Un Haydn jubilatoire

©Francesco Ferla

Après une exquise incursion chez Telemann, Giovanni Antonini signe un nouveau volume de l’intégrale des symphonies de Haydn. Un pur bonheur.

Ne vous fiez pas à ses longues mèches d’ado chahuteur. Giovanni Antonini a les pieds sur terre et un parcours sans faux pas. À la tête du Giardino Armonico qu’il dirige depuis 1989, ce Milanais de 52 ans a fait de son ensemble l’une des meilleures formations sur instruments anciens – "period instruments" disent bien plus justement les Anglo-Saxons.

Le style Antonini, nourri de rythmes impétueux, de tempi enlevés et de gouaille latine, était évidemment taillé sur mesure pour la musique de Vivaldi, Porpora et quelques autres natifs de la Botte. Mais c’est avec la même verve colorée que, depuis deux décennies, ce chef charismatique rend un hommage tout aussi enthousiaste aux cousins transalpins Bach, Mozart, Haydn et même Beethoven. Cela peut surprendre, mais cela plaît.

©Francesco Ferla

De fait, la discographie d’Antonini occupe bien souvent les premières places des play-list et ses deux derniers enregistrements ne devraient pas échapper à la règle. Commençons par ce CD trop sobrement intitulé "Telemann", et auquel il n’aura fallu que quelques semaines pour glaner les lauriers des médias les plus pointus (Diapason d’or, Choc Classica, Choix France Musique...). En cette année qui commémore les 250 ans de la mort de Georg Philipp Telemann, cet enregistrement aurait pu n’être qu’un disque de circonstance. Antonini en fait un réel moment de fête, cumulant son rôle de chef avec celui de flûtiste, trop heureux de célébrer celui qui fut l’immense contemporain de Bach. Suite en la mineur, concerto en do Majeur et "Concerto da camera", ou comment savourer un doux mélange des styles français et italien par l’un des compositeurs les plus prolixes de son siècle.

Haydn 2032

Tout aussi revigorant et encore plus fraîchement gravé, l’autre Antonini du moment n’est autre que le quatrième volume de l’intégrale Haydn 2032. Pourquoi 2032? Parce que ce sera l’année du 300e anniversaire de la naissance de Haydn et que l’ensemble italien aura enregistré d’ici là l’intégrale de ses 107 symphonies.

Un tel marathon n’est certes pas nouveau. On songe à ceux, déjà anciens, d’Adam Fischer (Brilliant Classics) ou, mieux, d’Antal Doráti, réalisé dans les années 1970 sur instruments modernes (Decca). Une réussite quelque peu datée cependant depuis la révolution baroque et le recours aux instruments anciens. Si le pionnier Christopher Hogwood ne put malheureusement graver que 77 symphonies entre 1988 et 1996, leur récente réédition dans une intégrale Decca (complétée par Brüggen et Dantone) rappelle à quel point l’illustre Haydn méritait cette relecture "historiquement informée".

Dans la même lignée, mais dans un style radicalement différent de ce que fut celui du chef anglais, Antonini et son Giardino Armonico assument un paradoxe dont on ne peut que se réjouir ici: leur approche de la musique symphonique de Jozeh Haydn, genre que le compositeur inventa pratiquement au XVIIIe siècle, acquiert une radicale modernité par rapport à celle un peu convenue – on n’a pas dit poussiéreuse – des (trop) grands orchestres classiques pétris de la tradition romantique d’Après-Guerre.

Pulsion vitale

Ayant choisi de ne pas respecter la chronologie pour priviligier une atmosphère ou un thème par CD, Antonini a gravé, sur ce quatrième volume, la symphonie n°60, "Il Distratto", morceau de choix que complètent l’exquise n°12 ainsi que la joyeuse n°70. Haydn composa celle-ci pour célébrer la pose de la première pierre du nouveau théâtre de son maître, le prince Estherazy. Trois symphonies sur un seul CD? Oui, parce que, à l’époque, celles-ci ne durent, en général, que 15 à 20 minutes, et relèvent presque de la musique de chambre par la taille des effectifs, une vingtaine de musiciens. D’où l’importance du ciselé sonore. Avec cette nervosité qui ne doit rien à l’hyperkinétisme mais tout à un sens aigu de la pulsion vitale, Antonini dissèque chaque morceau en orfèvre d’une partition qui ne souffre pas la moindre approximation.

©rv doc

Au-delà de l’aboutissement musical né d’une telle exigence théâtrale, ce projet discographique tire aussi une part de son originalité en proposant, dans chaque volume, une pièce tissant un lien entre Haydn et l’un de ses contemporains. C’est Domenico Cimarosa et son truculent "Maestro di capella" qui lui renvoie la balle, avec l’excellent baryton Ricardo Navaro, dans une parodie du kapellmeister… Haydn. Enfin, ultime plaisir, visuel celui-là: chaque disque est illustré par un photographe de l’agence Magnum, associé à la thématique du volume. Il est sans doute trop tôt pour déjà parler de l’intégrale du XXIe siècle, mais la probabilité augmente à chaque parution…

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