Romina Lischka: "Un disque d’amour, tout simplement…"

Romina Lischka ©Marisa Vranjes

Symbiose absolue entre la gambiste autrichienne et la chanteuse tunisienne Gahlia Benali, "Call to prayer" scelle la rencontre entre la viole de gambe, les ragas indiens et la musique arabe. Une méditation envoûtante et universelle.

Cet album-là, c’est l’ovni de l’été. Inclassable, mais fascinant pour qui prendra le temps de s’en laisser imprégner. Autant prévenir, on est dans le refus de la facilité bruyante qui défonce les neurones, dans l’anti-thèse du marketing sonore et calibré, de la pseudo-musique du monde à la sauce occidentale. Ici, c’est du haut de gamme lentement mûri par deux artistes remarquables installées en Belgique, la gambiste autrichienne Romina Lischka et la chanteuse et poètesse tunisienne Ghalia Benali. Car si "Call to prayer" est, au sens littéral, une invitation à la prière, il ne s’agit pas d’invoquer un Dieu univoque mais au contraire de célébrer l’unicité du genre humain, au-delà des différences. "C’est ce lien universel que nous avons voulu montrer avec cet album qui associe nos langages musicaux personnels", insiste Romina Lischka. Tellement personnels que s’enchaînent ici avec une éloquence jamais forcée pièces de viole de Marin Marais et Sainte-Colombe, mélodies et rythmes arabes, musique du Nord de l’Inde et ragas!

Classique

"Call to prayer"

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Romina Lischka / Ghalia Benali / Vincent Noiret

1 CD Fuga Libera

Cette fluidité, cette justesse, cette évidence musicales doivent sans doute beaucoup à la personnalité de Romina. Formée à la musique ancienne et à la viole de gambe auprès des meilleurs – Paolo Pandolfo à Bâle, Philippe Pierlot à Bruxelles –, elle s’est nourrie tout autant de la musique classique du nord de l’Inde et du chant dhrupad, qu’elle étudiera à Rotterdam, à Delhi et à Pune. C’est cependant la viole qui va la révéler. Promue "Rising Star" par Bozar et le Concertgebouw Amsterdam en 2012, cette gambiste d’exception tourne avec les meilleurs ensembles tout en publiant quelques perles baroques. Klara voit ainsi en son Marin Marais/Ste-Colombe l’album classique de 2015, avant d’élire la jeune femme soliste de l’année 2018.

Entre-temps, elle a créé l’Hathor Consort, dont le répertoire court de la Renaissance au baroque. Hathor? Un nom emprunté cette fois à la mythologie égyptienne, mais qui en dit long sur le projet musical – et de vie – de Romina, séduite par la déesse de l'amour, de la beauté, de la musique… Artiste en résidence à Bozar la saison passée, son concert Dhrupad Fantaisia consacrera l’alliance improbable mais combien scotchante entre les fantaisies anglaises pour viole et les ragas indiens millénaires, aux trames mélodiques pas toujours si éloignées.

"Les musiques indienne et arabe sont toutes deux des musiques modales. Elles ne parlent pas la même langue, mais leurs bases sont les mêmes."
Romina Lischka
Gambiste

Musiques modales

Quant à l’étonnante harmonie qui unit par cet album musiques indienne et arabe, elle s’explique en partie: "Ce sont toutes deux des musiques modales. Elles ne parlent pas la même langue, mais leurs bases sont les mêmes", insiste Romina. Reste que pour cimenter tout cela, il faut un lien… "Mais c’est l’amour, tout simplement!", résume-t-elle. "J’aime la musique de Ghalia. Elle aime la mienne. On s’écoute beaucoup, on improvise. Il y a une structure, bien sûr, mais on se laisse de l’espace pour que les choses puissent vivre..."

Couverture de l'album "Call to Prayer" ©Fuga Libera

Une démarche philosophique? "Pas du tout. Ghalia et moi, nous nous sommes toujours intéressées aux autres cultures que la nôtre. Nous sommes très universelles. Lorsque nous donnons ce programme, le public est extrêmement mélangé, en termes d’âge, d’origine, de culture. Il reflète la diversité de notre société, on invite le public à s’ouvrir à autre chose que ce qu’il connaît."

Certes, certes, mais par les temps qui courent, ce refus de la différence, cette acceptation de l’autre sont pour le moins bousculés, non? "Il est vrai qu’on nous demande parfois si c’est un disque politique", s’amuse Romina. "Ce n’est vraiment pas le cas ! C’est un disque d’amour, tout simplement."

Romina Lischka

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