Une voix qui tient du cristal de roche

La jeune soprano entrera à la prestigieuse Juilliard School de New York cet été. ©doc

Elle n’a que 23 ans, mais elle tutoie déjà les anges. Soprano colorature léger, Julie Roset irradie le nouveau CD de Clematis.

D’une assurance désarmante, elle n’a pas eu de stress en enregistrant son premier CD en soliste, "dans la sérénité entre collègues". C’est plutôt son nom sur la pochette, avec celui de Clematis, qui l’a impressionnée. Quant à nous, c’est le contenu. On ne présente plus l’ensemble de la violoniste Stéphanie de Failly, dont ce "Nun danket alle Gott" est du calibre des albums précédents – et déjà disque du mois sur le site britannique Musicweb. On y croise Hammerschmidt, Buxtehude, Bernhard et Rosenmüller, ainsi que le superbe Confitebor de Monteverdi. Mais si ce répertoire est idéal pour souligner l’influence, au XVIIe siècle, du baroque transalpin sur les compositeurs germaniques, ce qui saute davantage à l’oreille ici, c’est le dialogue à parts égales entre les instruments et la voix. Et quelle voix! 

"J’ai joué avec des chanteurs évidemment plus âgés que moi. Passionnant! Mais je me suis rendu compte que si j’allais trop vite, je n’allais pas durer longtemps…"
Julie Roset
Chanteuse soprano

Celle de Julie Roset tient du cristal de roche, et de l’image de pureté que l’on s’en fait: fraîcheur du timbre, charme de la diction, légèreté de l’éloquence, sans une once de vibrato – une vraie baroqueuse! Qu’on laisse encore un peu de temps à ce grain qui ne demande qu’à mûrir et le cru sera d’exception. Car Julie sait ce qu’elle veut. "On m’a souvent dit que j’ai chanté avant de parler", sourit-elle. À 5 ans à peine, scotchée devant la télé où s’époumone Cécilia Bartoli, elle décrète d’ailleurs qu’elle aussi sera "opératrice"! Restait à bosser. Dur.

"Le goût de l’effort, genre première de classe, je le dois à ma mère", dit-elle. Une maman comptable de profession, qui met la barre très haut. Le parcours commence dès 6 ans à la maîtrise de l’Opéra d’Avignon, sa ville natale, se poursuit au Conservatoire d’Aix-en-Provence, se peaufine en musique ancienne à la Haute école de Genève. Elle y croise Leonardo Garcia Alarcon, dont la compagne, la soprano Mariana Florès, l’embarque aussitôt dans son propre album Monteverdi. Nous sommes en 2017. La roue du destin est lancée.

Couverture de l'album "Nun danket alle Gott".

Julie est Papagena à Toulon, enregistre Arcadelt avec la Cappella Mediterranea d’Alarcon, enchaîne les festivals baroques – Namur, Ambronay, Versailles, Beaune… Elle aime Mozart aussi, et ses soubrettes Despina et Susanna. L’opéra lui plaît, mais freine à temps. "J’ai joué avec des chanteurs évidemment plus âgés que moi. Passionnant! Mais je me suis rendu compte que si j’allais trop vite, je n’allais pas durer longtemps…" Car une voix, cela se ménage. Et se construit. Prochaine étape? La Juilliard School de New York, le graal des jeunes chanteurs. Ici aussi, c’est une rencontre qui lui a souri. "L’an passé, à Aix, j’ai eu cours avec Édith Wiens." La soprano canadienne est professeur à la Juilliard. "Je n’osais pas lui demander si j’avais le niveau pour y postuler", avoue Julie. "C’est elle qui m’y a incité." Avec succès. "Je m’envole pour New York fin août", lâche-t-elle, tout excitée à l’idée de son nouveau décollage. Bien légitime pour une soprano qui monte, qui monte…

Extrait du nouvel album de Julie Roset/Clematis


Classique
Nun danket alle Gott

♥ ♥ ♥ ♥

Julie Roset/Clematis,
Ricercar

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés