Women in jazz

©Hollandse Hoogte / Alex Vanhee

Plus de 100 concerts en trois jours, disséminés dans le haut et le bas de la ville, et dans le quartier européen: c’est le Brussels Jazz Weekend, dont la 2e édition est dédiée aux jazzwomen.

Partons du principe qu’une ville est musicale. Ensuite, posons cette question: quelle forme prend-elle lorsqu’elle est traversée par le jazz? Que deviennent ses rues, ses églises, son architecture? C’est le pari des organisateurs du Brussels Jazz Weekend: et si l’on confondait les pavés et les notes? Et si l’on voyageait des cafés aux places publiques en se laissant guider par quelques accords, prenant pour seul plan l’improvisation, afin de mieux saisir l’humeur de la ville, comme Charles Mingus le fit avec Tijuana? Le Brussels Jazz Weekend, c’est la rencontre d’une ville à la physionomie changeante et d’un genre musical lui-même en pleine mutation.

Bruxelles et le jazz ont une longue histoire commune, commente Jacobien Tamsma, programmatrice du Festival. "Les clubs de jazz à Bruxelles ont joué un rôle important, comme le mythique Pols Jazzclub qui a invité de grands noms du jazz (Keith Jarrett y a joué quand il était encore inconnu) ou L’Archiduc, mais aussi le Sounds Jazzclub, la Jazz Station, Music Village, et aujourd’hui une multitude d’autres lieux où l’on peut écouter du jazz toute l’année."

Faisant écho à l’actualité, les voix féminines et la mixité seront le fil rouge de cette édition. "Historiquement, les femmes dans le jazz étaient surtout chanteuses, explique Jacobien Tamsma, mais chez les jeunes générations, on retrouve de plus en plus de femmes qui sont instrumentistes, pianistes d’abord, mais aussi contrebassistes, trompettistes, batteurs, etc. Néanmoins, en parlant avec des jeunes musiciens du Conservatoire de Bruxelles, j’ai pu constater que la majorité des étudiants sont encore des hommes."

"Dans la jeune génération, on retrouve de plus en plus de femmes qui sont instrumentistes, mais la majorité des étudiants sont encore des hommes."
Jacobien Tamsma
Programmatrice


Diversité

Dans les années 60 et le contexte anxiogène de la ségrégation, Nina Simone chantait un vibrant "Ain’t got no, I got life". On ne peut s’empêcher de se demander si une musique comme le jazz peut encore aujourd’hui porter un message politique fort. "Je pense que le jazz n’est plus spécifiquement porteur de messages politiques, même si chez certains groupes ou artistes c’est encore le cas, déclare Jacobien Tamsma. Mais implicitement, cette musique, qui vit de liberté d’improvisation et de diversité, est porteuse de ces valeurs."

La recherche de la diversité anime de nombreux jeunes représentants de la scène belge, notamment le bassiste Loris Tils qui, en 2017, a créé le groupe "One Take". Le musicien entretient avec le jazz un rapport très libre. "J’ai baigné dans les consonances du jazz depuis tout petit. Après l’avoir étudié très brièvement, je me suis vite tourné vers la musique groove (funk, soul, etc.). Ce n’est pas la musique que j’écoute le plus, mais je pourrais écouter en boucle les albums d’Herbie Hancock avec les HeadHunters, ceux de Weather Report, ainsi que les premiers albums fusion de Miles Davis dont je suis très friand, pas pour leur complexité mais plutôt pour leurs couleurs et l’atmosphère ‘surréaliste’."

©Mathias Roelants

Cet aspect "fusion" du jazz contemporain n’est pas neuf bien sûr. "C’est une tendance qui a déjà commencé très tôt dans l’histoire du jazz, avec un Dizzy ou un Miles par exemple, reprend Jacobien Tamsma. Je pense que la seule façon pour une musique de rester vivante est de ne pas être enfermée dans un musée. Les musiciens de jazz s’inspirent de toutes les musiques qu’ils aiment, ce qui crée une grande diversité de styles. Chez les jeunes, c’est sans doute encore plus prononcé vu qu’internet a élargi les horizons et facilité la découverte." Loris Tils ajoute: "Grâce à ce procédé, la musique devient réellement universelle." Un jazz plus humain en somme, plus festif, plus populaire, loin de l’hermétisme qui le caractérise trop souvent. "Je suis persuadé que c’est ce qu’on a de mieux à faire, déclare encore Loris Tils, dans le sens où le jazz a tendance à intéresser uniquement un public élitiste, ce qui est tout à fait regrettable. Le mot jazz fait parfois peur, alors que c’est une musique qui est synonyme de liberté et qui est chargée d’émotion."

Le Brussels Jazz Weekend est donc en premier lieu un festival pour "faire connaissance" avec le jazz, conclut joliment Jacobien Tamsma. Comme si le jazz, c’était d’abord le hasard d’une rencontre et ensuite un ami que l’on apprivoise lentement, dont on apprend à connaître les gestes et les intonations, à qui l’on confie, au fil du temps, ses peines et ses joies, qui devient enfin un compagnon de route indispensable pour affronter les intempéries de la vie et dire aussi son incroyable beauté qui jaillit littéralement à tous les carrefours…

L’hommage aux voix du jazz de BJ Scott

Du 25 au 27 mai, la 2e édition du Brussels Jazz Weekend alliera le son au mouvement. Son parcours permet de découvrir ou de redécouvrir la ville, en passant de l’ambiance plein air à l’atmosphère feutrée des clubs ou des cafés.

Le festival s’est construit autour de plusieurs hot spots (place du Luxembourg, Place Fernand Cocq, Grand Place, Sablon, ...). Des Street Bands, des One Man Bands et des Brass Bands feront la jonction entre le haut et le bas de la ville, pour terminer par une grande Brass Band Battle sur la place Rogier.

La part belle sera également faite à la danse et au lyndi hop. Du swing au hip-hop (dans le skatepark des Ursulines), des artistes confirmés comme Philip Catherine aux jeunes prodiges du concours XL-Jazz, le programme dresse un portrait haut en couleur du jazz actuel.

Sans oublier cet hommage aux voix féminines qui est le fil rouge de cette édition: Lola Trio Jazz Classics, Aline Lua, Joséphine, Isabelle Roberti Quartet, Muriel d’Ailleurs swing band, Josefien Deloof, Chrystel Wautier et, bien sûr, BJ Scott qui va réaliser l’hommage aux grandes voix du Jazz. Quand à One Take (lire ci-contre), il se produira vendredi à L’Archiduc et samedi sur la Place du Luxembourg.

www.brusselsjazzweekend.be

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