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interview

Vincent Dumestre, chef d'orchestre: "Recréer un peu de la magie du passé"

Le spectacle "Il Fasolo" mis en scène par Benjamin Lazar. ©Matthew Murphy

Couru pour son concours international de musique ancienne et sa programmation exigeante, le MA Festival de Bruges accueille Vincent Dumestre et son Poème harmonique avec un concert célébrant le carnaval de Venise au XVIIe.

S’il ne boude pas les concerts traditionnels "quand le répertoire s’y prête", le chef et luthiste français Vincent Dumestre est, depuis plus de vingt ans, l’un des acteurs les plus inventifs de l’esthétique baroque. "Le fait est", constate-t-il, "que le XIXe siècle a fait rentrer le concert dans une salle, avec un horaire fixe, un entracte, un rituel en habits. Moi, j’aime au contraire adapter le format à la musique et non pas faire entrer la musique dans un format. Aujourd’hui, on écoute la musique pour sa valeur intrinsèque et pour le bon plaisir de chacun. Or, à l’époque baroque, 90% de la musique était fonctionnelle".

On oublierait donc le contexte dans lequel ces musiques sont nées…

…et c’est ce qui nous fait passer à côté de leur essence même. On ne peut évidemment pas faire comme autrefois. Quand Marin Marais dirige le "Te Deum" de Lully, il a 300 musiciens, et pas 30 comme aujourd’hui. De même, une soirée à l’opéra, au XVIIe siècle, durait de 17h à 3h du matin, mêlait plusieurs opéras, ballets et intermèdes pendant lesquels le public entrait, sortait, mangeait, parlait… Il y a donc une part de paradis perdu, mais l’on peut cependant recréer un peu de la magie du passé avec une habile mise en espace. C’est ce que Benjamin Lazar a réalisé, à la lumière des bougies, pour ce carnaval vénitien, avec un quatuor vocal et un petit ensemble instrumental.

"Aujourd’hui, on écoute la musique pour sa valeur intrinsèque et pour le bon plaisir de chacun. Or, à l’époque baroque, 90% de la musique était fonctionnelle."
Vincent Dumestre
Chef d'orchestre

La soirée s’articule autour d’une pièce assez énigmatique…

Il s’agit de "La Barchetta Passaggiera", un recueil exceptionnel de chansons festives paru vers 1627, qui met en scène des passagers venant des régions d’Italie et d’Europe. Des personnages pittoresques pour un tableau culinaire européen. Ce recueil est attribué à "Il Fasolo" – le Haricot –, qui a peut-être existé, à moins que ce pseudo n’ait dissimulé Manelli, compositeur des premiers opéras vénitiens, hélas perdus.

Bergamasca: La Barchetta passaggiera

Une œuvre typique du carnaval vénitien au XVIIe siècle?

Elle se prêtait vraiment en effet à une représentation en plein air, dans le capharnaüm des chars et les danses populaires, dont la Bergamasca qui repose sur une basse obstinée. Mais nous avons retenu aussi d’autres compositeurs, dont Monteverdi, à l’image de ce premier âge baroque. En 1630 et 1631, Venise a été décimée par la peste. Dans les années qui ont suivi, le carnaval a représenté plus que jamais la volonté de vivre. La musique a été l’expression de cette vitalité, mêlant poésie raffinée et odes à Bacchus, pièces savantes et chansons triviales, madrigaux et canzonettes. Venise, en ces années-là, est à la fois sauvage et cultivée…

"Carnevale veneziano: Il Fasolo", concert dirigé par Vincent Dumestre et interprété par son ensemble Poème Harmonique, le 13 août à 20h à Bruges.
Plus d’infos sur mafestival.be.

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