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Sophie Karthäuser, soprano: "Je ne suis pas une star"

La soprano belge Sophie Karthäuser. ©Molina Visuals

La grande soprano belge Sophie Karthäuser est très présente cet été en Wallonie, terre de festivals classiques. Portrait entre rires et passions, et en toute simplicité.

Deux décennies de succès auraient pu la griser. On en connaît à qui cela a changé le caractère. Pas elle. Sourire taquin, œil malicieux, Sophie Karthäuser est restée elle-même. Spontanée, volubile, mêlant déclaration d’amour à ce métier qui la passionne et grands éclats de rire. Parce que le rire est une force autant qu’une défense dans un milieu qui ne fait pas de cadeau. «N’allez quand même pas écrire que je suis une rigolote du matin au soir, tempère-t-elle d’emblée! Je serais plutôt de nature angoissée!» Comme tous les vrais artistes, sans aucun doute. Ce qui rend d’autant plus fascinant le parcours de celle qui, à 12 ans, chantait à tue-tête du Céline Dion sur la balançoire du jardin familial.

Cette trajectoire qui a fait de cette immense mozartienne l’une de nos grandes sopranos lyriques, elle la doit, dit-elle, à ses professeurs – Greta De Reyghere, à Liège, et Noëlle Barker, à la Guildhall School de Londres. «Ce sont elles qui m’ont permis de faire une belle carrière, même si je ne remplis pas les stades!» Éclat de rire solaire, on vous avait prévenus.

On a beau lui dire que le talent a pris sa part, elle n’en démord pas: «Je ne suis pas une star, je vous assure». Ni une diva, on confirme. Les caprices, connaît pas, comme si son enfance heureuse – «très heureuse!», insiste-t-elle – lui avait inoculé cette vertu rare dans le monde du spectacle, la simplicité. Elle n’a d’ailleurs jamais cessé, elle la bourlingueuse, de cultiver ses racines malmédiennes, parce que sa terre nourricière est riche de «la gentillesse des gens – les Français nous le disent souvent». Mais aussi de ce sens des traditions, qui soude les natifs du coin. «Je ne rate jamais le carnaval si je suis en Belgique. Et puis, il y a l’omelette géante», lâche-telle tout de go, «même si c’est un peu moins mon truc.» Rire, évidemment.

Deux jours pour un rôle

Sa carrière avait pourtant débuté par un stress «jamais égalé depuis». Jeune chanteuse à la Monnaie, elle doit remplacer – deux jours avant la première! – une cantatrice dans «Eliogabalo» de Cavalli, dirigé par René Jacobs. «J’ai chanté deux soirs en fosse avec la partition. Le troisième, j’étais sur les planches…» Elle en tremble encore. Reste que, l’année suivante, Jacobs, lui offre sa première Pamina. On sait le chef gantois très exigeant. Il l’adoube, elle lui fait confiance. Elle décolle.

Triomphe en 2007 en Suzanna dans les «Noces» avec Christie à Lyon. Enchaîne avec «La Calisto» de Cavalli. Poursuit avec sa première Ilia, dans «Idoménée», avec Minkowski, à Aix. «Sa musicalité hors pair réalise des prodiges», écrit Forumopera, pour ne citer qu’un commentaire parmi d’autres de cette presse française qui, pour elle, range ses acidités et encense chacune de ses apparitions.  

Les caprices, connaît pas, comme si son enfance heureuse – «très heureuse!», insiste-t-elle – lui avait inoculé cette vertu rare dans le monde du spectacle, la simplicité.

On s’arrête ici, aux premières lignes d’un catalogue qui ne va cesser de s’étoffer, avec Mozart – «c’est mon chouchou!» – pour éternel refuge. Au divin Wolfgang, la divine Sophie offrira d’ailleurs, à Vienne, une Sandrina d’anthologie dans «La finta giardineria» (heureusement préservée sur un CD Harmonia Mundi).

Mozart, Bella mia fiamma (OPRL, Christian Arming, Sophie Karthäuser)

Une Mélisande née

Et pourtant, sur le podium de ses souvenirs les plus marquants, c’est sa Mélisande dans une reprise de la mise en scène de Katie Mitchell, créée à Aix en 2016, qui truste la première place. «J’étais en scène pendant tout l’opéra. Fabuleux.» Nous voilà donc chez Debussy. Ce n’est pas un hasard. Mélisande est un rôle charnière pour une soprano qui a franchi la quarantaine, tournant délicat pour les cantatrices qui n’aiment guère en parler. Mais Sophie assume. «C’est une réalité. Avec la maturité, la voix évolue davantage vers le grave. Il faut s’adapter. Mélisande se plaît dans les médiums, et j’adore cela.»

"En ce moment, je prépare le ‘Liederkreis op.39’ de Schumann pour le Festival de l’Été mosan. Je peux passer une journée sur deux pages rien que pour choisir les nuances. J'en ai des frissons."
Sophie Karthäuser
Soprano

Nous aussi. Parce que cette tessiture-là, avec ses reliefs plus sombres, sa palette plus dense,  se prête à merveille à son autre amour, celui qu’elle porte depuis toujours à la mélodie, et qui lui valut en 2003 déjà le prix du public au Concours de lieder du Wigmore Hall, à Londres. «Les poèmes mis en musique me fascinent. Ce sont des compositions phénoménales. En ce moment, je prépare le ‘Liederkreis op.39’ de Schumann pour le Festival de l’Été mosan. Je peux passer une journée sur deux pages rien que pour choisir les nuances. J'en ai des frissons.»

Même passion pour les Français. Si elle adore Poulenc et «sa folie douce, parsemée de petits feux d’artifice», que dire du «phénoménal Debussy. Il y a tant de matière dans ses tableaux. On voit les poils de pinceau glisser sur la toile…»
C’est cette Sophie-là, celle qui lors du confinement soignait ses coups de blues avec «Im Frühling» de Schubert – «mon île déserte» –, qui nous fixe rendez-vous cet été pour célébrer Mendelssohn, Schumann, Schubert, ces grands romantiques. Mais aussi pour s’exploser avec quelques grands airs d’opéras en rapport avec… les albums de Tintin. Sans rire, cette fois.

Dans les festivals cet été

Midis-Minimes Bruxelles (27/7) et Louvain (28/7), Été mosan (1/8), Classissimo Bruxelles (6/8), Liège (21/8), Knokke (22/9).

Schubert: Fünf Lieder nach Goethe und Schubart ∙ Sophie Karthäuser ∙ Simon Lepper

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