interview

Vianney: "Il faut repenser les règles du streaming"

Vianney résiste à la mode et à la vague rap

Deux ans sans concerts, un an et demi sans interviews, on peut dire que Vianney a pris son temps. D’où la sortie d’un troisième album où il se moque un peu des modes bien qu’il soit lui-même un chanteur à la mode.

Nous sommes aux Studios ICP à Bruxelles et des fans l’attendent au-dehors. Après cette interview, Vianney chantera cinq morceaux de "N’attendons pas", son troisième opus, devant un panel de fans réunis par Vivacité et PIAS, son label. Les mesures de distanciation sont respectées mais cela n’empêche pas le public d’être fort animé. "Les Belges, ils sont sonores", me lance l’artiste.

Pop

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"N’attendons pas"

Vianney, PIAS

Sortie le 30 octobre

En concert le 13 avril 2021 à l’AB et le 3 mars 2022 à Forest National.

Pourrait-on dire que vous avez observé une cure de silence à la Céline Dion?

Ah, mais elle, non seulement durant ces cures de silence, elle ne chante pas mais elle ne parle pas non plus. Elle ne fait rien. Moi, je ne pourrais pas! J’ai besoin de chanter, de parler et de m’amuser.

Alors, qu’avez-vous fait durant cette longue période?

J’ai écrit des chansons pour d’autres artistes et choisi de travailler dans l’ombre. J’ai beaucoup joué au tennis aussi. Puis, je me suis remis au boulot pour cet album.

"Je crois qu’il est plutôt responsable de proposer des choses maintenant que de les reporter."

Dans quel état d’esprit étiez-vous au moment de la conception de cet album?

J’ai enregistré entre février et septembre. C’est un vrai combat l’enregistrement d’un album. C’est obsédant. Cela prend des jours et des nuits. À chaque chanson, il faut trouver des solutions. Mais c’est beaucoup de bonheur, surtout quand je sens que je progresse. Et maintenant qu’il sort, je me sens libéré! Plus rien ne compte. Le reste, la manière dont le public recevra les chansons, je ne peux le contrôler. Je me balade avec mes musiciens, on joue et on fait la promo.

Paradoxalement, alors que nous vivons des temps où l’on doit beaucoup attendre, vous sortez un album intitulé "N’attendons pas".

Il faut vivre! Je n’aurais pas voulu que la sortie de ce disque soit reportée. Je suis dans l’énergie de proposer de nouvelles chansons aux gens qui me suivent. Mais c’est certain que les conditions ne sont pas idéales. Je crois qu’il est plutôt responsable de proposer des choses maintenant que de les reporter. Par exemple, j’ai adoré "Folklore", le dernier album de Taylor Swift.

"N'attendons pas", Vianney

Dans "Mode", vous dites maudire la mode, pourtant, vous êtes un chanteur à la mode!

C’est ce que je dis. La mode m’aime en ce moment mais je sais qu’elle m’oubliera. Quand je dis la maudire, c’est parce qu’elle nous enlève nos libertés. Si on se rapproche trop de la tendance, on perd un peu de soi. J’aime que l’on puisse mener des combats qui ne sont pas forcément à la mode et penser, manger, voter différemment. Garder une liberté et une personnalité. Je me sens très heureux de faire ma chanson française dans un monde de rap. Alors, peut-être que mon image ne fait pas rêver mais au moins, je ne me fatigue pas, sur les émissions télé, avec le maquillage et le stylisme.

"Si on se rapproche trop de la tendance, on perd un peu de soi."

Vous ne vous sentez pas soumis à des règles au niveau de l’image?

Je sais que mon look n’est pas très fancy mais ce n’est pas grave. Je ne suis pas stylé. Mais les gens savent que ce n’est pas mon projet. Pourtant, j’adore Angèle, par exemple. Comment elle fait pour être tout le temps classe?

Vous résistez très bien autant à la mode qu’à la vague rap.

Oui et aux playlists. J’écoute beaucoup de rap mais j’aime l’idée qu’il y ait de la place pour tous les genres. J’imagine qu’entre douze et quatorze ans, on écoute plus de rap. Mais que chacun se sente libre de proposer un truc. Il y a des combats à mener dans l’industrie de la musique pour que des producteurs choisissent des projets divergents. Le streaming ne permet pas ça. Il n’y a que la musique destinée aux jeunes qui est privilégiée. Si, pour dix euros, vous écoutez, sur une plateforme de streaming du jazz, Jeanne Added ou Neil Young, il y aura zéro euro pour eux. Les dix euros sont versés au pot commun qui va aux plus grands nombres d’écoutes. Mais, à quatorze ans, on peut écouter deux cents fois le même truc. Vu qu’on remercie le nombre d’écoutes et non le nombre d’auditeurs, ce sont les musiques pour adolescents qui sont gratifiées. Il faut que des mecs comme moi qui bénéficient du système disent que ce système est injuste. Aujourd’hui, un producteur qui voudrait produire du jazz n’a aucun moyen de s’y retrouver. Et en plus, il n’y a plus de spectacles! Donc, ces artistes et producteurs-là ne gagnent plus rien. Il faut garder le streaming mais repenser les règles.

"Je suis fou de Renaud."

Dans la chanson "Pardonnez-moi", j’ai senti une influence goldmanienne. Il aurait presque pu l’écrire.

Peut-être l’aurait-il mieux écrite que moi? (Rires). Ce que j’aime chez Jean-Jacques Goldman, c’est la hauteur de vue qu’il a et à laquelle j’aspire. À ce niveau et pas que celui-là, c’est un modèle. Et un être rare.

Et dans "Fille du Sud", l’inspiration est celle de Renaud.

Je le cite carrément dans cette chanson. Dans "Pour de vrai", je le cite aussi. Je suis fou de Renaud. Son écriture est simple et directe avec une poésie immense. Quand j’écris, j’essaie d’aller dans cette direction.

"Beau-papa", Vianney

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