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interview

Victor Julien-Laferrière, violoncelliste: "J’ai toujours eu la boulimie musicale"

Le violoncelliste Victor Julien-Laferrière. ©Richard Dumas

En associant le concerto de Dvořák à celui trop peu connu de Martinů, le jeune violoncelliste français grave un CD à son image, entre certitudes affirmées et soif d’exploration.

Vainqueur en 2017 de la première session du Reine Elisabeth dédiée au violoncelle, Victor Julien-Laferrière n’a pas chômé depuis. Il a cofondé le trio Les Esprits. Créé son propre festival en Bourgogne. S’est lancé dans la direction d’orchestre. Et a bien sûr enregistré. «J’ai toujours eu la boulimie musicale», dit-il, s’excusant presque. Il aurait tort. Son nouveau CD associe les concertos de Dvořák (1895) et de Martinů (1930, revu en 1955). L’archet est lumineux et incandescent, ravi de se frotter aux rythmes de ces œuvres à l’orchestration extrêmement riche et défendue avec verve par un excellent Orchestre Philharmonique Royal de Liège et son chef Gergely Madaras.

Le fait d’associer Dvořák et Martinů  dépasse, on s’en doute, le simple fait qu’ils soient Tchèques. 40 ans séparent leurs concertos. Ils ont des points communs?

Je parlerais plutôt de correspondances, avec des liens formels, notamment dans le traitement de l’orchestre et du violoncelle. Mais cela ne signifie pas que ces deux œuvres se ressemblent, même s’il est évident que Martinů a intégré, consciemment ou non, celle de son illustre prédécesseur. Il a en tout cas fait des choix souvent opposés, et c’est pourquoi je parle de correspondances, non de ressemblances. Dvořák commence par une introduction extrêmement longue, celle de Martinů est extrêmement courte. Dvořák débute en si mineur et passe en ré majeur pour son thème le plus célèbre. Martinů, lui, fait juste l’inverse. Et ainsi de suite…

«Dvorák, Martinu - Cello Concertos» Victor Julien-Laferrière, OPRL/Madaras Alpha. ©Alpha

Qu’est-ce qui vous fascine encore dans ce Dvořák que vous jouez depuis tout jeune?

C’est l’une des premières fois – si l’on excepte Lalo – où le violoncelle est traité de manière vraiment héroïque. Mais, en même temps, ce concerto est riche de toutes les couleurs propres à la musique de chambre. Passionnant, non?

Dvořák était pourtant peu attiré par le violoncelle et n’a composé ce concerto que tard dans sa vie…

Il a fait des commentaires sur l’incapacité du violoncelle à jouer solo, mais on n’a jamais su si c’était de l’humour ou pas. Le fait d’y être venu en fin de carrière ne le dessert cependant pas. Cela lui a peut-être même permis d’avoir une idée encore plus précise de ce qu’il voulait.

"Quelle époque foisonnante! Martinů a été l’un des maillons de cette richesse infinie, hélas brisée par la Première Guerre mondiale…"

Le 1er concerto de Martinů est tout aussi intéressant. Un compositeur pour lequel vous vous êtes passionné dès l’âge de 12 ans…

Ce qui m’a tout de suite fasciné chez lui, c’est son sens de l’harmonie. Souvenons-nous que Haydn et Mozart partageaient le même langage, que Beethoven a fait évoluer, mais cela a pris du temps. Martinů, lui, s’inscrit dans cette première moitié du XXe siècle qui voit, dans un même moment historique, cohabiter Kodaly et Bartok, Janacek et Martinů, Britten et Bridge, tous les Français… Chacun de ses  compositeurs développe son propre langage harmonique, son propre style. Quelle époque foisonnante! Martinů a été l’un des maillons de cette richesse infinie, hélas brisée par la guerre…

Nouvel album

«Dvorák, Martinu - Cello Concertos»
Victor Julien-Laferrière, OPRL/Madaras

Note de L'Echo: 4/5

Martinu, Cello Concerto No. 1, H. 196: I. Allegro moderato

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