"Storytone", le dernier album de Neil Young… toujours aussi imprévisible

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Icône de la musique rock américaine, bien qu’il soit canadien, Neil Young vient de sortir son cinquantième album… ou à peu près.

Dernier opus de Neil Young, "Storytone" est un double cd, qui plus est, que l’on peut par exemple écouter en lisant son autobiographie parue voici un an. Young y offrait une longue chevauchée échevelée au travers de ses souvenirs, de ses projets, de ses remords et ses regrets. Il y parlait de sa passion pour les voitures, les trains électriques son projet de véhicule non polluant, d’un système puretone permettant de restituer le son écrasé par la technologie digitale, projet réalisé depuis sous le nom de "Pono". Le livre, ponctué de photos rares du rocker et ses amis (qu’est-ce qu’il ressemble à Jack White étant jeune… Enfin bon, c’est plutôt l’inverse…), était aussi une course effrénée pour recapturer la muse qu’il croyait avoir perdue en même temps que ses addictions.

Versions inégales

À entendre "Storytone", cela semble avoir fonctionné bien que ce double album ressemble à son tour à une cavalcade dans le passé; mais pas seulement. Ce "Harvest" contemporain – bien que sous la même pochette: le dessin de Neil auprès d’une de ses nombreuses voitures de collections – se présente sous deux formes distinctes. La première dévoile des versions épurées, Young s’accompagnant uniquement de sa guitare, son ukulélé, son piano ou de son harmonica. Un résultat splendide, blues ("Like you used to do", "I want to drive my car"), Americana ("Tumbleweed"), folk ("When I watch you sleeping") qui rappellent "After the Gold Rush".

Au choix: chansons d’amour ou chansons militantes, épurée ou accompagnées d’un grand orchestre.

Des morceaux d’un dépouillement majestueux, d’une mélancolie assumée, qui évoquent l’amour (le bientôt septuagénaire vient de divorcer après 36 ans de mariage), mais aussi des sujets actuels comme la défense de la terre (avec une grosse voiture américaine sur la pochette?) avec "Plastic Flowers" et le scandale des dommages irréversibles que cause le gaz de schiste ("Who’s gonna stand up?"). Neil Young sera donc toujours un outlaw, un canadien au sang indien critiquant l’Amérique…

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Sur le second disque (c’est ainsi qu’il est présenté), les mêmes morceaux s’enflent d’un grand orchestre, deviennent légèrement jazzy – l’un des nombreux styles pratiqués durant sa longue carrière par cet artiste atteint de bougeotte (il a enregistré un album de reprises en début d’année), un peu à l’image de "This note’s for you" il y a plus de vingt-cinq ans.

Une deuxième partie cependant peut-être inutile: Neil Young aurait-il eu peur de ne plus pouvoir faire démarrer le moteur de son inspiration, pourtant intacte, qu’il ait ainsi besoin d’enjoliver des compositions dès lors bien trop chromées? D’une lumineuse simplicité sur le premier essai, elles en deviennent pataudes et empruntées sur le second. Du morceau de choix bio on passe au "bœuf" jazzy aux hormones. Mais bon, libre à lui. Car à défaut d’être encore "Young", Neil est totalement free

"Storytone", Neil Young (1 ou 2 CD Warner, 2014) "Une autobiographie", Neil Young (Robert Laffont, 2012).

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