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Un Verdi tout feu tout flamme

©Opéra Royal de Wallonie-Liège

"Il Trovatore" de Verdi, une suite créée à Rome en 1853, est une intrigue parmi les plus obscures du répertoire verdien. Une histoire de jalousies, de revanches et de haines incandescentes.

Causette autour des braises, dans l’Espagne médiévale: l’affreuse zingarella Azucena veut venger sa mère que le vieux Comte de Luna a condamnée au bûcher. Elle enlève donc le petit Garcia – l’un des deux fils du Comte –, avec l’horrible dessin de jeter le bébé dans la fournaise. Erreur fatale: en proie à une bouffée délirante, la gitane y précipite son propre nouveau-né (étrange, mais tout le monde peut se tromper), et garde par-devers elle celui qu’elle a ravi, et qu’elle rebaptise Manrico…

Malgré l’abondance de conventions solennelles et un peu démodées, les quatre grands solistes requis dans cet œuvre populaire tirent savamment leur épingle du jeu.

La suite d’Il Trovatore, créée en 1853 à Rome, n’est qu’une explosion de jalousies, de revanches et de haines incandescentes consumant une intrigue parmi les plus obscures du répertoire verdien – les Marx Brothers en ont raillé l’extrême complexité dans leur film "A night at the opera" (1935). Peut-être à cause du rythme ardent, du déluge de sujets carbonisés et de l’imbroglio de sentiments (pas faciles à suivre), mais sans doute plus encore parce que l’ORW sait d’avance ce qui plaît à son public (une approche ultra traditionnelle), la mise en scène de Stefano Vizioli opte pour une lecture résolument littérale du drame.

Sans prise de tête, on y voit ce qu’on y chante, et dans les costumes d’époque ad hoc. Sur scène, dans l’air fameux des chaudronniers, les bohémiens frappant l’enclume paraissent crasseux, dépenaillés et bariolés à souhait, et la soldatesque aragonaise du XVe siècle manie comme il se doit piques et fléaux – grâce, notamment, à douze habiles escrimeurs professionnels.

Malgré l’abondance de conventions solennelles et un peu démodées (chanter bras écartés, quitter le plateau au pas de course après leurs notes de bravoure), les quatre grands solistes requis dans cet œuvre populaire tirent savamment leur épingle du jeu. À côté du fidèle de l’ORW Mario Cassi, en jeune comte déboussolé, trois nouvelles recrues enchaînent à vive allure les morceaux remarquables, sous la baguette de Daniel Oren.

Déchiré entre son amour pour Lorena (la soprano Yolanda Auyanet) et sa très bougonne daronne adoptive Azucena (la mezzo Violeta Urmana), le trouvère Manrico finit par tout perdre, y compris la boule (le bourreau la lui tranchera et basta). En dépit d’un physique patapouf, qui sied mal à un guerrier âgé supposément de 15 ans, le ténor Fabio Sartori maîtrise parfaitement le chant legato, et son contre-ut solaire, lancé comme une javeline, frappe dans le mille: ovation!

"Il Trovatore" de Verdi, jusqu’au 28/9 à l’ORW-Liège, www.operaliege.be. Note: 3/5.

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