interview

Sébastien Giniaux: "Le jazz est un passeport universel"

©REUTERS

En janvier, ça swingue avec le Brussels Jazz Festival, le River et la 25e édition des Djangofolllies qui alignent 33 concerts manouches, dont celui du guitariste Sébastien Giniaux.

Présentée comme la soirée phare de la 25e édition du festival Djangofolllies, "From Louis to Django", le mercredi 23 janvier, à La Tentation (centre-ville de Bruxelles), alternera la veine Dixieland de Louis Armstrong et le jazz manouche cher à Django Reinhardt. Aux commandes: l’Amicale de la Nouvelle Orléans et le Tcha Limberger Trio, sacré par le Times "Polymath King of Gypsy Music". Ce dernier est flanqué pour l’occasion du guitariste français Sébastien Giniaux qui partage avec nous sa passion irrépressible pour le jazz.

Quand avez-vous découvert le jazz manouche?

J’ai découvert le jazz manouche à l’âge de 17 ans, grâce à un disque d’Angelo Debarre, grand guitariste manouche, accompagné par Serge Camps à la guitare et Frank Anastasio à la contrebasse. J’étais violoncelliste à l’époque, et je grattouillais un peu de guitare pour le plaisir, mais ce disque a été le point de départ de ma volonté de devenir guitariste a part entière. Puis j’ai découvert Matelo Ferret, Django Reinhardt, et tous les grands représentants de cette musique.

Sebastien Giniaux - Nuages

Que représente la musique de Django Reinhardt pour vous?

La musique de Django a de multiples sens à mes yeux. D’abord le jazz et la poésie, avec cette faculté de Django d’insuffler à ses solos les émotions les plus vives. J’ai aussi découvert avec le jazz manouche une immense culture et une communauté, les gens du voyage, qui portent cette musique au cœur comme un drapeau. Et puisque cette musique est née à Paris, j’y ai trouvé également une forme de racines qui pouvaient également m’appartenir, à une époque où un musicien comme moi né à Paris n’avait pas tellement de repères en termes de musique traditionnelle. Django jouait du "jazz à la française" et le fait que la communauté manouche continue à jouer cette musique jusqu’à aujourd’hui lui confère un statut hybride entre le jazz et la musique traditionnelle, avec une infinité de ponts possibles vers d’autres musiques et vers la création personnelle.

Comment expliquez-vous que le jazz soit à ce point synonyme de cosmopolitisme, incarnant une manière particulière de s’ouvrir aux autres cultures?

"Le jazz a ceci de particulier qu’il est un passeport universel qui permet de voyager dans tous types de musiques."

Le jazz d’aujourd’hui est nourri par des influences multiples comme les musiques traditionnelles, le rock, etc. L’improvisation, qui est l’essence du jazz, est un langage fantastique puisqu’il permet d’entamer le dialogue avec n’importe quel musicien dans n’importe quel style de musique. Le jazz, pour moi, a ceci de particulier qu’il est un passeport universel qui permet de voyager dans tous types de musiques, de se nourrir d’elles et de les nourrir en retour. Le jazz a été également profondément lié à la lutte sociale, à la résistance, à notre histoire commune. Les valeurs de tolérance, d’altérité et d’égalité, sont autant de sentiments que je porte en moi, qui me guident dans ma vie de musicien et ma vie d’homme, que j’ai d’ailleurs du mal à séparer.

©Selmer

On vous présente souvent comme un musicien engagé. Le jazz doit-il, selon vous, porter un message social et politique?

Je crois que la chose politique devrait naturellement appartenir à chaque citoyen, et je soutiens d’ailleurs le mouvement social qui a lieu en France actuellement. Je crois que la création, musicale ou autre, en ce sens, est forcément politique, et le jazz, par la liberté dont il est pétri, porte haut ses couleurs.

Le jazz actuel tend de plus en plus à se départir de son image "élitiste" pour faire retour vers ses sources plus "populaires". Comment expliquez-vous ce phénomène?

Il me semble que les formes du jazz évoluent toujours avec des pleins et des déliés, par moments allant vers la recherche puis revenant vers l’essence de cette musique, quelque chose de peut-être plus "accessible". À mon sens, c’est cela qui permet à cette musique de continuer de grandir, et l’un ne pourrait continuer d’exister sans l’autre.

En concert le 23/1 à La Tentation, à Bruxelles, le 24/1 à Heist o/d Berg et le 25/1 à Mol: djangofolllies.be

Brussels Jazz Festival 10-19/1 – Flagey

Comme le River Jazz Festival, le Brussels Jazz Festival fête sa 5e édition avec une formule toujours efficace: un programme qui alterne les grands noms et les jeunes talents belges ainsi qu’internationaux. Avec des concerts nocturnes, des salles qui favorisent une belle intimité, mais aussi une ambiance festive et conviviale, le festival se veut à la fois pointu et généraliste. Cette année, on notera la présence de Lisa Simone, la fille de Nina Simone, qui chantera pour la première fois en Belgique. Et puis, il y a également "Ludi", l’ovni du pianiste, compositeur et vidéaste Christophe Chassol, inspiré par l’œuvre de Hermann Hesse. www.flagey.be

RIVER Jazz Festival 11-26/1 – Marni, Jazz Station, Senghor

À l’image d’un genre musical en pleine mutation, qui ne craint pas l’éclectisme et le croisement des sonorités diverses, le festival bruxellois River Jazz surfe sur cette vague "fusion" qui traverse plus que jamais le jazz actuel. Un nom à retenir en particulier: l’accordéoniste Vincent Peirani qui a su mettre en avant un instrument longtemps décrédibilisé en donnant une couleur inattendue et décomplexée au jazz. Loin de s’enfermer dans un style, il n’hésite pas à enchaîner les projets, touchant autant à la chanson (Sanseverino) qu’à la musique de film ("Barbara" de Mathieu Amalric). www.riverjazz.be

Djangofolllies 15-31/1 27 salles en Belgique

Figure mythique, guitariste de génie, représentant emblématique de toute une communauté, Django Reinhardt fut assurément tout cela. Fondé il y a 25 ans par Koen de Cauter, le festival Djangofolllies avait d’abord pour vocation de remettre à l’honneur ce musicien en faisant vivre sa musique à travers le temps mais il est apparu très vite qu’il s’agissait aussi de faire exister son héritage en observant son influence sur les jeunes générations qui se réclament de son swing. Le festival a la particularité de ne pas se cantonner à Bruxelles, puisque de nombreux concerts (33 en tout) auront lieu en Flandres ainsi qu’en Wallonie. Cette édition sera notamment marquée par une soirée où, à la croisée des temps et des rythmes, seront évoqués les liens entre Louis Armstrong et Django Reinhardt: lire ci-contre. www.djangofolllies.be


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