Un bourdon à écouter dard dard

©de munt/Forster

"Le Conte du Tsar Saltane" de Rimski-Korsakov, et son célèbre vol du bourdon, entre autres pépites musicales!, clôt la saison de la Monnaie sur une note de féerie poétique. Un pur bonheur.

Un opéra de Nikolai Rimski-Korsakov, c’est plutôt rare sur la scène européenne. L’on se réjouira donc, après "Le Coq d’or" qui nous avait régalés il y a deux ans, de découvrir cette fois "Le conte du Tsar Saltane" (1900) dans une version séduisante à tous les niveaux, visuel, musical et vocal. À la barre, on retrouve le metteur en scène Dmitri Tcherniakov – c’est lui qui a choisi cet opéra –, star internationale de la scénographie. Il plonge avec une évidente délectation dans ses propres racines, car "Saltane", en Russie, c’est notre "Cendrillon", un petit bout du patrimoine culturel.

"Le Conte du Tsar Saltane"
  • Note : 5/5
  • De Rimski-Korsakov. Dmitri Tcherniakov, mise en scène. Alain Altinoglu, direction musicale. Orchestre symphonique et chœurs de la Monnaie.
  • Jusqu’au 29/6, à La Monnaie: www.lamonnaie.be

 

Basé sur le conte éponyme qu’écrit Pouchkine en 1831, l’optimisme qui s’en dégage se nourrit de la période faste que connaît alors l’écrivain. Désireux de mettre fin à sa vie de bambochard cavaleur, il s’éprend pour de bon de la jeune Natalia, avec laquelle il finit par convoler. Même s’il se nourrit de l’histoire d’une princesse calomniée, Pouchkine fait dès lors du "Conte du Tsar Saltane" une ode à l’amour, à sa descendance… et au pardon des félons. La trame est légère – deux sœurs se vengent de leur cadette, que leur a préféré le tsar – mais la féerie est sans limite, nourrie du folklore russe et du zeste de sorcellerie qui le hante. D’ironie, aussi, sans laquelle un conte populaire perdrait de sa chair.

Le prologue transforme ainsi les protagonistes en un chatoyant ersatz de poupées russes aux rondeurs à la Botero qu’un Caran d’Ache aurait teintées de camaïeux pastels. C’est cependant surtout par l’utilisation habile de l‘écran géant, mélange de dessin animé et de chanteurs bien réels, que Tcherniakov emporte l‘adhésion et quelques sourires. Le célèbre vol du bourdon – éh oui, c’est dans cet opéra qu’est né ce tube planétaire – nous vaut une séquence qui ne déparerait pas un Walt Disney old style, où le virevoltant hyménoptère poilu, métamorphose démoniaque du Tsarevich déchu, joue au Stuka sur ses ennemis.

Dans la fosse, Alain Altinoglu et ses troupes savourent cette "musique si parfumée" – dixit le chef –, illustrant un livret dont elle se veut avant tout le calque fidèle. La conception fort sage de Rimski-Korsakov, qui enchaîne mélodies chantées et passages symphoniques, ne peut cependant faire oublier la grande richesse orchestrale de la partition.

Royale Olga Kulchynska

Accès autorisé

Regarder "Chernobyl"… légalement

La culture sérielle ne connaît pas de frontières… sauf en ce qui concerne les droits de diffusion. Si "Chernobyl" ne cesse de faire parler d’elle, avoir accès à la série en tout bien tout honneur peut s’avérer plus compliqué que prévu. Si un voyage hors du pays n’est pas à l’ordre du jour, sachez que quelques plateformes belges ont la bonne idée de collaborer avec l’américaine HBO. Ainsi, le catalogue de Telenet Play (principalement disponible en Flandre et à Bruxelles) propose actuellement "Chernobyl" en replay. C’est également le cas de BeTV, qui diffusera la série à partir du 29 juillet, à 20h30, sur sa chaîne Be1

 

Quant à la distribution vocale, slavophone, elle amplifie le plaisir auditif de la roucoulante langue russe. Si le tsar est campé avec les graves idoines par la basse Ante Jerkunica, on salue trois débuts remarqués à la Monnaie. La soprano Svetlana Aksenova offre à la tsarine Militrisa des couleurs miel tirant sur un mezzo onctueusement russophone.

Son tsarevich de fils, Guidon, est assumé avec justesse par le ténor ukrainien Bogdan Volkov, au comportement d’autiste – concession "psy" à l’air du temps. Mais c’est sans doute de la soprano Olga Kulchynska, dont il est le plus difficile de prendre congé. Cristal des aigus, limpidité du timbre, la princesse-cygne nous fait pousser des ailes. Un conte, vraiment?

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