interview

Raphaël: "J'espère que nos années 20 seront douces et folles"

Raphaël n’a pas encore tout dit. À la rentrée de septembre, son deuxième recueil de nouvelles sortira chez Gallimard. ©Arno LAM

Dans son dernier album "Haute Fidélité", Raphaël rassemble artistes de la jeune génération, icônes rock’n’roll, un poète russe et le grand Dante.

Raphaël se sent heureux quand il travaille bien. Il confie avoir plusieurs dossiers en chantier, dont un roman et un film qu’il dirigerait. Mais pour l’heure, c’est son neuvième album qu’il révèle et dans lequel la présence de chaque guest a sa raison d’être.

Votre nouvel album "Haute Fidélité" démarre par une chanson intitulée "Les années 20". Ces derniers mois, le parallèle entre les années 1920 et les années 2020 a souvent été fait. Quel est votre point de vue sur ce sujet?

Ce que j’essaie de raconter dans cette chanson, c’est l’éternel retour des choses. Des idées, des événements, des concepts politiques et même de cette pandémie. Il y a cent ans, il y a eu la grippe espagnole, aujourd’hui, c’est le Covid. Il y a une phrase un peu quantique qui dit: "Les années 20 seront folles, souviens-toi." Je ne suis pas historien, donc je ne peux pas faire de parallèle entre ces deux époques. Je sais que c’est une période d’incertitude mais quelle période ne l’est pas? J’espère juste que nos années 20 seront douces et folles comme celles du XXᵉ siècle.

Dans "La Jetée", on entend Arthur Teboul, le chanteur de Feu! Chatterton, chanter quelques paroles en hébreu. Comment est-ce arrivé dans ce morceau?

La plupart des choses qui sont arrivées dans cet album sont venues sans réfléchir. Je travaillais avec Arthur sur un autre morceau et je lui ai fait écouter la mélodie de "La Jetée" et il s’est mis à chanter en hébreu dessus. Cela m’a bouleversé. Comme en plus, la musique est un peu orientale, cela avait du sens. Sur une chanson d’amour, apporter un psaume spirituel, c’est beau. Mais c’est très fortuit.

"La jetée" (Haute Fidélité), Raphaël

Autre guest, cette fois, sur "Maquillage bleu", c’est Valeria Bruni Tedeschi qui chante, elle, en italien.

On est très amis et j’avais très envie qu’elle participe à ce disque. On a trouvé ce texte de Dante qu’elle dit dans ce morceau. Les Italiens étudient Dante au lycée. Et ce personnage de Bella lui seyait.

"Sur cet album, j’ai collaboré avec les artistes de la jeune génération. Je les trouve très inspirants."
Raphaël
Chanteur

Sur cet album, vous nous faites découvrir un autre poète, moins connu, Ossip Mandelstam. Russe et antistalinien, il eut une existence particulièrement tragique.

Son poème "Je suis revenu dans ma ville" est, sans doute, mon poème préféré au monde. Cela fait écho à des choses de ma famille, de ce pays-là et de cette culture-là. Oui, il a eu une existence tragique, il est mort au Goulag. J’ai une admiration folle pour ce poète.

Pomme et Clara Luciani apparaissent également sur cet album.

Pomme, je l’ai rencontrée par hasard et je lui ai proposé de faire une chanson ensemble. Je n’ai jamais rencontré quelqu’un d’aussi libre qu’elle. Quand j’ai découvert sa chanson "Je ne sais pas danser", j’avais un peu l’impression de voir Joni Mitchell. Quant à Clara Luciani, c’est ma pote. Sur cet album, j’ai collaboré avec les artistes de la jeune génération. Je les trouve très inspirants.

"Le train du soir" (Haute Fidélité), Raphaël ft. Pomme

Vous rendez hommage à Christophe dans "Norma Jean", du nom de ses roses préférées.

Christophe, je l’ai bien connu. On a souvent passé du temps ensemble. C’était un merveilleux maître et un éternel jeune homme. J’ai fini l’album au moment où il est tombé malade. Du coup, je n’écoutais plus que ses chansons. Et finir le disque avec une chanson sur lui me paraissait naturel. Je cite aussi Johnny et Sagan, des gens qui étaient rock. Ils n’étaient pas à côté de la vie.

On note souvent des références à la mer dans vos chansons. Quel est votre rapport à la mer?

C’est un espace de liberté complètement vierge. On va à cinq kilomètres des côtes et on a le même spectacle qu’à la création du monde. Et puis, c’est mystérieux. Tellement mystérieux que des avions de ligne peuvent y disparaître sans qu’on ne les retrouve jamais. En même temps, c’est là d’où on vient. Je navigue très mal mais j’aime être en mer.

Pop

"Haute Fidélité"

Raphaël, Sony Music

Note de L'Echo: 4/5

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