Sous l'autodérision du rap francophone

©Elie Carp

Il a la cote, "notre" rap. Pourquoi? Comment? À quoi ressemble actuellement cette scène? Mode passagère? Tout au long de cette semaine, en quatre épisodes, L’Echo vous brosse un petit tableau de ce paysage musical qui a bien changé depuis les années 90.

C’est forcément à Bruxelles que les initiatives "institutionnelles" sont les plus nombreuses. Lézarts Urbains y poursuit sa mission culturelle et d’éducation permanente centrée sur les cultures urbaines. Au festival Couleur Café, on monte un plateau comme "Niveau 4", rassemblant plusieurs artistes le temps d’un même concert. L’Ancienne Belgique, où les rappeurs font l’objet d’un affichage publicitaire spécifique, emboîte le pas. Et si vous voulez écouter encore plus "de belge", allez au C12, le "project space" tout neuf, ou au Café Floréo qui organise régulièrement des soirées dédiées.

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Une major comme Universal et un indépendant comme Pias veillent à ce que le genre soit l’affaire de labels spécialisés. Chez les premiers, on lance "En Douceur" avec Back In The Dayz. Première sortie: la vraie/fausse B.O. du film "Tueurs", de François Troukens. Dessus: Damso, Roméo Elvis, Coely, Caballero & JeanJass, Hamza, plus d’autres jeunes pousses prometteuses. Une dream team! Et chez PIAS, on inaugure "Urban" en France dès 2016, qui s’intéresse aux Belges l’année suivante.

"Nos signatures sont des artistes français, belges, et je démarche aussi des Suisses. Tout ce qui correspond à la scène francophone."
Gwillerm Le Grevellec
directeur d’Urban

"Nos signatures, nous détaille Gwillerm Le Grevellec, directeur d’Urban, sont des artistes français, belges, et je démarche aussi des Suisses. Tout ce qui correspond à la scène francophone. Pour Scylla, on a aussi beaucoup travaillé la France, il a donc commencé à y être connu avant toute cette vague. En Belgique, on collabore aussi beaucoup avec le label LaBrique." D’où sortie récente des albums du 77, et de Swing (échappé pour un moment de "L’Or Du Commun", un album à venir également). Le rap nécessite-t-il toujours des labels dédiés? "C’est mieux d’avoir des gens qui connaissent le sujet. C’est une question de nez, de bien connaître la scène pour ne pas se tromper dans les prévisions financières et de vente, connaître les médias…"

Culture hip hop

À propos de médias, justement. C’est depuis Bruxelles qu’opère Tarmac, né en 2017 à la RTBF et notamment piloté par Akro, l’un des MC de Starflam. Cette plateforme digitale, qui se consacre à la culture hip hop, va désormais affronter la "concurrence" de RTL qui, avec Cobelfra (éditeur de Radio Contact) vient de lancer Check, marque de contenus déclinée sur le web et les réseaux sociaux, orientée pop culture, pas juste rap.

"Ceux qui n’avaient pas internet et ne bougeaient pas de chez eux ne connaissaient que leur patelin, leur quartier. Aujourd’hui, on voit le monde entier. Et ça a aussi ouvert l’état d’esprit des gens."
La Smala

Mais l’artiste qui essuyait les plâtres ce jeudi n’était autre que… Roméo Elvis. Et sa direction artistique est assurée par… Back In The Days. Décidément incontournable, cette structure née en 2009 à Charleroi, qui a installé ses bureaux à quelques pas de la place De Brouckère et fait aujourd’hui aussi bien du management que du booking ou de la programmation. Jusque sur les ondes de Pure FM, dans l’émission Pur Jus.

Quelle place reste-t-il sous les projecteurs pour les anciens? Les activistes du hip hop, imprégnés par cette culture et ses valeurs que la vague rap a parfois tendance à oblitérer? Ils organisent ici une expo de pochettes de disques qui retrace l’histoire du rap belge depuis le premier BRC en 1990, ou relaient là des compétitions d’impro et des "Poignées de Punchlines". Rival, de CNN199, quand il n’est pas au micro du "Bumrush Show" qu’il anime le jeudi sur Bruzz, assure la promo du festival La Belle Hip Hop et son affiche 100% au féminin, qui réunira du 8 au 15 mars Blu Samu et d’autres artistes, venues d’Inde, du Maroc, de Turquie ou encore, des États-Unis. Quant à Manza, rappeur, slammeur et auteur, il poursuit son défrichage des multiples talents bruxellois (le 16 mars à L’Espace Magh, avec Convok notamment).

"La nouvelle génération est beaucoup plus ouverte aux collaborations, à l’envie de rencontrer l’autre, de partager, de faire des featurings."
Daddy K
dj de Benny B

Les réseaux sociaux et internet ont effacé les frontières. Les cinq garçons de La Smala ne disent pas autre chose. "Ceux qui n’avaient pas internet et ne bougeaient pas de chez eux ne connaissaient que leur patelin, leur quartier. Aujourd’hui, on voit le monde entier. Et ça a aussi ouvert l’état d’esprit des gens." Daddy K, le dj de Benny B, plus que jamais actif, constate à propos de la nouvelle génération: "Elle est beaucoup plus ouverte aux collaborations, à l’envie de rencontrer l’autre, de partager, de faire des featurings." CQFD!

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