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"Stile Antico", douze voix en harmonie

©Eric Richmond

Un disque compilation consacre un parcours d’exception au sein des polyphonies de la Renaissance. Par Stéphane Renard

Ils s’appellent Ashby, Harries, Griffiths, 0’Donovan, Dawes… Ils ont le look "very british" de ces jeunes gens et jeunes femmes diplômés d’excellentes écoles. Mais ces douze-là sont surtout porteurs de toute la tradition du chant choral nourrie depuis des siècles outre-Manche, et souvent dès le collège. Ceci explique cela. Si leur patronyme ne parle qu’aux initiés, le nom de leur ensemble vocal, lui, s’est imposé en Europe et aux Etats-Unis. En moins d’une décennie, "Stile Antico" est devenu une formation de référence dans le difficile répertoire des polyphonies de la Renaissance.

Stile Antico, "Sing with the Voices of Melody"

Tous les disques sont édités par Harmonia Mundi.

"Music for Compline", premier CD paru en 2006, fait l’objet d’une réédition anniversaire. Pas une ride…

"Stile Antico" est en concert au MA Festival de Bruges le 1er août et Festival Laus Poyphonae d’Anvers les 23 et 28 août.

Cela valait bien un disque anniversaire – ils en ont déjà neuf à leur actif –, mais aussi trois concerts en Belgique, notamment à Bruges. Ce sera un retour aux sources. En 2008, le public toujours très exigeant du Festival de musique ancienne de la Venise du Nord ne s’y était pas trompé, acclamant à tout rompre les "Stile Antico" dans leur première prestation à l’étranger. L’ensemble n’existait alors que depuis trois ans, mais tout s’y trouvait déjà ou presque: la pureté sonore, l’intensité du discours, le sens du drame et les phrasés si complexes d’une musique qui fit vibrer l’Europe pendant deux siècles.

Pureté originelle

©Eric Richmond

Le fait de s’appeler "Stile Antico" ne doit évidemment rien au hasard. L’expression traduit, pour les mélomanes, ce style dont Giovanni da Palestrina, compositeur romain qui balaya tout le XVIe siècle, reste la figure emblématique. Même si son apport réel est aujourd’hui quelque peu atténué par les musicologues, il n’en reste pas moins que le stile antico qui sera le sien a gardé valeur d’étalon. L’écriture de pièces "a cappella" est toute dévouée au contrepoint: plusieurs mélodies se superposent tout en étant chantées simultanément. Cette polyphonie, qui traduit un idéal de pureté, se devait d’éviter toute dissonance excessive pour mieux souligner le caractère sacré de la musique d’église. Le modernisme de Monteverdi et de ses contemporains, premiers baroques, aura cependant raison du "stile antico".

©doc

Mais n’anticipons pas. La Renaissance est bel et bien la belle époque de la polyphonie et de très grands compositeurs – italiens, franco-flamands, anglais, espagnols… – vont la servir avec un talent remarquable. Les douze de "Stile Antico" nous fixent rendez-vous avec Gombert, Lassus, Victoria, Josquin ou Palestrina… Mais leurs illustres compatriotes se taillent évidemment la part du lion, ce qui n’est que justice pour ces Sheppard, Byrd, Tallis, Gibbons, Tomkins et autres Dowland qui ont donné une couleur si particulière à la musique du XVIe siècle anglais.

Chaque disque nous a habitués à une sélection créant un climat autour d’un thème, d’une époque ou d’un lieu, avec une subtilité et une intelligence régulièrement honorées par des "grammy awards", diapasons d’or et autres reconnaissances appréciables. Le tout dernier enregistrement, qui sort ces jours-ci sous le titre de "Sing with the voice of melody", fait cependant exception à la règle. Pour ses dix ans, "Stile Antico" a préféré une compilation des disques précédents, ce qui décevra sans doute un peu les fans. La qualité de la sélection – douze pièces, dont huit anglaises – et l’intérêt du livret – où chaque chanteur justifie le choix du morceau qu’il a retenu – lui donnent cependant une valeur toute particulière. Même vieille de 400 ou de 500 ans, la musique n’est jamais figée. Chaque nouvelle génération d’interprètes propose de rouvrir des partitions maintes fois chantées, de les aborder avec un enthousiasme régénérateur et créatif, source de renouveau. Que celui-ci soit ou non "historiquement informé", pour reprendre une expression politiquement correcte, importe peu. Seul comptent le plaisir du jeu et le sens de la démarche. Ce dixième disque des "Stile Antico" aurait pu n’être qu’un "digest" de ses prédécesseurs. Il est un régal à part entière.

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