Vineta Sareika: "En musique, il ne faut jamais faire de compromis"

Vineta Sareika se produira le 23 août à Flagey avec la pianiste Amandine Savary. ©Johan Jacobs

Premier violon du prestigieux quatuor Artemis, la Lettone Vineta Sareika s’éclate aussi en duo avec la pianiste française Amandine Savary. Au menu de leur prochain CD, trois sonates de Mozart, en avant-première à Flagey.

On ne l’attendait pas vraiment dans Mozart, elle dont l’archet flamboyant sert le grand répertoire romantique avec une telle verve. Mais sa complicité de toujours avec Amandine Savary – superbe Grieg, il y a deux ans chez Muso – aura eu raison de ses doutes. Ce qu’elle avoue d’entrée de jeu, avec sa franchise habituelle: "Il est vrai que Mozart m’a toujours fait un peu peur. Difficile de ne pas abîmer quelque chose d’aussi fragile. Mais il y a longtemps que j’avais envie d’enregistrer un disque avec Amandine pour pouvoir profiter de toute sa délicatesse. C’est une immense mozartienne, qui m’a énormément appris sur les phrasés de Mozart, sur sa transparence… Elle a un tel touché que le piano ne sonne jamais comme un instrument percussif, ce qui est rare. Ses pianissimi ont des couleurs extraordinaires!"

Que ne faut-il pas faire lorsque l’on joue Mozart?

J’aurais besoin d’une vie pour vous répondre! Le travail sur l’articulation et sur la pureté du son est capital, à condition de ne pas tout passer à la loupe. On doit apprendre à se laisser guider par Mozart sans se prendre la tête, sinon cela devient pesant. C’est une délicate balance entre spontanéité et réflexion. Il faut parfois ne plus se poser de questions pour faire place à l’intuition.

Qu’est-ce qui a guidé le choix des trois sonates de votre disque?

L’envie d’aborder les différentes facettes de Mozart. La première, en fa majeur, explose de joie, de vie, d’énergie. La deuxième, en mi mineur, est beaucoup plus sombre, par le poids de sa tonalité et d’une ligne mélodique plus dramatique, avec moins d’ornementations. Elle annonce Beethoven. La troisième sonate, en la majeur, est la plus aboutie, avec une partie de piano extrêmement brillante. Seule une pianiste de haut vol peut la mener à bien. Amandine…! (rires)

Nous allons aussi vous retrouver en septembre à Bruxelles avec le quatuor Artemis, profondément remanié. Trois musiciennes pour un homme désormais, une révolution et de nouvelles couleurs?

Notre altiste Gregor avait dit qu’il n’y survivrait pas. Il est toujours heureux d’être là! (Rires) Le confinement a évidemment brisé l’élan de notre nouveau démarrage, mais nous en avons profité pour reprendre nos classiques et nous roder. Il est essentiel de conserver le style Artemis, même s’il y aura de nouvelles nuances. Vous pourrez juger en septembre à Flagey, avec un concert Mendelssohn/Beethoven

La musique de chambre, c’est l’art du compromis ou le choc des solistes?

Surtout pas de compromis! Un musicien qui veut convaincre doit toujours avoir un message à faire passer. Un compromis entre quatre avis divergents serait une catastrophe. En musique, il faut croire à cent pour cent ce que l’on dit, rester soi-même à tout prix, quitte à prendre des risques.

Votre compositeur pour l’île déserte?

Schubert sans hésiter! C’est le plus humain des compositeurs. Sa musique présente autant de force que de fragilité. Il me suffit d’entendre cinq mesures de lui pour commencer à pleurer. C’est cela, Schubert, jamais de ligne droite, toujours entre les larmes et les sourires…

La pièce qui vous a aidée pendant le confinement?

Aucune. Je me suis réfugiée dans la peinture et le silence. C’est un luxe dans une vie comme la mienne, débordante de concerts à préparer et à donner. Quand on a autant de musique dans la tête, il faut parfois faire le vide...

Classique

Flagey – Avec Amandine Savary le 23/8 (sur Musiq’3) et avec les Artemis les 28 et 29/9.

CD Mozart à paraître chez Muso

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