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interview

RIP Tony Joe White

©Joshua Black Wilkins

L’ambassadeur du swamp rock est mort d’une crise cardiaque, ce jeudi, dans sa maison du Tennessee. Il venait de nous présenter son dernier album...

"Il n’était pas malade, il n’a pas souffert", a déclaré Jody White, son fils. 7e enfant d’une famille de musiciens, Tony Joe White était né en Louisiane, il y a 75 ans, dans une ferme entourée de champs de coton.

Avec lui, le monde vient de perdre l’une des dernières grandes figures du blues. La sortie de son dernier album de reprises et d’originaux, "Bad mouthin’", était l’occasion de rencontrer ce musicien sincère qui arborait ses origines indiennes. Nous ignorions que c’était pour la dernière fois.

Tony Joe White - "Boom Boom"

Comment décririez-vous votre musique?

Difficile de sortir de l’appellation swamp blues comme on l’appelle. Je dirais tout simplement que ma musique vient du cœur.

Est-il plus facile de vieillir quand on joue du blues, en comparaison d’un chanteur de rock par exemple?

C’est possible, mais je dois me rappeler la première chanson que j’ai écrite et qui s’appelait "Sundown blues", une sorte de gimmick de Jimmy Reed. J’avais à peine 21 ans. Qui sait? Le blues peut vous toucher tôt ou tard.

Mais est-ce plus facile à jouer en vieillissant? Jeune, l’on veut jouer très vite; l’âge aidant, on a plutôt tendance à calmer le jeu…

J’essaie de jouer du mieux que je peux, sans penser en termes de radio, de hit-parade… de la façon la plus sincère. Bien que nous fassions des morceaux plus lents, en tournée, nous interprétons plutôt des chansons rapides en fait (il rit). L’âge n’a rien à voir…

Tony Joe White - "Bad Mouthin'". V2. Note: 4/5. ©rv

Qu’y a-t-il de si particulier dans le blues de Louisiane?

Les Louisianais qui font du blues "peignent" depuis les marais, les chambres d’hôtel, ou autour d’un feu de camp, des histoires entendues de femmes vaudou, de superstitions d’ici ou de là-bas. Ce genre de mélange a plus à voir avec la Louisiane qu’avec le Mississippi, par exemple. Il y a le mystère en plus.

Vous avez collaboré avec Eric Clapton, J.J. Cale ou Mark Knopfler. Pensez-vous que l’amitié et le respect règnent plus dans le blues que dans d’autres genres musicaux?

Non. Je connais aussi bien des musiciens de country que les Pink Floyd. Beaucoup de gens avec qui j’ai tourné en fait: Clapton par exemple, avec qui je suis pote depuis 20 ans. Donc je ne dirais pas que j’étais plus ami avec Johnny Lee Hooker qu’avec…. Def Leppard (il rit)! C’est juste une question de diapason, de longueur d’onde, comme avec Michael McDonald (ex-Doobie Brothers), avec qui je suis intime. Notre point commun à tous, c’est l’amour des choses vraies, qui ont une âme.

Vous avez l’impression de partager un territoire commun avec des gens comme de Neil Young ou Robbie Robertson, qui ont également du sang indien?

Je ne dirais pas que nous partageons les mêmes vues, mais nous pouvons nous asseoir autour d’un feu de camp au bord de la rivière et de la nuit, et jouir de ces moments.

Le côté supplément d’âme de votre musique vient aussi de votre réserve… indienne?

Je ne me suis jamais posé la question de savoir d’où viennent les mots. Ma guitare débute quelque chose, je pense à une phrase, puis je descends près de la rivière avec mon instrument. Je bois quelques bières bien fraîches, et puis… j’attends. Je laisse venir à moi.

Voyez-vous une quelconque évolution dans le blues?

En ce qui concerne les vrais joueurs de blues traditionnel – ce qui n’est pas mon cas –, je ne les vois pas changer beaucoup. Ils doivent rester dans un certain confinement pour garder leur appellation. Au contraire, le swamp blues vous permet de sortir du cadre.

"Lors de notre première rencontre, Tina Turner est partie d’un énorme fou rire. J’ai cru que ma brayette était ouverte!"

"Steamy windows", écrite il y a 30 ans pour Tina Turner, fut importante pour votre reconnaissance. Quel souvenir gardez-vous de cette rencontre?

D’abord, cela m’a beaucoup apporté de pouvoir jouer en studio avec Tina Turner. Elle voulait que le son soit le même que celui de la démo que j’avais envoyé. Être avec elle et voir à quel point cette grande chanteuse avait cette chanson à cœur m’a stimulé pour la suite. Le message était à peu près ceci: "Peu importe avec qui vous soyez, soyez vous-même, jouez ce que vous êtes vraiment." Lors de notre première rencontre, Tina est partie d’un énorme fou rire. J’ai cru que ma brayette était ouverte! Mais elle m’a prise dans ses bras, m’a embrassé et m’a dit: "Je m’excuse, mais à cause de ta chanson ‘Poke Salad Annie’, j’ai toujours cru que tu étais noir!" (Il rit.)

Tina Turner - Steamy Windows

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