Sean Rowe into the wild

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Portarit de Sean Rowe, bluesman alternatif, épris de philosophie survivaliste. Sa musique s'écoute comme de l'"americana of the wild".

Auteur, compositeur, interprète de blues folk alternatif, Sean Rowe est une artiste américain dans la veine d’un Tom Waits plus bluesy ou d’un Eddy Vedder qui arrêterait de bêler. Un hipster (en bref, un dandy barbu) épris de philosophie survivaliste qui a son petit pré carré de fans…

Vos influences au début furent Muddy Waters et Johnny Lee Hooker?
Oui, tous les grands bluesmen.

Bien que vous soyez de Troy, près de New York?
Oui, pas vraiment une petite ville du Delta. Je ne sais pas pourquoi j’ai choisi le blues. J’ai dû en entendre un jour. Sans doute à cause du rythme, spécialement ce type de blues avec beaucoup de beat, répétitif, m’attire vraiment. Et très brut, pas vraiment policé.

Vous écoutiez ZZ Top, des choses comme ça?

Non. J’écoutais la musique de mon père. Celle de ma mère ne m’intéressait pas vraiment. Elle aimait toute la musique de music-hall, de Broadway, Julie Garland notamment, que j’apprécie aujourd’hui, mais pas à l’époque. La musique de mon père, c’était le rock des années 50, de la country: Willie Nelson, Johnny Cash. C’était aussi un grand fan de Creedance Clearwater Revival, mélange de rock classique et de country.

Quelle est l’influence du livre de Tom Brown, pape du survivalisme (1) sur votre musique et votre vie?
C’est un ouvrage que j’ai lu quand j’avais 18 ans. C’est un peu comme avec Hooker, je cherchais ce son très jeune et je l’ai trouvé. J’étais supposé le découvrir, et il en va de même pour ce livre qui devait me conduire sur un autre chemin dans mon existence. J’ai toujours été intéressé par le "survival": forger son caractère, apprendre à survivre dans la nature. Découvrant ce livre, cela m’a permis de me concentrer vraiment sur cet aspect des choses.

Vous avez cette expérience de vivre 24 jours dans la nature….
C’était bien plus tard, en 2005.

Cela a-t-il influencé votre musique?
Pas vraiment, cela ne concernait pas la musique, mais plutôt l’idée de me tester moi-même. Parce que la musique n’exige pas de l’inspiration d’une chose en particulier. Elle surgit de partout. Que vous soyez dans les bois ou au sommet de l’Empire State Building. C’était juste un test personnel, une exploration intérieure.

Pourquoi ne pas avoir composé la musique de "Into the wild" de Sean Penn, qui évoque cette philosophie?
J’aurais pu le faire, je crois. Mais je pense qu’Eddie Vedder, le chanteur de Pearl Jam, a très bien fait ça.

Par moment vous avez la même voix que lui…
Oui, une voix basse…

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Parvenez-vous à vivre de votre musique aujourd’hui?
Vivre c’est un grand mot. Je ne dirais plutôt que je me débrouille. J’ai fait toute une série de house show pour les fans, pendant six mois, aux Etats-Unis. Cela m’a beaucoup aidé non seulement financièrement, mais cela m’a aussi permis de me rendre compte pourquoi je faisais ce métier. Réaliser pourquoi je suis ici, à des milliers de kilomètres de chez moi, en train de jouer pour des gens que je ne connais même pas.

Vous avez joué avec Isobel Campbell. Peut-on espérer qu’un jour vous vous produisiez avec Mark Lanegan ou Jos Homme?
J’adore Mark Lanegan. Et sa musique est claudicante, un peu comme la mienne, et pleine d’imperfections.

Tom Waits a-t-il une grande influence dans ce que vous faites?
Oui, j’adore Tom Waits. Mon album favori est "Rain Dogs", plus que "Swordfish Trombone"; et "New Variations" est aussi un grand album, parce qu’il personnalise vraiment bien les sons de différents styles du passé, mais sans pour autant sonner rétro… juste classique. Travailler pour réaliser un tel album serait un bel objectif.

Sean Rowe - "To Leave Something Behind"

Pourriez-vous faire un album un peu crooner, comme Tom Waits en fit au début de sa carrière?
J’ai dans l’idée d’enregistrer un double album de ballades folks, dépouillées sans trop d’instrumentation, et, d’un autre côté, un autre plus rock’n’roll. L’une des critiques négatives qu’on peut m’adresser, c’est que parfois mon travail et ma musique sont trop disparates. J’aimerais faire un album qui soit plus cohérent, avec un type de morceaux, et pas qui saute constamment d’un genre à l’autre. Mes chansons partent un peu trop dans tous les sens... Je voudrais que ma voix se pose, dans un genre à la fois.

Y a-t-il un message politique dans votre musique?
Non.

Rien sur la philosophie "survival"?
Si, mais elle est mise en perspective. Difficile d’en parler de façon distincte. Il s’agit d’une connexion avec le paysage et la nature. Mais, en écrivant des chansons, on tente aussi de se connecter avec l’environnement, notamment des personnes. Cela se résume à la vie en fait: on essaie de faire une connexion, qu’on peut appeler "amour", si on veut. C’est mon interprétation. Et elles se rejoignent dans ce que je fais.

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Votre musique semble de moins en moins influencée par la country?
Ce n’est pas aussi linéaire. C’est une évolution plus sinueuse. Mais, chemin faisant, on continue à creuser jusqu’au coeur de soi-même. Cela prend du temps.

Si je décris votre musique comme de l’"americana of the wild"?
Ça me va (il sourit).

Sean Rowe - "New Love", 1 CD PIAS

En concert à l’Arenberg d’Anvers le 27 mai.

(1) Le survivalisme désigne les activités ou le mode de vie de certains groupes ou individus qui veulent se préparer à une hypothétique catastrophe locale ou plus globale dans le futur, une interruption de la continuité sociétale ou civilisationnelle au niveau local, régional, national ou mondial, voire plus simplement à survivre face aux dangers de la nature.

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