Sébastien Tellier: "Si on veut vivre, il faut avoir une vie domestiquée"

Sébastien Tellier, un nouvel homme d'intérieur. ©Valentine Reinhardt

Électron libre de la french touch, Sébastien Tellier sort "Domesticated", le 29 mai, un nouvel album dédié aux animaux domestiques que nous sommes. Interview d’un confiné heureux à Paris.

Pop

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«Domesticated». Sébastien Tellier

>Record Makers (sortie le 29/5/20)

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Il vit à Montmartre, dans une petite maison avec jardin. Dans ce quartier parisien, de nombreux musiciens de la french touch ont élu domicile. Le regretté Philippe Zdar, notamment, que Sébastien Tellier considérait comme un prince et avec lequel il a collaboré sur cet album qui tient plus du "new normal" que du banal. 

"Domesticated" est votre sixième album mais le premier où vous abordez le thème de l’homme domestiqué.

L’homme a de grandes envies de liberté mais il est rappelé à l’ordre en permanence par les tâches domestiques. Et les tâches domestiques, c’est libre! Parce que, finalement, si on vit dans un endroit qui n’est ni sain, ni salubre, ni propre, on meurt. Si on ne mange pas correctement, on meurt aussi. On se rend compte que si on veut vivre, il faut avoir une vie domestiquée. 

"Ayant deux enfants en bas âge, je passe beaucoup de temps à la maison, à ranger des torchons, laver des verres, à faire les lits, nettoyer les fenêtres. Et ma vie, c’est devenu tellement ça que j’en ai tiré mon inspiration."
Sébastien Tellier
Chanteur

Il s’agit d’une thématique que vous aviez choisie d’aborder bien avant la pandémie?

Effectivement, parce qu’un album, cela prend pas mal de temps à préparer, écrire et enregistrer. C’est un process qui s’étale, en général, sur deux, trois ans. Ayant deux enfants en bas âge, je passe beaucoup de temps à la maison, à ranger des torchons, laver des verres, à faire les lits, nettoyer les fenêtres. Et ma vie, c’est devenu tellement ça que j’en ai tiré mon inspiration. Je suis en permanence face à ma vie domestique. C’est Sofia Coppola qui m’a donné le titre de l’album après que je lui ai expliqué mon propos. "Domesticated", c’est exactement le mot que je cherchais.

Sébastien Tellier - Domestic Tasks (Official Video)

Quel est votre lien avec Sofia Coppola?

Au tout début de la french touch, dans laquelle j’ai été emmené presque par hasard, je faisais les premières parties de Air. Ce groupe était proche de Sofia car il avait composé la b.o. de son film "Virgin Suicides". Et quand nous allions à Los Angeles, on passait toujours la voir. Après, elle s’est mariée avec Thomas Mars, le chanteur de Phoenix, qui est aussi un bon ami à moi. Elle a choisi plusieurs fois certains de mes morceaux pour ses films, notamment pour "Somewhere". Elle est extrêmement douce et très intelligente. C’est un petit bonbon, cette personne. Elle connaît bien mon parcours de chien fou. J’ai fait des télés ivre mort, par exemple. Et maintenant, j’ai une famille et une vie normale. Sofia m’a dit: "Avant, tu étais comme une bête et aujourd’hui, tu es un homme!" Elle a bien perçu mon message. 

"Sofia Coppola m’a dit: ‘Avant, tu étais comme une bête et aujourd’hui, tu es un homme!’ Elle a bien perçu mon message."
Sébastien tellier
Chanteur

Du coup, le confinement, ça n’a pas changé grand-chose pour vous!

Non, je suis assez solitaire et casanier. Je ne suis pas quelqu’un qui passe ses journées à enchaîner des rendez-vous et à parler avec plein de monde. Quand les enfants sont à l’école et à la crèche, je suis souvent dans mon canapé à réfléchir à ce que je vais faire. Après, je joue un peu de piano. Ma vie est un éternel week-end. Alors, le fait d’être enfermé en permanence, c’est quelque chose que je connais bien. Bien sûr, tout est devenu plus difficile. Le process des courses me prend habituellement une heure et, là, cela occupe trois, quatre heures. Sinon, ma vie d’artiste est plutôt contemplative, je laisse venir. Mon activité est bien plus cérébrale que physique.

Aussi, à part l’océan de malheurs que cette crise et ce confinement produisent, je suis plutôt sur un fleuve tranquille. Cela n’empêche pas les hauts et les bas. Comme dans toutes les familles, où il y a un puissant lien d’amour, on passe par des moments d’agacement. Ma fille de trois ans aime jouer à bébé. Et c’est moi le bébé. Je passe deux heures de suite à marcher à quatre pattes. Elle s’amuse à me prendre ma température. Alors, j’essaye d’être un bon père mais ça, au bout de deux heures, je n’en peux plus. (Rires). Je crois qu’on ne peut pas vivre tout le temps les mêmes choses avec les mêmes personnes. On a besoin de petites découvertes. 

La cover de "Domesticated". ©Valentine Reinhardt

Musicalement, l’album est très apaisé.

Oui, je me suis attaché à voir de la poésie dans tout ce que l’on considère comme négatif. Par exemple, j’ai découvert que le liquide vaisselle, c’est très beau. C’est ce qu’on voit aussi dans le clip de "Balai". J’ai découvert que l’on pouvait trouver du bonheur en lavant ses carreaux. Je suis devenu père du jour au lendemain. Et je me suis occupé de mon fils. Soit je faisais un burn-out parental, quittais ma famille et partais vivre sur une île, soit je changeais mon point de vue. Et finalement, j’en suis arrivé à demander un aspirateur pour Noël! (Rires). Je suis plus heureux qu’à l’époque où je passais ma vie en boîte de nuit. Le bonheur vient souvent de choses qu’on ne soupçonnait pas. 

"Domesticated" s’inscrit dans l’électro-pop et la dream pop.

C’est vrai qu’il y a de la dream pop. Le rêve total. Et aussi, l’amour de la pop. J’aime la difficulté de faire de bonnes chansons pop. J’aime être complètement libre mais de m’imposer des buts. Et j’aime les buts de la pop.

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