaine", est le plus sincère que j’ai fait. Avec toutes mes références.

Vous avez collaboré avec Dan Lacksman et Alec Mansion.

Dan a fait toute la réalisation et les arrangements. Et quand j’ai fait la tournée des "Années 80" avec Alec Mansion, une tournée de cent dates par an, on a commencé à faire des chansons ensemble dans le tourbus. Alec est un grand mélodiste. Et je voulais Dan parce que c’est un arrangeur exceptionnel.

Mes stars de l’époque, ce n’était pas les Sex Pistols, c’était Kraftwerk. Je ne fais pas tout d’un coup de la musique électronique. Je suis un des premiers à en avoir fait.

Et vous avez toujours aimé l’électro?

Si vous réécoutez "Tout petit la planète" de 1979, c’était déjà de l’électro. Mes stars de l’époque, ce n’était pas les Sex Pistols, c’était Kraftwerk. Je ne fais pas tout d’un coup de la musique électronique. Je suis un des premiers à en avoir fait. Ici, sur cet album, j’ai ajouté tout mon Panthéon, cela va des Bee Gees à Daft Punk. Et la pochette est un clin d’œil à Kubrick.

Vous chantez "Don’t Stop" en duo avec Leee John du groupe Imagination.

Nous avons beaucoup tourné ensemble, Leee John et moi. C’est un chanteur exceptionnel. C’est prestigieux de travailler avec lui. C’est un album-concept mais je ne voulais pas m’enfermer dans le concept. Je me suis rendu compte que cet album fédérait plein de gens.

"Leee John est un chanteur exceptionnel. C’est prestigieux de travailler avec lui."

Du coup, 2020 n’est pas une mauvaise année pour vous?

Non, sauf que, comme tout le monde, je ne voyage plus. J’ai un pied-à-terre à Paris mais c’est pour bosser et une maison au Maroc à El Jadida. Mais, je ne peux pas aller au Maroc pour l’instant. C’est une petite ville du XIIIe siècle où rien n’a changé depuis. Le matin, quand j’entends le marchand de sardines qui passe avec son chariot tiré par un âne, je me dis: "Putain, c’est trop beau!". C’est pas Marrakech avec les Porsche.

La nouvelle version de "Tout petit la planète", vendue au profit du personnel soignant.

Pour rafraîchir la mémoire de ceux qui n’en ont plus, votre nouveau label mentionne dans la bio de cet album que "Ça plane pour moi" a été repris dans la bande originale d’un nombre incalculable de blockbusters américains.

Cela m’a beaucoup aidé pour ma carrière internationale. C’est vrai avec les musiques de film, mais aussi avec les pubs. Comme celle de Kellogg's qui passe partout en ce moment. "Stop ou encore" a été aussi beaucoup repris.

Êtes-vous nostalgique des années 80?

En 81, c’était l’élection de Mitterrand et les radios libres. Ces radios ont brûlé tout ce qu’on avait aimé avant. J’étais interdit d’antenne comme Julien Clerc ou Dave.

Pas du tout. La plupart de ceux qui ont vécu les années 80 ne se rendaient absolument pas compte qu’ils faisaient quelque chose d’important. Et important, entre guillemets. C’était la course au tube, c’est tout! Moi, j’ai eu des années 80 très différentes. Médiatiquement, je suis né en 77 avec "Ça plane pour moi". En 81, c’était l’élection de Mitterrand et les radios libres. Ces radios ont brûlé tout ce qu’on avait aimé avant. J’étais interdit d’antenne comme Julien Clerc ou Dave. J’étais une immense star en Italie et je suis allé m’installer à Milan pendant deux ans. J’avais une émission sur la Rai 2 et je faisais des romans-photos qui se vendaient toutes les semaines à un million d’exemplaires. Je gagnais beaucoup d’argent. Mais en France, j’étais banni. Et puis, en 84, la situation est redevenue plus normale en France et je suis rentré. Les années 80, c’était les années-fric, la came, sex, drugs et rock’n’roll. Le métier marchait comme ça. Je ne pense pas que les choses soient plus difficiles aujourd’hui mais elles sont différentes. En Belgique, on n’a toujours pas de vrai statut d’artiste, c’est le Moyen-âge. Je pense tous les jours aux artistes et aux techniciens du spectacle qui sont sans travail à cause de la pandémie. Je suis avec eux à 100%.

"L'Expérience humaine", Plastic Bertrand

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