chronique

Vianney, optimistic

Après sa Victoire de la Musique du meilleur interprète masculin de l’année, Vianney n’a pas perdu de temps. Le revoici avec un nouvel album qui porte son nom et dit énormément de choses sur lui. Conversation avec un jeune artiste qui n’a peur de rien. Par Joëlle Lehrer

Son deuxième album s’intitule "Vianney" comme s’il était le premier. "Je m’étais beaucoup impliqué dans le premier mais dans celui-ci, j’ai encore davantage mis de ma personne puisque je suis aussi bien réalisateur qu’arrangeur. Je me suis également impliqué dans le graphisme de la pochette. Le titre s’est donc imposé naturellement." L’artiste confesse avoir eu une "certaine timidité" dans le premier album, "Idées blanches", et que depuis, il a appris à se livrer.

À 25 ans, Vianney a pris une des toutes premières places dans la chanson française. Son premier opus a, en effet, été disque de platine, drivé par le hit "Pas là". Devant Dominique A et Kendji Girac, Vianney a remporté la Victoire de la Musique du meilleur interprète de l’année. "Tout ce succès et cette récompense nous sont arrivés, à mon équipe et moi-même, alors que nous étions en tournée. Cela nous a énormément portés."

Dans la foulée, le jeune auteur-compositeur (et interprète) a écrit une chanson pour "Encore un soir", le nouveau disque de Céline Dion. C’est que la Canadienne a pour habitude de lancer des appels d’offres aux auteurs-compositeurs pour lui fournir de bonnes chansons. "Je n’avais jamais écrit pour personne. L’idée de travailler pour elle me plaisait énormément parce que c’est une interprète incroyable. Cela m’intéressait de voir ce qu’elle ferait d’une de mes chansons." Évidemment par l’intermédiaire de cette star mondiale, le "petit" Français accède à un public XXL. "De toute façon, on ne peut pas comparer nos publics. Je n’en ai pas autant qu’elle. Je reste un total modeste débutant."

Philosophie de vie du jeune Parisien

À l’écoute de "Dumbo", une de ses nouvelles chansons, on apprend que la maman de Vianney écoutait Stevie Wonder durant sa grossesse. Ce qui ne l’a pas trop marqué musicalement. "Ce qui m’impressionnait chez Stevie Wonder, c’était surtout le fait qu’il était aveugle et qu’il s’en jouait. En fait, cela me touche carrément. Je suis conscient d’avoir plein d’imperfections. Cela ne me mine pas du tout. Il faut juste essayer d’en tirer le meilleur." Le chanteur avoue ne pas toujours ménager ses proches. "Il m’est arrivé de manquer de diplomatie, c’est clair."

Vianney pense que s’aimer soi-même ou tout au plus essayer, c’est le début de la liberté. "Plus jeune, j’étais vraiment passionné par les récits de voyage de certains écrivains. C’est pour ça que j’ai décidé de m’y mettre et suis parti à vélo, en stop ou à pied. J’ai fait ça pour me construire et m’apprécier." Simple et discret, Vianney est devenu un champion des voyages low cost. À vélo ou en stop… Il pense d’ailleurs que maintenant qu’il est connu, on le prendra plus facilement en stop. "Quand je me suis rendu à Berlin à vélo, j’ai croisé des Belges très sympathiques."

S’il chante "Le Fils à papa", Vianney n’en est pourtant pas un. "Mon père est parti de rien et il a fondé une famille heureuse. Il nous a appris à être fiers de ce que nous avons. Cette chanson dit juste qu’on est très rapidement pris par notre individualisme et que c’est la meilleure manière d’être malheureux. Il suffit de regarder par la fenêtre pour se dire que ce n’est pas si mal ce qu’on a. On peut être tenté de se plaindre mais dans ce cas, il faut regarder le journal télé de 20 heures. Je crois qu’on est tous chanceux par rapport à quelqu’un."

Vianney a grandi à Paris, une ville dure à vivre selon lui mais qui ne mérite pas qu’on s’y sente accablé en permanence. "Moi, on m’a appris à être content de ce que j’ai. C’est une philosophie de vie qui permet de ne pas être malheureux." Paris, selon lui, est une ville pleine de possibilités. "Il y a tant de gens dynamiques." Comme lui, quoi.

S’il chante "Quand je serai père", c’est parce qu’il a le regard branché sur les générations futures. "Très franchement, je suis un énorme optimiste. Moi, je passe ma vie à me dire que tout sera mieux. Cette chanson dit qu’on peut mieux faire et notamment en matière d’environnement." Il ne se dit pas pour autant écolo… "Je suis vraiment un amoureux de la nature. Et donc, je me sens écologiquement responsable." Il ne prend que les transports en commun ou son vélo.

Les doigts sur la couture

Chez lui, quand il était petit, on écoutait Maxime Le Forestier et Barbara, Tom Waits et les Stones. Pourtant, en découvrant "Le Galopin", on pense entendre une chanson de Renaud. "Ah oui? Ça fait plaisir. Je l’ai vu en concert la semaine passée. Il a chanté toutes les chansons qu’on attendait." Biberonné donc aux grandes chansons, Vianney n’est, néanmoins, pas arrivé à la musique tout de suite. Non, non, il a étudié le commerce et le stylisme en mode. "J’ai le projet de créer une collection de vêtements. J’y avance un peu chaque jour. Mais je n’en parlerai que lorsque ce sera prêt pour ne pas avoir la pression. Mon style est minimal. Très simple. J’aime jouer avec les matières et les motifs plutôt qu’avec les coupes. Le contraste entre le sportswear et le très classique me plaît." Le spectre de ses grands couturiers préférés va de Martin Margiela à John Galliano. "Je ne me contente jamais d’un style. Comme en musique. Ce serait trop triste. J’aime le second degré dans la mode." Lui-même s’habille en Lacoste, en National Standard et en Balibaris, des marques françaises.

Issu d’une fratrie de quatre garçons – il est le deuxième –, Vianney considère la famille nombreuse comme une aventure en soi. "C’est génial d’avoir une tribu! Tout le monde s’aime, se protège et grandit l’un avec l’autre." Son optimisme naturel vient sans doute de là. Mais pas uniquement. "Croire qu’il y a une vie après la mort, cela libère de beaucoup de choses. On n’a pas qu’une vie. Je crois en Dieu. Du coup, il n’y a plus d’inquiétude et plus d’angoisse."

  • "Vianney", PIAS.
  • Aux PIAS Nites les 8 et 9 décembre (complet).

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