Zefiro Torna, "les alchimistes du son"

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Invité de l’Été mosan, Zefiro Torna pratique la musique ancienne en l’associant au théâtre, à la philo et à la danse. "Notre style est intemporel, car nous croyons à la fusion des arts", se réjouit Jurgen De bruyn, leader de cet ensemble qui bouscule les certitudes.

Ne lui parlez pas de musique cross-over. "C’est une notion devenue péjorative. Je préfère le mot ‘hybride’, plus proche de notre travail". On le lui accorde volontiers. Directeur de Zefiro Torna, le luthiste Jurgen De bruyn est à la tête du plus novateur ensemble belge de musique "ancienne" de ces vingt dernières années. Chaque disque est un mélange de styles, qui se mue le plus souvent en un projet scénique haut en couleurs.

Non que cette formation oublie ses racines. Du célèbre "Llibre vermell de Montserrat", qui sera donné à l’Été mosan, il a ciselé une version très dépouillée, avec l’ensemble vocal Psallentes. "Ce recueil catalan de textes religieux de la fin du Moyen-Âge a été souvent enregistré, rappelle De bruyn. Nous avons privilégié la pureté et l’humilité, dans l’esprit des pèlerins rassemblés à Montserrat pour célébrer la madone noire."

Reste que Zefiro Torna, c’est en général plus déjanté. Parmi les réussites, citons "Les Tisserands" (2006, déjà), mix de musique ancienne, de jazz et de musique traditionnelle. Ou encore "O Monde aveugle", alliance hardie mais habile de musiques Renaissance et de créations contemporaines. Belle réalisation aussi que "L’allégorie du désir", Cantique des Cantiques où Schütz et Buxtehude dialoguent avec des chants soufis, portés par le Vocalconsort Berlin et la Bruxelloise d’origine tunisienne Ghalia Benali. Mais il faudrait encore citer ce Cavalli associé à de la musique coréenne. Ou les chansons à boire de Roland de Lassus présentées avec dégustation vinicole…

"Notre idée, précise De bruyn, a toujours été de ne pas nous enfermer dans un répertoire. Jean Moréas, qui a publié en 1886 le manifeste du Symbolisme, considérait que la poésie symbolique cherche à vêtir l’idée d’une forme sensible. C’est cette ligne-là qui m’habite. Chacune de nos aventures musicales est une création allégorique."

Le nom de l’ensemble, Zefiro Torna, qui renvoie au poème de Pétrarque mis en musique par Monteverdi, est tout cas déjà tout un manifeste. Il s’agit d’un choix symbolique, car le texte de ce madrigal est associé au printemps qu’annonce le dieu Zéphyr. "Or, reprend De bruyn, l’image bucolique des nymphes dansantes contraste avec la blessure de Pétrarque, qui nourrit un amour platonique pour Laure. Cette opposition entre renaissance et souffrance est très puissante. Elle renvoie au cycle de la nature, philosophie qui nous inspire beaucoup."

Le bon mélange

Le dernier disque, "Balsam", s’inspire d’ailleurs des plantes médicinales, dont le pouvoir mystérieux se reflète déjà au Moyen-Âge dans la musique et les arts visuels. Fidèle à son habitude, Zefiro Torna mélange ici les musiques ancienne, traditionnelle et ethnique ainsi que le jazz. Hildegarde von Bingen et… Philippe Laloy! Le spectacle, lui, sera créé au Channel, à Calais, lors d’un concert en immersion. Le top chef étoilé Alexandre Gauthier inventera quelques recettes pour l’occasion.

Difficile en effet d’ignorer la dimension scénique de la plupart des projets de l’ensemble, qui travaille avec des metteurs en scène ou des artistes contemporains tels que Anne-Mie Van Kerckhoven, Brody Neuenschwander, Jeroen D’hoe… "Nous tenons vraiment à cette interaction entre les disciplines, insiste De bruyn. Notre art n’est ni ancien, ni contemporain, il est intemporel. Je souhaite créer des paysages sonores virtuels, avec des échos qui viennent de loin pour exprimer toutes les facettes de la nature humaine." Le fait de s’associer à des troupes de théâtre et de danse ouvre en tout cas d’autres réseaux que celui des festivals de musique ancienne, parfois trop spécialisés au goût de Zefiro Torna. "Nous sommes des alchimistes du son. N’est-il pas fascinant de constater que, à la fin du Moyen-Âge, à la Renaissance et jusqu’au début du XVIIe siècle, il existait une véritable fusion de la philosophie, des arts, des sciences, qui se stimulaient mutuellement? J’ai toujours cru très fort aux interactions entre les arts et les sciences. Or notre époque est celle de l’hyper-spécialisation et des étiquettes réductrices. Moi, je crois à la dimension universelle de notre existence."

Le 17/8 en la collégiale de Celles: www.etemosan.be. Le site de l’ensemble vaut aussi le détour: www.zefirotorna.be

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