Stuart Staples (Tindersticks) "L'espoir est la dernière chose qui reste"

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Stuart Staples a rameuté ses Tindersticks pour "No Treasure but Hope" et quitté la Creuse, tel Ulysse, pour Ithaque. Un album mélancolique mais pas nostalgique.

Apparu en pleine britpop au milieu des années nonante, Tindersticks est un quintette qui pratique une musique à la fois orchestrale luxuriante et intimiste, et qui se pâme dans une mélancolie assumée. Le chanteur/leader Stuart Staples, qui a écrit les paroles de "No treasure but hope" dans sa nouvelle demeure d’Ithaque, nous en raconte… l’odyssée

Vous avez enregistré cet album très rapidement: était-ce dans le but de préserver cette sorte de fragilité que l’on ressent en l’écoutant?

En partie. Je voulais réaliser un disque très "humain", en tenant à distance la technologie qui peut rendre le résultat trop cérébral et froid. La fragilité et la spontanéité en font partie mais, fondamentalement, je voulais mettre l’accent sur ces cinq types qui se comprennent à demi-mot, s’apprécient et jouent ensemble…

…d’une façon organique?

Oui, d’ailleurs l’album a été écrit graduellement et de façon acoustique autour du piano.

Tindersticks - Pinky in the Daylight

L’album reflète le caractère éphémère de la vie?

Et vivant également, notamment à travers des voix qui sont enregistrées en direct, soutenues musicalement par le groupe. Certaines chansons comme "Carousel" réfèrent également au caractère éphémère… de la musique.

Un album est-il une photographie?

Ce n’est pas aussi statique, mais il distille certainement un moment. C’est l’expression d’une humeur, de ce en quoi vous croyez et ce que vous cherchez. C’est ce qu’on ressent à l’écoute de nos dix albums: une déclaration, que ce soit au niveau de l’agencement des titres, des instruments, ou de la façon dont sonne une guitare.

Quelle est la différence entre la nostalgie et la mélancolie?

Ont-elles quelque chose en commun? La nostalgie consiste à échanger avec son passé. Lorsque le groupe s’est reformé en 2007, nous avons décidé de toujours envisager l’avenir… et plus le passé. À la fin de notre première incarnation, quatre ans plus tôt, nous ne faisions plus que regarder en arrière. Nous étions si attendus par notre passé, que d’avoir une pause nous a permis de recommencer à nouveau, sans plus regarder dans le rétroviseur. En 2022, nous célébrerons nos trente ans d’existence: peut-être nous permettrons-nous alors de regarder par-dessus notre épaule… La mélancolie par contre m’occupe depuis vingt-cinq ans, s’impose à moi au même titre que les chansons: elle se construit sur l’expérience également et n’est pas simplement une tristesse du moment présent… mais elle l’affecte.

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Pourquoi ce titre "No treasure but hope"?

L’espoir est la dernière chose qui reste dans la bouteille quand il n’y a plus rien d’autre. Le titre vient de la chanson éponyme qui est aussi noire de désespoir que rose d’espérance et de joie. Tout l’album se situe entre ces deux sentiments extrêmes.

Vous avez écrit cet album sur l’île d’Ithaque où vous venez de déménager: quel est le lien entre Ulysse et vous?

(Il rit) Cela faisait 25 ans que je m’y rendais: cette île a forcément pris de l’importance dans ma vie. Je ne prétends pas qu’il s’agit d’un voyage musical, mais c’est la première fois où j’ai eu le sentiment d’arriver dans un lieu auquel j’appartenais. La fin du voyage, au sens où je rentrais à la maison… tel Ulysse. (Il sourit)

Vous avez composé huit musiques de film pour Claire Denis. C’est inhabituel de voir un musicien ou un groupe faire preuve d’une telle fidélité envers un cinéaste…

Mon ambition n’est pas de devenir un compositeur pour le cinéma. Travailler avec Claire se place sous le signe de la collaboration et elle se révèle une inspiration. Ce qui ne veut pas dire que nous ne nous disputons pas, mais, fondamentalement, Claire Denis cherche à faire surgir les thèmes qui peuplent son esprit et je tente de l’aider en cela. Un rôle qui me plaît: un lieu de découverte, et pas une simple prestation. Mais je n’aurais jamais imaginé que notre collaboration s’étalerait sur 25 ans, que ce voyage serait si long et divers…

En concert le 29 et le 30/1/20 au NTG (Gand), à l’AB (Bruxelles) le 28/4/20 et au C Mine (Genk) le 30/4/20.

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