interview

Soko: "On se distrait pour ne pas penser à l'essentiel"

Soko vit aujourd'hui son rêve américain. ©Jasper Rischen

Chanteuse et actrice, la Française Soko vit son "Californian Dream" depuis plusieurs années. Et la voici qui sort "Feel Feelings", son troisième album, en cette étrange période. On en a parlé ensemble depuis Los Angeles.

Il est 9h à L.A. et le visage souriant de Soko apparaît sur mon écran. Nous sommes en direct et la communication n’a jamais été aussi bonne. Sur son album, la Française a collaboré avec Sean Lennon, Patrick Wimberley du groupe Chairlift et James Richardson de MGMT, soit le gratin de la scène indie américaine. Il ne compte qu’un seul morceau en français, "Blasphème", partiellement inspiré par Gainsbourg, époque "Melody Nelson".

C’est votre troisième album et le premier pour lequel vous avez choisi l’isolation totale pour le concevoir. Pourquoi?

J’ai fait l’expérience d’une thérapie d’une semaine. J’adore faire un travail sur moi-même, je pense que c’est ce qui fait avancer le monde. Si tout le monde essayait d’être meilleur et de travailler sur la santé mentale autant que sur la santé physique, le monde irait beaucoup mieux. Ce stage portait, entre autres, sur les manières qu’on a de se mettre des œillères et de se distraire pour ne pas penser à l’essentiel. Moi, j’avais l’impression que mes relations amoureuses étaient assez dysfonctionnelles et j’avais besoin de réaliser un travail sur mon amour-propre afin que ce ne soit pas quelqu’un d’autre qui décide de ma valeur. J’ai voulu mettre tout ça dans mon album. J’étais beaucoup plus concentrée sur ma musique. Je voulais un album plus shoegaze, plus lent, plus sexy. Je voulais des batteries très sèches, des basses qui groovent et beaucoup d’harmonies. J’ai enregistré l’album à New York et beaucoup d’amis y ont participé. Cela s’est fait très naturellement.

" Je voulais un album plus shoegaze, plus lent, plus sexy."

J’ai trouvé, effectivement, qu’il y avait sur ce disque une vraie respiration et une sensualité naturelle. Cela m’a l’air d’être un album très libéré.

J’ai dû, en effet, me libérer de plein de choses pour le faire. Je voulais que ça parle du moment présent. Je n’avais que deux chansons écrites avant l’enregistrement comme "Let me adore you" qui a donné le ton de l’album. C’est une chanson d’amour qui se base sur la mise à nu physique et émotionnelle. Et je savais depuis le début que l’album s’appellerait "Feel Feelings".

Après cet album, vous êtes devenue maman pour la première fois. Si vous deviez refaire un album là maintenant, ressemblerait-il à ça?

Pas du tout. Ma vie a complètement changé. Je suis responsable de ma famille. J’ai plus d’horaires. Je rêvais de fonder une famille depuis longtemps. Et je m’y consacre pleinement.

Qu’est-ce que la vie en Californie vous a appris sur la vie et le monde, ces derniers mois?

Ça m’a appris que j’ai énormément de chance de vivre ici et j’ai énormément d’amour pour la communauté que j’ai créée ici comme celle que je parviens à voir au travers des réseaux sociaux. J’apprécie la manière dont les gens agissent et communiquent en vue d’un monde meilleur.

"Ce que je vis n’est rien en comparaison de ce que la communauté noire affronte tous les jours."

Comment se sont passés les jours de protestations contre le meurtre de George Floyd?

J’habite à dix minutes de Downtown. On a entendu des sirènes et des hélicoptères pendant plusieurs jours, ce qui n’est guère rassurant compte tenu des brutalités policières. J’ai un bébé donc, je ne me suis pas rendue aux manifestations. Mais je soutiens la cause de la communauté black autant que possible.

"Je ne pense pas que ce soit le moment de parler de mes petits problèmes de privilégiée blanche." ©Evan Tan

En tant que femme, gay, artiste, Française, vous est-il arrivé de vous sentir discriminée?

Oui, pour tout cela, mais ce n’est rien en comparaison de ce que la communauté noire affronte tous les jours. Je ne pense pas que ce soit le moment de parler de mes petits problèmes de privilégiée blanche.

"Je sens qu’on a tous envie de se soutenir davantage."

Vous menez parallèlement une carrière d’actrice. Avez-vous des projets de films?

Depuis la naissance de ma fille Indigo, j’ai tourné trois films, l’un d’eux, "A Good Man" a eu le label Cannes. Je ne sais pas quand les productions pourront reprendre. Je ne sais pas non plus quand je pourrai reprendre les concerts. C’est une année vraiment troublante. Mais au-delà de ça, je ressens qu’on a tous envie de se soutenir davantage.

Dans un registre très différent, vous êtes devenue égérie Gucci. Comme est-ce arrivé ?

Quand j’ai joué dans "La Danseuse", avec Lily Rose Depp, Gucci m’a habillée pour le Festival de Cannes. C’était le début de la carrière d’Alessandro Michele comme directeur artistique de la marque. J’ai participé à beaucoup de leurs événements et enregistré des playlists pour Gucci. Ils ont été les premiers dans le monde de la mode à parler de diversité et d’inclusion.

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"Feel Feelings", de Soko.
Because/Caroline Music

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